Le Reboisement ou les marronniers de l’année

Publié le mardi 3 septembre 2013

C’est réjouissant de savoir que la plantation des arbres mobilise encore du monde. Juillet-août de chaque année ce sont des cohortes de « scouts » amis de la nature qui investissent, à fort renfort de communication, les villes et villages du pays pour planter des arbres. Le gouvernement est, dans cette affaire, celui qui bat la mesure. Il y a donc une volonté politique exprimée autour de la question du reboisement, donc de la restauration ou de la préservation de notre environnement.

Sauf que le flonflon cache le leurre de l’opération. L’enthousiasme qui accompagne la mise en terre des plants fait cruellement défaut quand vient le moment d’entretenir les arbres plantés. Et c’est là tout le problème. Les arbres sont plantés sur des espaces ouverts. La saison des pluies dans notre pays dure, au maximum 4 mois, juin, juillet, août et septembre. Puis c’est la saison sèche d’environ 9 mois, avec une insolation qui atteint régulièrement les 50° C. Les jeunes plants ont à peine le temps de faire racine, que la saison sèche est là. Les nappes descendent rapidement en profondeur où les racines, encore jeunes des plants ne peuvent atteindre. Très vite donc, la majorité sèche et meurt. Certains ont plus de chance. Ils sont plantés dans des endroits plus favorables. Les racines atteignent la nappe en dessous. Mais comme les plants sont sur un espace ouvert, les animaux en divagation les broutent, même non appétés, quand le couvert herbacé et ligneux en vient à se raréfier. Les plants qui avaient échappé à la première vague de mort, crèvent aussi à leur tour. On revient donc à la case départ. Sur les mêmes terrains redevenus nus, s’investiront encore de joyeux planteurs de dimanche, pour une besogne inutile.

N’est-il pas temps, maintenant, de réaliser que l’on ne peut pas continuer à nous mentir ? Il faut sans aucun doute reboiser, planter des arbres. Ce reflexe est maintenant rentré dans les mœurs. Il faut à présent que les arbres que nous plantons vivent. Pour avoir été parmi les premiers en Afrique à en faire notre religion, depuis Maurice Yaméogo, chaque grand événement donnait lieu à la plantation d’un arbre, nous devions être plus lucides.

On peut penser à des moyens plus efficaces de planter des arbres. Il y a un processus d’immatriculation des terres en cours dans notre pays. On peut l’y adjoindre l’obligation de planter des arbres. Ça peut-être une des conditions pour octroyer un titre foncier ou de le renouveler. Dans le cas des plantations officielles, elles peuvent se faire sur des terres « affectées », préalablement délimitées et viabilisées avec soit un forage ou un moyen d’arroser les arbres ainsi plantés. Peut-être que là les motopompes mobiles du ministre de l’Agriculture pourraient servir. Chaque année, ce sont des milliards de francs cfa qui sont dépensés pour acheter des plants et organiser les déplacements sur les terrains. Une bonne partie peut-être affectée au moyen d’entretenir les arbres plantés.

La question des essences et de leur compatibilité avec les terrains qui les accueillent reste posée. On ne peut pas planter n’importe quel arbre sur n’importe quel terrain. Une plantation d’arbre, surtout quand elle est officielle et déplace le premier ministre, devrait être précédée de l’étude du terrain et du choix des essences.

Nous avons une longue expérience qu’il faut valoriser. On peut imaginer qu’il n’en sera rien. Parce que dans ce pays, tout est devenu une rente. Ceux qui en ont fait un business ne voudront pas qu’on leur enlève le pain de la bouche.

Newton Ahmed Barry

 


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