Qu’il boive le calice jusqu’à la lie !

Publié le mardi 3 septembre 2013

Les empoignades des burkinabè sur la question du sénat ont jeté un profond malaise dans le pays. Il y a ceux qui affichent ostensiblement leur hostilité mais il y a aussi ceux, et ils sont nombreux, qui murmurent leur agacement dans la discrétion parce qu’ils sont cédépistes ou mouvanciers. Oui, ils sont nombreux les militants et les responsables du CDP qui trouvent que le sénat dans les conditions actuelles n’apportera rien au pays. Mieux, ils trouvent absolument dangereux ce bras de fer entre les partisans et les adversaires du sénat. C’est un sentiment d’inquiétude et d’incertitude qui les habite. Alors le communiqué présidentiel annonçant la pause dans le processus de sa mise en place a été accueilli avec soulagement dans tous les milieux. C’est ainsi que les burkinabè veulent voir leur président. Il doit incarner non pas la figure d’un chef de clan mais celle d’un homme d’Etat, soucieux de l’unité de la Nation. Il est heureux qu’il ait été aussi bien inspiré. Anticipant la décision présidentielle, Newton Ahmed Barry écrivait dans le N° 261 de l’Evénement : « En coulisse les initiatives pour ramener Blaise Compaoré à la raison n’ont jamais cessé…. Dans un contexte où l’étau visiblement se resserre autour du président, il devrait sans doute apprécier ces initiatives à leur juste valeur. Cela aussi l’oblige à sortir du bois. » La malheureuse sortie de notre président à Yamoussokro avait donné l’impression qu’il s’était irrémédiablement emmuré. Il faut une certaine humilité pour se dédire en moins de deux semaines. Il faut donc croire que le président a enfin prit la mesure de la gravité de la situation. Mais la prise de conscience, aussi importante soit elle, ne remplace pas la décision. La réalité en face c’est qu’une grande partie des burkinabè ne veut pas du sénat, pas plus qu’ils ne veulent la modification de l’article 37. Le choix n’est pas très large pour notre président. La seule décision à prendre c’est de rapporter la disposition constitutionnelle sur le sénat et de cesser de faire planer le doute sur ses intentions en ce qui concerne l’article 37. Des solutions juridiques existent pour régler la question du sénat. Il appartient à lui seul de dire comment la question sera réglée. Le comité de suivi des réformes ne peut rien faire d’autre que de dégager des alternatives. Le risque est grand que celles-ci ne soient plutôt un facteur de confusion. Si la pause observée dans le processus n’est pas une entourloupe mais une démarche sincère et nécessaire, alors Blaise devra suivre l’étoile polaire, la seule qui ne trompe pas : les burkinabè ne veulent ni du sénat ni de la modification de l’article 37. Cela dit, il nous faut faire une mise au point. La presse dans une large majorité s’est prononcée contre le sénat. En le faisant, elle est simplement dans son rôle citoyen. Certains veulent faire croire que la presse est l’objet de manipulation de la part de l’opposition. L’argument n’honore pas ceux qui l’agitent. Il traduit plutôt leur incapacité à conquérir l’esprit des hommes et femmes qui animent les médias. La bataille de l’opinion est essentiellement une bataille d’idées. Faut-il le rappeler, les journalistes sont aussi des leaders d’opinion. Et ils tiennent leur rôle en dépit de leurs limites. Blaise Compaoré est le président des Burkinabè. Sa place et son rôle dans l’histoire nous préoccupent tous. Des figures telles que Badini Boureima, Laya Sawadogo, Mathieu Ouédraogo, Abdoulaye Barry et bien d’autres ont pour certaines totalement disparu de nos radars. Si elles ont été des cibles de la presse à un moment donné, c’est parce qu’elles représentaient un intérêt public. La presse n’est pas contre des individus. Ce n’est pas sa vocation. Que demain, Zéphirin Diabré, Benewendé Sankara ou Tollé Sagnon parvienne au pouvoir, la fonction critique de la presse ne changera pas pour autant ! Blaise Compaoré demeurera dans le collimateur de la presse tant qu’il continuera à gérer la vie des millions de Burkinabè. Alors qu’il boive le calice jusqu’à la lie. Au nom du Burkina !

Par Germain B. NAMA



Commenter l'article (0)