Crise universitaire : Moments d’échanges avec des étudiants relogés

Publié le vendredi 16 août 2013

Des sites d’hébergement ont vu le jour grâce à l’action des associations estudiantines et de la société civile. Des étudiants ont donc été relogés au sein des sièges de certains partis politiques de l’opposition dont le FFS. Quelques instants passés avec eux permettent de découvrir leur nouvelle vie.

Aux environs de 10h 45 au siège du FFS. Un étudiant joue le rôle d’une ménagère. Torse nu, il récure une grosse marmite. Un autre s’active à allumer le charbon sur un grand fourneau. Ils veulent préparer pour midi. Au menu, du spaghetti. « Comme nous sommes un peu nombreux, on se divise en petits groupes de trois personnes. Un groupe prépare à midi, l’autre le soir » fait savoir Arnaud Bellam Somé. Dans la cour, on trouve pêle-mêle, des casseroles, des plateaux, des gobelets. « Ce sont des personnes de bonne volonté qui nous ont donné tout cela » confie Somé. « Aucune structure étatique n’est venue nous rendre visite » précise-t-il. A la question de savoir combien d’étudiants sont-ils, il répond : « C’est entre 60 et 70. Actuellement certains sont au palais à l’audition de nos camarades détenus. D’autres sont partis composer pour les concours. Ce qui fait que la cour est un peu vide. Depuis, les gens ne parlent pas de la cité chinoise. Et pourtant nous avons huit (8) de nos camarades qui sont détenus »

Des étudiants sur le départs

Dans leur cuisine, on récense : un carton de spaghetti, un sac de riz à moitié plein, deux (2) bidons d’huile de 20 et 5 litres, quelques condiments dont des oignons. 

Ambiance bon enfant

Quelques temps après, les « guerriers » (nom donné aux étudiants) commencent à venir. La cour se remplit de monde. Pour entretenir la causerie en attendant le déjeuner certains étudiants posent la « petite » marmite au feu. On veut parler du thé. Le grin est constitué. L’ambiance est bon enfant. On discute de tout : la crise, l’examen des concours, politique. « Personne n’est content d’être en cité » « Si le gouvernement veut nous aider, qu’il nous reloge dans les cités. Nous ne sommes pas dans cette plaisanterie du ministère de l’action sociale… » disent-ils. « C’est donc avec ce comportement qu’on nous demandait de signer un moratoire pendant les états généraux (de l’enseignement supérieur) » martèle un étudiant. Il poursuit en ces termes : « ils viennent parler de blanchiment technique pour absorber le retard avec un mois de vacances. Et subitement ils viennent dire deux mois et chasser les étudiants des cités. Avec cela on pense rattraper le retard. Ce n’est pas possible ». Selon certains, la crise a eu un impact sur le déroulement des concours. « Pour les concours beaucoup sont psychologiquement abattus. Le moral est très bas. On compose juste pour le faire mais à dire vrai, ça ne va pas » disent-ils. « Nous avons aussi des camarades détenus qui n’ont pas pu composer » font-ils savoir.

Le thé met du temps à venir. Le charbon n’est pas de bonne qualité. Le feu ne prend donc pas bien. Ils n’auront pas le temps de boire leur première tasse quand il commence à pleuvoir. Rapidement, ils se déploient sur la terrasse. La pluie se fait pressante, l’eau atteint la terrasse. Ils se coincent alors sur la place disponible pour ne pas se faire mouiller. Pour manque de place assise, certains sont débout. D’autres ont préféré rentrer à l’intérieur. La musique est au rendez-vous. Des chansons motivantes, ils en raffolent. En chœur, ils reprennent les refrains avec les auteurs. « L’heure est grave. Tu dois… te réveiller. Aller… aller, il faut… se réveiller » Un hébergé du site fait savoir alors : « Un dur doit apprendre à rentrer dans le feu et ressortir avec la peau refroidie » Il soutient que la réaction des étudiants est une « légitime défense » car les forces de l’ordre sont venues dans « un esprit belliqueux » « Et puis, les véhicules incendiés, on ne peut amputer l’entière responsabilité aux étudiants. Les gaz lacrymogènes des forces de l’ordre ne peuvent-ils pas occasionner des incendies » remarquent d’autres étudiants.

La première tasse de thé est enfin servie. On est aux environs de 14 heures. Le nombre de buveurs dépasse la quantité. Le fakir trouve les moyens de faire boire tout un chacun. « Cette quantité là, c’est pour faire médicament ou quoi ? Regarde comment c’est petit » lance un impétrant au fakir en buvant d’un coup. « Toi, tu as la chance. D’autres n’auront pas comme toi » réplique le fakir. Quant au déjeuner, il faut attendre après les averses. « Le repas est prêt mais on attend que la pluie se calme » dit Arnaud Somé

L’ANEB en action

Une délégation de l’ANEB arrive sous la pluie, mouillée. Elle est composée de trois (3) personnes. Il est 14h 03 mn. « Nous sommes venus pour discuter sur la restauration » précise le chef de la délégation. « Y’a-til des prestataires ou se sont les étudiants eux-mêmes qui préparent ? » demande la délégation. « C’est nous-mêmes » répond Arnaud Bellam Somé, porte-parole des étudiants. Après s’être enquise de cela, la délégation ANEB fait l’inventaire des besoins. Arnaud Somé estime ainsi les condiments à 8000f ou 9000f par repas (en raison de 2 repas par jour). « Le charbon est notre unique source d’énergie. Nous n’avons pas de gaz. Par jour on peut estimer à 2000f le coût du charbon » dit-il « Quelle est votre urgence à l’heure actuelle par exemple pour ce soir » A cette question Arnaud Somé répond : « les condiments » Sur le champ, le chef de la délégation appelle au niveau du Comité exécutif (CE) de l’ANEB « Ils ont dit que ce qui urge pour ce soir ce sont les condiments… » Après des anhan, des Ok, il raccroche son téléphone et dit : « Je viens d’appeler le CE, ils ont dit de vous laisser 5000f pour ce soir. Demain (jeudi 8 août2013), soit nous ou une autre délégation viendra de façon conséquente. On va alors prendre congé de vous pour aller faire le point de vos besoins » Sur ces notes, la délégation de l’ANEB prend effectivement congé des locataires du siège FFS.

Les divergences politiques

Pour les étudiants, il est vrai que c’est le siège d’un parti politique. Mais avant la politique il y a le social. La politique même c’est du social disent-ils. Donc, il nous appartient, estiment-ils, de laisser tomber tout ce qui est politique et nous abriter en attendant qu’on trouve une solution. « Si on ouvre les cités aujourd’hui, demain nous déménageons. » disent-ils. En attendant, « ça ne va pas, vous voyez que nous sommes en saison des pluies, se retrouver dehors ce n’est pas bon. On essaie quand même à ce que les choses se passent dans de bonnes conditions. La gestion humaine, ce n’est pas facile. Nous sommes nombreux et il faut arriver à parler avec les gens, communiquer assez afin de mettre les choses dans l’ordre » dit Arnaud Somé

Basidou KINDA

 

Témoignage d’un blessé

Gnoumou Daouda est une victime de la répression du 1er août 2013. Son calvaire, il nous le raconte.

Nous étions en groupe quand les forces de l’ordre ont tiré sur nous. C’est là que j’ai été touché. Mes camardes m’ont aidé à rentrer dans une cour. Là aussi, les forces de l’ordre sont venues. Elles sont mêmes rentrées dans une chambre à la poursuite des étudiants. Elles ont arrêté deux (2) personnes. Comme moi j’étais déjà blessé on m’a laissé partir. Je suis donc parti à l’hôpital Yalgado. C’est à ce niveau que j’ai reçu les soins. Quand je suis arrivé, et qu’on a constaté que j’ai été touché par un gaz lacrymogène, les médecins ont décidé de faire une radiographie pour savoir s’il y a eu une fracture ou pas. C’est lorsqu’ils ont fait la radio qu’ils ont réalisé qu’il y avait une fracture. Ils ont ainsi plâtré le bras (droit) atteint. Les soins je les ai pris en charge moi-même. Cela m’a coûté 27 000f. J’avais un petit argent avec moi et des frères camarades (étudiants) qui ont aussi contribué. J’ai un parent aussi qui m’a un peu soutenu. En ce qui concerne la nourriture, je viens manger ici (site du siège du PDS/Metba) et causer avec mes camarades.

BK

 

« Ceux qui ont expulsé les étudiants n’ont pas leurs enfants au Burkina »

Des chaînes de solidarités sont nées pour venir en aide aux étudiants transformés en sans domicile fixe (SDF) dans leur propre pays. On en dénombre plusieurs sites dont la Bourse du Travail, l’Université de Ouagadougou institué par l’ANEB, le siège de Semfilm aux 1200 logements, le CGD, le centre national de presse Norbert Zongo (CNP/NZ).

Sur ce site, Tassembedo Charles est venu faire parler son cœur. Sa motivation : « soutenir nos frères qui sont dans le besoin actuellement » Pour lui, si les étudiants ont été expulsés du jour au lendemain, la mesure reste sans une motivation précise. « On ne sait pas ce qui a motivé l’Etat à expulser les étudiants de cette façon » Même si ce sont les vacances, on pouvait les prévenir au moins un mois en avance à prendre leur disposition. J’ai été étudiant aussi, et au regard de la situation, ne pas venir donner ma contribution se sera manquer à mon devoir. La situation est compliquée car beaucoup n’ont pas leurs parents à côté. J’invite donc tous les burkinabè à faire la même chose pour soutenir nos frères étudiants et vive la lutte. Le Burkina Faso sera libéré tôt ou tard. Pas de violence mais par les urnes on pourra les battre. La décision de mettre les étudiants dehors, je la trouve franchement inappropriée. Je trouve que c’est une décision qui est liée certainement aux différentes manifestations de ces derniers temps. Ils se disent que c’est au niveau des cités universitaires que la mobilisation est forte. Donc en expulsant les étudiants ils pourront casser le rythme de la lutte actuelle contre l’institution du sénat et par la suite la modification de l’article 37. Ils ont peur et pense que les étudiants dans les cités constituent une force puissante pour la lutte. Je dirai que tous ceux qui ont expulsé nos frères n’ont pas leurs enfants ici (au Burkina). S’ils avaient leurs enfants, ils allaient réfléchir par deux (2) fois avant de poser les actes.

BK


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