Attaque sur Kosyam : La justice toujours décevante !

Publié le mercredi 25 septembre 2013

Des agences de presse étrangères ont annoncé pendant la journée du dimanche 1er septembre qu’un ex militaire avait tenté d’assassiner le président du Faso. A l’université de Rhodes de Grahamstown où se réunissait la conférence annuelle de Highway Africa, l’événement faisait l’objet de tous les commentaires parmi les membres du Forum des éditeurs africains (TAEF). De l’explosion d’un générateur électrique qui aurait entraîné une coupure de courant dans la ville de Ouagadougou à la version de la tentative d’attentat servie par les agences de presse internationale jusqu’à celle plus détaillée délivrée par le substitut du procureur du Faso, il y avait de quoi nourrir des questions, tant les contradictions étaient déroutantes. Comme d’habitude, ce qui se passe autour du locataire de Kosyam n’est jamais clair. Mais ce qui nous préoccupe au plus haut point, c’est la relation faite par le substitut du procureur du Faso. Tout y est. L’identité de l’assaillant, l’objectif visé, les moyens de sa mise en œuvre, le déroulé de l’action, les circonstances dans lesquelles l’agresseur a trouvé la mort. En s’adressant donc à la nation, le représentant de l’institution judiciaire a voulu s’acquitter d’un devoir : informer sur la vérité des faits. Le juge qui parle est censé dire la vérité telle que les moyens de droit permettent de la révéler. Et quand le juge a parlé, il est difficile de revenir en arrière sans porter préjudice à l’institution qu’il représente. Alors, question : De qui le substitut Bazié tient-il sa version des faits puisque de toute évidence, il n’a pas été un témoin direct des événements. Par quels moyens donc les a-t-il vérifiés puisqu’il n’y a de vérité en dehors de celle qui a été juridiquement établie. Nous sommes dans un cas d’espèce où les versions se contredisent, toutes émanant des mêmes sources militaires. Il est à craindre que la vérité soit autre chose que ce qui nous est présenté. Celui qui est en cause n’étant plus de ce monde, il ne peut évidemment pas répondre aux accusations portées contre lui. Pour autant, les faits relatés par les diverses sources n’accablent pas moins l’institution judiciaire qui s’est empressée de faire sa religion. Sans aucune précaution oratoire, le juge a délivré sa parole. Sur le mode direct, il a affirmé ses certitudes. Aucune hauteur n’a été observée comme il est de coutume quand on ne tient pas l’information de première main c’est-à-dire de soi-même parce qu’on en a été directement témoin. Ce n’est donc plus de ce côté que nos doutes seront levés. On ne peut donc s’empêcher de penser qu’à l’instar du substitut du procureur, le juge d’instruction qui a été saisi de l’affaire sera étroitement encadré afin que la vérité officielle sorte indemne. D’autant plus que l’indépendance de la justice ne semble pas être la tasse de thé du garde des sceaux, son excellence Dramane Yaméogo. Ce qui inquiète dans cette affaire, c’est l’extrême banalisation de la vie humaine. Les sbires de Kosyam ont tiré sur Romuald Tuina comme s’il s’agissait d’un gibier. Sans doute, ils ne voulaient pas en faire un prisonnier qui pourrait s’avérer encombrant. Qu’on ne nous dise pas qu’il n’était pas possible de faire autrement. Si comme on nous le fait croire, il est venu se jeter dans la gueule du loup, il était parfaitement loisible de le cueillir vivant. L’opposition politique a demandé une enquête internationale. C’est en fin de compte le meilleur moyen de mettre tout le monde d’accord. Certes Tuina n’est qu’un simple soldat. Il a eu le tort de se révolter contre un système qu’il connaît bien pour l’avoir servi. Ses moyens de défense sont condamnables. Ils ne surprennent pour autant nullement. Les hommes du régiment de la sécurité présidentielle en sont coutumiers. Tuina n’est donc pas un épiphénomène. On saura peut-être un jour les raisons profondes de sa révolte. En attendant, les burkinabè ont des raisons supplémentaires de s’inquiéter. La violence a atteint une telle banalisation qu’il faut craindre pour l’avenir du Burkina.

Par Germain B. NAMA


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