Côte d’Ivoire : La loi sur le foncier et la nationalité réjouit les burkinabè

Publié le mardi 3 septembre 2013

Les députés ivoiriens ont voté deux lois qui soulagent les burkinabè. Sur la nationalité et le foncier ce sont en majorité des burkinabè, émigrés dans ce pays bien avant les indépendances qui en avaient le plus souffert.

A Ouagadougou on se garde bien de commenter le vote de ces deux lois, mais elles soulagent grandement les autorités du pays. Le nombre de bénéficiaires directs de cette loi n’est pas encore bien connu, mais ils pourraient être pour l’essentiel des burkinabè.

En 1932, quand sous la colonisation française, une bonne partie de la Haute Volta, actuel Burkina Faso, est rattachée à la Côte d’Ivoire et devient la Haute Cote d’Ivoire, des milliers de manœuvres burkinabè sont convoyés en Côte d’Ivoire pour les travaux de construction des ports, du chemin de fer Abidjan-Niger et pour l’exploitation des champs de café/Cacao. La reconstitution de la Haute Volta en 1947 ne mettra pas fin à « cette importation de main d’œuvre » qui va s’institutionnaliser à mesure que la Côte d’Ivoire prospère. Ce sont des millions de burkinabè qui se sont retrouvés, par le fait de l’histoire et pour des raisons économiques plus tard, en Côte d’Ivoire. Si beaucoup de ses migrants n’ont pas jugé bon s’y établir, d’autres l’ont fait, en fondant des familles et en s’installant parfois comme de prospères exploitants agricoles. La « parole » d’Houphouët, valant loi à l’époque qui avait édicté que « la terre appartient à celui qui la met en valeur » avait encouragé beaucoup d’exploitants burkinabè à s’investir pour la réussite du « miracle ivoirien » qui reposait sur l’agriculture. Puis les années 1980, avec les premières conjonctures économiques difficiles ont commencé à détricoter ces avantages concédés avant que les crises économiques et politiques de la décennie 1990, ne les nient tout simplement. Ces questions, avec l’ivoirité théorisée avec le régime Bédié, vont servir de lame de fond à la crise ivoirienne qui va déborder en interne catégorisant les ivoiriens en deux camps : « les allogènes » selon la consonance du patronyme et les « multi séculaires ». L’association de la nationalité à la possession foncière avait encore carabiné plus le problème. L’opinion publique ivoirienne, dans sa majorité, y voyant un sauf-conduit pour l’envahissement du pays.

On peut imaginer, même si les difficultés n’ont pas disparu loin s’en faut, toute la pédagogie et même l’andragogie dont le RDR et Alassane Dramane Ouattara ont dû faire montre pour convaincre leurs alliés du RHDP, pour les rallier à ces lois.

Evidemment le chiffon rouge de « l’envahissement » sera toujours agité. Le RDR a beau expliquer que « ivoirien » et « possession foncière » ne sont pas systématiquement liés, tous ceux qu’on va naturaliser ne vont pas s’installer dans l’agriculture, les réticences demeureront. La seule manière d’ôter cet argument de la bouche des « ivoiritaires » c’est la réussite économique. Si la Côte d’Ivoire, comme elle est partie, arrive à décoller économiquement en renforçant les secteurs secondaire et tertiaire de son économie, la pression sur l’agriculture s’en trouvera allégée. Plus un pays émerge économiquement plus le secteur primaire, l’agriculture, perd de l’importance dans l’offre d’emplois. On peut imaginer que dans deux décennies, le nombre d’ivoiriens que l’agriculture occupe directement chute drastiquement. L’agriculture restera sans doute longtemps encore le secteur porteur de la croissance, mais dans la chaine de valeurs, ce sera plus rentable de posséder une usine qui transforme plutôt que des hectares de terre.

Pour l’instant du côté du Burkina on s’en réjouit, même si on ne le montre pas. C’est une des causes de différend avec la Côte d’Ivoire qui est solutionnée. Il faut cependant que ça marche, autrement ce serait comme la « carte de séjour », un boulet qu’on ne manquera pas d’attacher perfidement aux pieds d’Alassane Ouattara. 

NAB 

Sur la nationalité

La modification de certains articles du code de la nationalité et le vote du texte qui donne deux ans aux personnes nées de parents étrangers et âgées de 21 ans à la date du 20 décembre 1961, à celles qui ont résidé sur le territoire ivoirien avant l’indépendance acquise en 1960 et leurs enfants nés en Côte d’Ivoire et à celles qui sont nées par la suite sur le territoire ivoirien entre le 20 décembre 1961 et le 25 janvier 1973, qui sont donc des Ivoiriens sans le savoir, pour régulariser leur situation.

Cette nouvelle loi permet aux personnes concernées de bénéficier de la nationalité ivoirienne « par déclaration » en lieu et place de la procédure de naturalisation qui était jusqu’ici en vigueur.

 


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