Guinée Conakry : C’est quoi ce bazar ?

Publié le mardi 3 septembre 2013

La Guinée Conakry, est un pays du quel on dit que les dieux l’ont pourvu de richesses. Les Guinéens considèrent l’Homme comme une richesse, au regard de la sympathie qu’ils ont vis à vis du visiteur. Mise a part cette immense qualité, le Guinéen a du mal à se sortir des a priori. Les hommes politiques jouent à se faire peur et plus que jamais, les guinéens semblent avoir perdu foi en leur pays qui était cependant l’espoir de l’Afrique à la fin des années 50. Les différents régimes qui se sont succédé ont formaté chez le guinéen une mentalité aux antipodes du développement, si bien que les plus nantis préfèrent mettre leurs progénitures à l’abri et notamment dans les universités occidentales ou asiatiques. Le rêve Guinéen est loin ou n’existe pas encore. Dans ce contexte, le nouveau président est pris entre deux feux. Continuer dans le même sillage que ses prédécesseurs ou, rompre avec les pratiques qu’il a combattues en vue de se donner de meilleures chances d’offrir à son pays le rêve qu’il est en droit d’attendre. Alpha Condé affirme s’y atteler même si selon ses détracteurs « il ne fait rien ! ». Invités à un atelier de formation des jeunes journalistes sur la prévention des crises, nous avons pris quelques moments à écouter les Conakrykas. Regard sur la Guinée contemporaine à travers Conakry sa capitale

La classe politique est clivée et cela déteint sur la vie en communauté des guinéens. Réconciliation nationale malade, les guinéens n’ont plus foi en leur pays, en sa capacité de garantir le minimum pour eux. Les quelques hommes politiques, directeurs généraux et maires…ont leurs enfants en étude hors de la Guinée, précisément en Europe, en Chine etc, plus que quiconque, ils savent que ce pays n’offre pas de perspectives. Pour le reste de la plèbe, chacun vit comme il peut avec les moyens de bord. La jeunesse est la plus exposée. Elle est déboussolée et en manque de repères. Elle s’adonne à des pratiques peu recommandables. Dans une des boites de nuit de la place, un disque joker se lance dans une envolée : « L‘alcool est mieux que l’école » et les jeunes de répondre en chœur « ohé ! »

Les anciens, eux, « ça va », comme le diraient les Burkinabè. Certains ont côtoyé l’ancien régime de Lansana Conté et ont fait fortune. Le marketing politique n’est pas à la hauteur ; il n’offre pas de perspectives pour le rêve. Et les jeunes n’ont plus foi en eux. Un déflaté de la Fonction publique, à la faveur de la modernisation de l’administration, entreprise par le gouvernement de Alpha Condé et reconverti taximan témoigne du clivage profond au sein de la Fonction publique et fait foi aux propos de Jean Marie Doré, premier ministre de transition qui avait estimé que « la réconciliation nationale n’est pas pour maintenant ». La religion du nouveau taximan est faite : « Les Cellou-là, veulent gâter le pays-là. Ils se plaignent beaucoup pour rien. On les connaît là ! Cellou a occupé 11 postes de ministre avec Lansana Conté. Ils n’ont rien fait pour le pays. Aujourd’hui ils ne veulent pas que Alpha travaille ».

Ces « amis » du nouveau régime ont leur QG, bien connu des conakrykas, c’est le « Café Alpha Condé ». Là à l’image des Agoras des patriotes ivoiriens, au temps de la splendeur de Gbagbo, ils « croquent » de l’opposant : « … Ce sont des hypocrites les opposants-là ! ». Je me retourne et participe à la discussion. Vous parlez des politiciens ou des opposants ? L’un d’eux, Apollinaire rétorque : « l’Etranger, les politiciens, ce sont tous des faux, mais ici en Guinée c’est pire. Quand quelqu’un arrive dans l’opposition, il ne veut pas que celui qui est au pouvoir réussisse. Quand Alpha (le président actuel) était opposant, la majorité des opposants de maintenant étaient avec Lansana Conté qui a fait souffrir le vieux [ndlr Alpha Condé est appelé le vieux], aujourd’hui il est au pouvoir, ils se sont retournés contre lui.

Conakry est bien divisée et c’est avec la même hargne que les contempteurs du président, qui ont aussi leurs coins et leurs habitudes le mettent à nu. Pour eux, c’est lui le seul et unique responsable du chaos dans lequel le pays se trouve. « Nous avons voté le vieux, pensant qu’il est venu de l’étranger avec de nouvelles idées, mais nous nous rendons compte que nous nous sommes trompés ». Un acteur de la société civile, et pas des moindre dira quand à lui, Condé c’est un échec. « De Sékou Touré à Lansana Conté, nous (les guinéens) nous n’avons pas connu le repli identitaire. Or ils sont venus jeunes et repartis assez âgés. Alpha est arrivé au moment où la Guinée a le plus besoin de sagesse et voila qu’est né le sentiment de repli identitaire ».

En réalité, le professeur ou le vieux comme l’appellent ses militants, n’est pas bien aidé. Les délestages, l’assainissement, le désenclavement des villes demeurent des préoccupations pour les populations. Elles sont impatientes. Le vieux est venu dans une véritable nasse. Il n’a pas le même tact que Dadis camara, (que certaines voix commencent à regretter,) « Si c’était Dadis, le DG de EDG (électricité de Guinée) allait prendre pour son grade », estime un groupe de jeunes rencontré à Taouya, un quartier de la Capitale.

A Conakry, la règle c’est la pénurie d’énergie. Dans les quartiers nantis, l’électricité est fournie à partir de 19 heures jusqu’à 4 heures le matin et c’est la coupure le reste de la journée.

 Les critiques fusent de partout, le chef de l’Etat s’en explique, et évoque des difficultés financières. Sur la radio française, Rfi, il confie que lorsqu’il prenait le pouvoir, il n’avait pas réalisé que le mal était si profond. « La banque centrale était en quasi faillite et n’avait même pas 15 jours de réserve d’importation. La situation financière était catastrophique et le mal était si profond ». Arriver au pouvoir dans de telles conditions nécessite du génie pour jeter les bases d’un quelconque développement. Le professeur a cependant son idée : « nous avons commencé par le code minier » ; l’administration est en phase de modernisation. Mais ce qui importe pour Condé, c’est la réforme structurelle. « Il faut créer un Etat  ».Véritablement, il manque à la Guinée un Etat digne de ce nom et tous les observateurs Guinéens sont unanimes là dessus. Le président estime à « 80% le nombre de véhicules non assurés et beaucoup sont non immatriculés à son arrivée au pouvoir ; de hauts fonctionnaires qui viennent au service à 10 heures ou 11 heures, il faut mettre fin à ça  », « c’est de la pagaille » affirme le chef de l’Etat. Mais sera-t-il entendu dans un contexte de suspicion et d’accusation de part et d’autre de la scène politique ?

Les élections législatives prévues pour septembre 2013 devront permettre de réaliser un bond dans le processus de transition et de réconciliation bien que certains acteurs ne croient pas à la réconciliation. Jean Marie Doré, ex premier ministre est de ceux-là qui semblent ne pas y croire. « La réconciliation est un idéal » a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse. Mieux, elle requiert de la confiance entre les acteurs. Or la confiance n’est pas de mise au sein de la classe politique guinéenne : l’ethnicisme ayant pris le pas sur toute autre considération politique.

Les élections législatives

 Le 24 septembre 2013, les Guinéens sont appelés aux urnes. Ce devrait être le parachèvement du processus de normalisation politique. C’est la dernière étape du processus de transition politique de la Guinée depuis le départ des militaires du pourvoir. L’élection présidentielle qui a eu lieu en 2010, devait s’accompagner de législatives pour rendre complètes les institutions républicaines. Maintes fois reportées, ces élections ont fait l’objet de contestations tant en ce qui concerne la date de la tenue que l’organisation.

C’est quoi le problème ?

Les politiques avaient estimé que leur sécurité n’était pas prise en compte. Ils estimaient aussi n’avoir pas été impliqués dans le processus et réclamaient un dialogue politique avec le pouvoir en place avant de reprendre part au processus. Le dialogue politique a eu lieu et le gouvernement a lâché du lest. Conclusion : le vote des guinéens de l’étranger accepté, la reprise de la révision des listes électorales pour permettre la prise en compte de ceux qui n’étaient pas inscrits après l’appel au boycott par certains partis de l’opposition, et une méthode de travail collégiale a été trouvée pour rendre la CENI plus opérationnelle, nous confie un des membres de l’institution. Avec aussi l’adoption d’un chronogramme consensuel. D’autres points de revendication, ne concernant pas les élections, ont été débattus au cours du dialogue politique.

Maxime Koïvongui est le directeur de la transparence à la CENI ; il nous explique comment l’institution est en train d’organiser l’échéance avec tous les acteurs membres de l’institution : « s’il y a manquement quelconque, cela est a mettre à l’actif de tout le système électoral et non pas le considérer comme une manœuvre pour favoriser tel ou tel candidat au détriment d’un autre ». Donc les anomalies constatées et dénoncées ne sont pas l’apanage d’un seul camp. Par exemple l’ethnicisme que tout le monde dénonce est pratiqué par tous, sans exception : « C’est parce que c’est telle ou telle autre région que c’est comme ça », n’hésite-t-on pas à dire à la moindre difficulté. Nombre de guinéens mettent cela sur le compte du manque d’expérience de leur opposition

Wilfried BAKOUAN de retour de Conakry


 De jeunes journalistes à l’école de l’ACG

Le 15 aout 2013, une date qui marque un tournant dans le monde de la presse en guinée. « De telles occasions, nous n’en avions pas pour nous parler nous guinéens  », c’est comme cela que Mme Satina Diallo a résumé son intervention lors de cette journée de réflexion initiée par l’African crisis group (ACG) à l’intention des jeunes journalistes de Guinée. Cette rencontre se voulait pédagogique en ce sens qu’elle permet aux participants de prendre la mesure de leur responsabilité dans la formation et l’Amplification des crises dans leur pays. Placé sous le thème « journalisme et citoyenneté », l’intérêt des participants s’est porté sur les règles d’éthique et de déontologie dans le journalisme comme gage de la responsabilité sociale. Le journaliste est un citoyen qui a les mêmes droits que les autres. La seule différence est sa plume, son micro ou sa caméra qui peuvent être à un moment donné, dans l’exercice de la profession, une arme de destruction massive. C’est fort de ce constat et compte tenu du climat social propice à l’éclatement des crises dans la sous région ouest africaine et particulièrement en Guinée que l’ACG et l’ONG Res Publica ont voulu outiller les journalistes guinéens dans la perspective des élections législatives. Dr Sékou Koureissy Condé, directeur exécutif de l’ACG, a exhorté ses compatriotes à mieux se former dans l’intérêt supérieur de la Guinée en proie au repli identitaire. Même son de cloche de la part de Yacine Diallo de la maison de la presse où s’est tenue l’activité.

Photo de famille entre les participants à l’atelier et un responsable de Res publica (Ph : Evénement)

Le rôle des médias dans la construction des faits est prépondérant en ce sens que ce sont eux qui sélectionnent les évènements pour les transformer en information. Les médias sont ainsi attirés par les crises à la recherche de l’information et de la compétitivité. L’information est un produit et le style de l’entreprise permet l’identification immédiate du produit. La valeur d’une info dépend de l’intérêt qu’elle suscite : les médias veulent rendre le public captif par la proximité de l’événement qui le concerne. L’information est donc un marché structuré et est soumise aux contraintes de la consommation et de la distribution de masse. Dans ce contexte, comment les journalistes qui appartiennent à une communauté peuvent-ils se hisser au dessus de toutes les tentatives de travestir l’information ou de l’orienter au profit du camp de leur choix ? De là la journée de réflexion a tiré tout son sens, le repli identitaire de plus en plus pressant en Guinée oblige.

Les différentes interventions qui ont ouvert les débats se sont résumées en 3 points :

D’abord, la fonction sociale essentielle de la presse, et le rôle du journaliste, consiste à donner du sens au monde qui nous entoure. Informer a pour résultat, donner du sens. Ce résultat est incontournable dans l’activité d’information ;

Ensuite, informer relève d’une déontologie professionnelle qui met principalement l’accent sur les modalités de recherche et de restitution de l’information ; donner du sens implique plutôt une responsabilité sociale dans la mesure où c’est cela qui impose de prendre en compte les effets sociaux de l’acte. « La qualité de l’activité se mesure dans un acte, à ses modalités plus ou moins conformes des règles du métier, à ses effets sociaux plus ou moins positifs » ;

Puis, cette fonction fait du journaliste un acteur social à part entière et non un simple témoin-médiateur hors du jeu social. Mais, acteur social, le journaliste ne l’est pas au même titre que les autres acteurs sociaux. Remplir pleinement ce rôle social c’est adopter une posture citoyenne qui impose des façons spécifiques de regarder les choses, de les penser et d’en parler.

A la fin de la journée, les journalistes guinéens ont exprimé leur disponibilité à se former et à hisser leur profession au niveau de celui de certains pays de la sous-région, le Burkina ayant été cité en exemple. Basile Darga coordonnateur de Res Publica a, à la fin de l’activité exprimé la disponibilité de sa structure à accompagner les bonnes initiatives de l’ACG.

WB


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