MARCHE CONTRE LE SENAT : Mobilisation exceptionnelle et grande discipline organisationnelle

Publié le vendredi 16 août 2013

Contrairement à la toute première marche contre le Sénat qui a été réprimée, celle de ce dimanche 28 juillet n’a pas connu le même sort. Les citoyens burkinabè étaient encore sortis nombreux à l’appel du chef de file de l’opposition burkinabè (CFOB), pour dire non au Sénat. La Place de la Nation, lieu de départ était noire de monde. Deux faits ont marqué cette manifestation. La très forte participation de la population et la discipline qui a caractérisé l’organisation de la manifestation. Cette fois, les forces de l’ordre, présentes mais discrètes et sans armes se sont montrés courtoises vis-à-vis des manifestants.

Pour prévenir tout débordement, les organisateurs de la marche ont

mis en place un dispositif sécuritaire conséquent composé de jeunes qui devaient veiller à la discipline de la foule. Ils avaient essentiellement comme tâche entre autres de protéger les chefs des partis politiques, de veiller à ce qu’aucun bien public ne soit vandalisé et surtout que la zone rouge ne soit franchie afin d’éviter tout accrochage avec les forces de l’ordre. Ainsi donc, pendant que les marcheurs s’attroupaient à la Place de la Nation, un groupe de jeunes était posté devant l’entrée principale du siège de la BECEAO invitant les manifestants à ne pas s’y attarder. La police y avait également pris position. Ces jeunes veillant à la discipline de la foule voulaient éviter un fort attroupement autour des forces de l’ordre. Chose qui pouvait « engendrer des provocations et des prises de bec avec les policiers », nous explique l’un d’entre eux. Dans l’enceinte de la Place de la Nation, la place des hauts responsables des partis politiques étaient quadrillée par des barricades. Ce dispositif permettait de filtrer l’entrée et tenir une certaine distance avec la foule afin de mieux veiller à la sécurité de ces responsables. Seules ces personnes et les journalistes y avaient accès. A l’entame de la marche, la brigade de sécurité de l’opposition veillaient particulièrement sur les feux tricolores et sur les autres édifices publics et privés. Un cordon sécuritaire encerclait les responsables politiques. Mais devant la foule en liesse où chacun voulait serrer la main de leurs mentors, ‘’ces agents de sécurité ad hoc’’ étaient débordés. La parade trouvée était d’embarquer certains responsables dans des voitures. La tâche de ces agents sera plus ardue au niveau du rond point des Nations unies. C’est non seulement le point de retour de la marche mais aussi la frontière avec la zone rouge. Les forces de l’ordre étaient massivement présentes veillant à ce que la zone rouge ne soit pas franchie. Les marcheurs y ont marqué une pause. La brigade de sécurité de l’opposition a pris soin de matérialiser la zone infranchissable par une corde et ils étaient nombreux à veiller à ce qu’aucun manifestant ne passe outre cette ligne de démarcation. La foule était face aux forces de l’ordre. L’exhibition des pancartes s’accompagnait de propos anti-sénat. Malgré les consignes sécuritaires, des provocateurs procédaient à des jets sporadiques de pierres en direction des forces de l’ordre. Les éléments de la commission sécurité de l’opposition s’activaient vainement à les identifier. Un des responsables de cette commission faisant des va-et-vient s’époumonait à demander que les gens arrêtent de jeter. Tout en observant la foule, il observe : « les forces de l’ordre ont été correctes avec nous, nous ne voulons pas les décevoir. Ils nous ont donné trois mètres à ne pas dépasser. Ils disent que si les manifestants viennent au-delà des trois mètres ils vont nous gazer ». Un autre élément s’offusque « ceux qui jettent les pierres là doivent être des personnes infiltrées, ce ne sont pas des marcheurs. Remarquez que ceux qui jettent les pierres sont dans les coins ». Un groupe de jeunes sous les arbres se montrait très agressif quant les éléments de la commission sécurité leur demandaient de ne pas trop s’approcher de la zone interdite. Ce groupe refusait de se plier à toute injonction. C’était d’ailleurs le côté d’où partaient le plus de pierres. Devant l’insistance d’un membre de la sécurité ad hoc, un de ces jeunes profère des insultes. Les esprits se chauffent. L’incident attire d’autres personnes qui appellent au calme. L’incident est très vite maîtrisé. Après un face-à-face d’environ une demi-heure avec les forces de l’ordre, les marcheurs ont été conviés à regagner la Place de la Nation pour un meeting. C’était encore une tâche pas très aisée pour la brigade de sécurité. Il fallait convaincre la foule de regagner le lieu du meeting. Si beaucoup y sont spontanément retournés, d’autres par contre se montraient plus difficiles. Ils affirmaient ne voir aucun intérêt à retourner à la Place de la Nation. « Laisser nous dormir ici » plaide l’un d’eux. « Evacuez jusqu’au dernier manifestant » lance une voix de la commission sécurité. Le responsable de la brigade intime l’ordre à ces éléments de retourner pour le meeting. « Laissez ceux qui ne veulent pas repartir, on a plus rien à faire ici. Retournons, on est plus responsable de ceux qui restent ici. »

L’absence de débordement n’est pas le seul fait du fonctionnement opérationnel du dispositif sécuritaire mis en place par les organisateurs de la marche. Il faut reconnaître qu’il y avait une certaine autodiscipline au niveau des marcheurs. Pour preuve, en aucun cas, un marcheur n’a feint de s’en prendre à des biens privés ou publics. Mieux, des manifestants ayant garé leurs motos sous un arbre se trouvant à la Place de la Nation mais en face de la sortie d’un camp militaire ont refusé de s’en prendre à un militaire qui leur intimait l’ordre de déplacer leurs engins. Ces manifestants se sont limités à dire que ce corps habillé est tout simplement venu pour les provoquer. Et qu’il ne faut pas céder à la provocation.

Mis à part ce petit incident, on a aussi vu des forces de l’ordre sympathiser avec des manifestants. Un constat important, elles ne faisaient pas montre d’importants moyens de répression. Les éléments de la police réglementaient la circulation dans tous les carrefours environnant la Place de la Nation, protégeant par là les marcheurs et dans une bonne humeur apparente. Ils répondaient chaleureusement aux salutations des passants. Mieux, les forces de l’ordre qui ont accepté s’ouvrir aux hommes de médias nous ont assuré qu’il n’y avait pas de provocation de la part des manifestants. Et que tout se passait bien. 

Hamidou Traoré


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