Attaque chimique en Syrie : Une forme de guerre froide qui ne dit pas son nom

Publié le mardi 3 septembre 2013

La crise en Syrie devient de plus en plus inquiétante. Si ce n’est pas l’opposition qui est accusée d’utiliser des gaz chimiques dans la guerre qui l’oppose au régime syrien, c’est le régime de Bachar Al Assad. Récemment encore des personnes ont été présentées comme des victimes d’une attaque au gaz en Syrie. L’opposition rejette l’accusation sur le régime. Elle accuse en effet les forces loyalistes d’avoir lancé des attaques chimiques et tué des centaines d’habitants dans la plaine de la Ghouta, à l’Est de Damas. Ils prétendent même avoir prélevé des échantillons sur ces victimes présumées.

Depuis lors, la pression internationale s’est accentuée et le vendredi 23 août dernier, cette pression a été renforcée afin que le régime syrien autorise les experts des Nations unies présents à Damas à inspecter les faubourgs Est de la capitale touchés par l’attaque présumée au gaz neurotoxique. Ce qui réconforte les rebelles qui multiplient la diffusion d’images de victimes à travers le monde en vue de susciter de la part de l’ONU une réaction. Ils s’emploient d’ailleurs à transmettre des échantillons et des prélèvements aux experts de l’ONU en vue de leur faciliter la tâche.

Les puissances mondiales en rang dispersé

Comme toujours, les avis restent partagés pour ce qui est de la décision d’intervenir ou pas. Si la Chine et la Russie s’opposent depuis toujours à une quelconque intervention, les Etats-Unis se murent dans un silence inquiétant. Pour preuve, le président américain Barack Obama a fait part de sa "grave préoccupation" tout en prenant soin d’ajouter qu’il n’était pas question pour les Etats-Unis de "s’embourber" dans une nouvelle et coûteuse guerre. Pourtant il y a un an, Barack Obama avait déclaré que l’utilisation par le régime syrien d’armes chimiques constituerait une « ligne rouge » qui ne doit pas être dépassée. Il avait ajouté que cela pourrait conduire à des enquêtes pour vérifier la présence d’armes de destruction massive.

L’Iran, allié du président syrien, a reconnu pour la première fois ce samedi 24 Août par la voix de son président Hassan Rohani, que des armes chimiques avaient été utilisées en Syrie et a appelé la communauté internationale à empêcher leur utilisation. C’est vrai que le nouveau président iranien n’a pas été jusqu’à dire qui était responsable de l’utilisation de ces armes. Mais cela est une évolution car jusqu’ici Téhéran accusait les rebelles d’être derrière les attaques présumées à l’arme chimique. Le Saint-Siège aussi demeure prudent et demande d’observer cette même prudence avant d’attribuer la responsabilité du massacre à Bachar al-Assad. Le Vatican se pose la question sur l’intérêt qui pourrait conduire le régime à utiliser ces armes en sachant qu’il sera indexé comme principal auteur. Il réaffirme la ferme opposition du Saint-Siège à toute intervention internationale armée, encourageant une solution négociée, sans exclusion de l’un ou de l’autre groupe.

La France par contre parle d’usage probable d’armes chimiques au regard des victimes et encourage Ban Ki-moon à procéder à une enquête rapide et impartiale. François Hollande a aussi réaffirmé son soutien total aux Nations unies pour mener à bien cette mission dans les meilleurs délais. « La gravité de ces faits, s’ils sont avérés, c’est un crime contre l’humanité qui ne peut pas rester sans réaction », a estimé pour sa part Laurent Fabius, chef de la diplomatie française, tout en redemandant que les inspecteurs de l’Onu présents en Syrie puissent aller sur place, dans les faubourgs de Damas touchés par l’attaque présumée de mercredi.

La Grande-Bretagne, autre membre permanent du Conseil de sécurité, a mis directement en cause les forces loyales à Bachar al Assad en ajoutant que le gouvernement syrien avait « quelque chose à cacher ». « Je sais que certains dans le monde aimeraient pouvoir dire qu’il s’agit d’une forme de complot fomenté par l’opposition en Syrie. À mon avis, cette probabilité est extrêmement faible et en fait, nous pensons que c’est une attaque chimique du régime Assad  », a dit le secrétaire au Foreign Office, William Hague.

L’ONU plus que décidée à aller loin

Le gouvernement du président Bachar al Assad n’a, pour l’heure, donné aucune réponse aux demandes de l’Onu. Néanmoins, déclarant vouloir « une enquête rapide et impartiale » sur l’attaque présumée au gaz, le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, a fait savoir par un communiqué que la Haute représentante des Nations unies pour le désarmement, Angela Kane, se rendrait ce 24 août à Damas afin de négocier avec le régime l’accès aux sites concernés pour les inspecteurs en armes chimiques déjà en Syrie. Ban Ki-moon avait d’ailleurs déclaré à Séoul : « Je ne vois aucune bonne raison pour qui que ce soit, forces du gouvernement ou de l’opposition, de décliner cette invitation à aller au cœur de la vérité ».

La Coalition nationale syrienne (CNS, opposition) a annoncé de son côté qu’elle assurerait la sécurité des inspecteurs en armes chimiques des Nations unies dans les zones de Syrie qu’elle contrôle et indiqué qu’il était crucial qu’ils parviennent d’ici 48 heures au site de l’attaque présumée au gaz toxique de mercredi. Ceci sonne comme une réponse à Moscou, qui avait estimé un peu plus tôt que l’opposition syrienne empêchait le déroulement d’une enquête objective sur les accusations d’attaque chimique. Pour le médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe, l’Algérien Lakhdar Brahimi, cette affaire devrait permettre aux grandes puissances divisées sur le sujet, Russes et Chinois qui continuent de faire cavaliers seuls au Conseil de sécurité de l’Onu, de redoubler d’efforts en vue d’une nouvelle conférence internationale de type Genève II. Pour l’heure, avant que les choses ne se précisent, souhaitons que la Communauté internationale prenne des décisions pour déployer suffisamment d’aides médicales en vue de pouvoir soigner les victimes, en attendant les enquêtes.

Michaël Pacodi

pacomik@yahoo.fr


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