AZAWAD : Au-delà de la proclamation d’indépendance

Publié le mardi 10 avril 2012

Les indépendantistes du MNLA sont parvenus à leurs fins plus vite que prévu en raison de la stupidité de la junte qui a pris le pouvoir au Mali. A « l’incompétence » d’ATT, les putschistes maliens ont ajouté la confusion et le chaos, un cocktail mortifère dont on voit sur le terrain les conséquences catastrophiques. Retranchés dans leur fortin de Kati, ils n’ont eu pour souci que de se livrer à la politique politicienne afin de garantir leurs arrières. Et pendant que l’armée nationale était dans la débandade, ils n’ont eu de cesse, toute honte bue, de lancer des appels à la résistance aux populations du Nord. Voyez donc le tableau : le général d’une armée en débandade appelant à la résistance de populations du nord aux mains nues. Il faut le faire ! L’histoire dira qui d’ATT ou des putschistes a le plus fait montre d’incompétence et de couardise dans cette affaire. Il ne s’agit nullement là de dédouaner à peu de frais le président sortant. Mais quand on ne vaut pas mieux, il faut au moins avoir la décence de ne pas fanfaronner. Maintenant que la CEDEAO a mis fin à cette plaisanterie de mauvais goût, le capitaine et ses hommes devront, s’il y a encore une place à prendre dans l’histoire du Mali, se mettre rapidement à disposition, afin de faire face au défi de la sécession du Nord.

 

Nous sommes aujourd’hui face à une réalité politique et militaire de fait. La bande de l’Azawad est entièrement entre les mains du MNLA et de ses alliés. Et ils ont depuis ce jeudi 5 avril proclamé l’indépendance de ce territoire. Cette proclamation a provoqué de nombreuses réactions hostiles. La CEDEAO suivie par l’UA, la France et les Etats-Unis sans oublier l’organisation des Nations unies ont condamné fermement la démarche unilatérale du MNLA. Au sein de l’opinion africaine, il y en a qui exhortent même à casser du MNLA, voire à éradiquer désormais toute velléité de sécession. La CEDEAO est donc fortement sous pression des va-t-en guerre. On n’attend d’elle ni plus ni moins qu’elle en découse militairement avec ceux qui ont osé remettre en cause l’unité du Mali. Mais attention ! La puissance militaire à elle seule ne peut suffire à régler le problème touareg. Pas plus la CEDEAO que le MNLA ne doit se fier à la solution militaire. Le problème du nord Mali est un problème politique réel qui a beaucoup de mal à trouver une solution adéquate. Depuis l’indépendance du Mali, des groupes armés n’ont cessé de se manifester au nord. On y a pratiqué beaucoup de répression sans succès. Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré, les deux derniers présidents, ont engagé un processus politique dont le couronnement a été l’Accord d’Alger. De toute évidence, cet accord a laissé chaque partie sur sa faim. Les Touaregs qui voulaient davantage d’autonomie ne l’ont pas eu, le pouvoir central y voyant de son côté une brèche qui peut conduire droit à la sécession. Les événements actuels ne sont pas pour lui donner totalement tort. Si le risque de la sécession est bien réel, le problème est de savoir comment le conjurer.

 

L’Etat malien ne peut prendre le risque d’accepter le démantèlement du territoire national.

Il y a trop de périls à s’engager dans cette voie, surtout quand celle-ci est consécutive à une défaite militaire cuisante. Mais en même temps, on voit bien que le statu quo ante n’est pas non plus tenable. Jusqu’où est-on donc décidé à aller, dans l’idée de l’autodétermination des territoires du nord ? Ce serait l’enjeu des négociations prochaines avec le MNLA. Ce mouvement est bien conscient que l’occupation militaire des capitales régionales n’est qu’une monnaie de change. L’Etat de l’Azawad tel que proclamé ne peut survivre à l’hostilité générale, en particulier à celle de ses principaux voisins. Mais en même temps, la CEDEAO n’a aucun moyen d’imposer une solution qui exclut les aspirations fondamentales de ces peuples du Nord. Si Blaise Compaoré et ses pairs de la CEDEAO ont réussi à faire plier la junte militaire de Bamako, il sera autrement plus difficile de résoudre de manière satisfaisante pour tous la question du Nord. Un conseil. Plutôt que d’en faire une chasse gardée, les Etats ouest-africains gagneraient à ouvrir la question du nord Mali à l’organisation des Nations unies dont les compétences en la matière paraissent plus avérées. La question nationale n’est pas une question facile et il importe de l’entourer des précautions nécessaires, dans l’intérêt de la stabilité et de la paix de notre sous région.

 Par Germain B. Nama


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