Villy de Koudougou : Un riche hôtelier malade rend responsable son frère aîné

Publié le vendredi 16 août 2013

Les lignes qui suivent retracent le triste épilogue d’un conflit entre deux frères utérins dont l’aîné, Gnissiri Zongo est expulsé de son village natal sur ordre du cadet au prétexte qu’il n’est pas un fils du village. En réalité, il est reproché à l’aîné d’être la cause de la maladie que le frère cadet a du mal à soigner

 

L’histoire est rocambolesque ! Deux frères, l’un, le cadet est plus connu des burkinabè. Il est propriétaire d’un grand hôtel dans la capitale. L’autre, l’aîné est un paysan plus ou moins aisé qui réside à Villy, une bourgade, sinon un hameau de culture à une dizaine de kilomètres de Koudougou. Le petit frère est âgé de 76 ans selon les informations recueillies sur place. Il est malade et paralysé et accuse son aîné d’en vouloir à sa vie, à cause des richesses dont il dispose.

C’est à Villy que commence cette histoire avec la maladie de Emmanuel Zongo dont le développement a conduit à la déportation de son frère aîné, Gnissiri Zongo vers Ramongo. Sur les origines de Gnissiri, le chef de Villy se fend en contradictions. « Je suis le chef, je ne chasse pas les gens ». Nous lui posons la question : Allez-vous accepter son retour s’il vous demande pardon ? Le chef : « Non, il ne peut plus revenir ! Il a été renvoyé chez les siens. Que va-t-il revenir chercher ici ? » lance t-il en nous fixant droit dans les yeux. C’est dire donc que du côté de Villy, le voyage de Gnissiri est sans retour. Le chef est formel, sa décision est sans appel. La gendarmerie de Koudougou interpellée sur la question, a référé les parties au tribunal. L’administration saisie est mise devant le fait accompli, elle qui avait tenté une médiation s’en remet désormais à la justice.

Le jeudi 31 août, lorsque nous nous arrivons à Ramongo, localité située à 15 kilomètres de Koudougou, là où Gnissiri a été déporté depuis le 15 juillet 2013, nous constatons le spectacle. Le vieux Gnissiri Zongo, octogénaire est confiné dans une salle de classe avec femmes, enfants et bagages.

Quand arrive un visiteur quelconque, Gnissiri lui réserve un accueil chaleureux et reçoit ses visiteurs dans la salle qui fait à la fois office de salon, de chambre à coucher, de magasin. Dans cette salle de classe, devant un tableau, sont entreposés derrière lui sur une barrique, un poste téléviseur, un transformateur, des câbles électriques et des rallonges. Sur le côté latéral gauche de la bâtisse, quatre matelas s’adossent au mur. Le côté droit est occupé par les ustensiles de cuisine, et des meubles de petite valeur. Tout ceci, laissant juste une brèche dans laquelle s’engouffrent quelques nattes à coucher.

Que reproche-t-on à Gnissiri ?

« La fin justifie les moyens ». Cette phrase du philosophe italien résonne au-delà de son Italie natale. Villy, petit village du Burkina situé au cœur de l’Afrique noire est en train de faire l’expérience de la théorie de Machiavel. Déporter un grand frère sous un motif fallacieux n’est pas chose aisée. Pour le faire, il faut une bonne raison. Eh bien elle est toute trouvée. Gnissiri est un esprit malfaisant. Il a jeté la maladie sur son frère cadet par jalousie. L’accusation est accablante. Seulement il faut la prouver. Et là c’est un peu difficile. Qu’à cela ne tienne. En voici une autre raison. Gnissiri, en réalité n’est pas de Villy. Un véritable procès en sorcellerie

Explication : La mère de Gnissiri serait venue de Ramongo alors qu’elle était déjà grosse d’un enfant conçu avant le mariage. Cet enfant là, « c’est Gnissiri ». Le chef de Villy le confirme à souhait : « nous l’avons renvoyé parmi les siens ». Décider de renvoyer un homme de 80 ans parmi les supposés siens cache quelque chose. Qu’est ce qui oppose en fait les deux frères ? 

Emmanuel Y. Zongo est souffrant. Malade d’une maladie à laquelle il trouve difficilement remède. Il a, semble-t-il effectué un séjour maladie dans un hôpital parisien, mais sa santé ne s’est pas améliorée. Elle se serait plutôt détériorée. Il demande à son frère de voir du côté du village. Ce n’est pas la première fois que Gnissiri vient au secours de son cadet de frère qui a eu des problèmes de santé plus sérieux pendant sa jeunesse. Gnissiri va voir un guérisseur qui lui donne un remède qui apparemment a donné des résultats au point que Emmanuel en redemande une fois, deux fois, puis encore. A la troisième fois, il demande à entrer en contact direct avec son guérisseur. Ce qui fut fait. Entre temps, le mal progresse et Emmanuel se trouve aujourd’hui paralysé. Il soupçonne son frère aîné d’être en réalité la cause de sa maladie. Pour lui l’aîné veut se débarrasser de lui afin que ses richesses profitent à sa première épouse (qu’il aurait connu grâce au même aîné) et à ses enfants au détriment de la plus jeune. Voilà ce qui explique la déportation de Gnissiri. Passe encore que le chef de Villy se fasse le porte-voix des partisans de Emmanuel. Que le chef de Ramongo embouche la même trompette a de quoi surprendre. Ce dernier a même organisé une cérémonie de sacrifice pour reconnaître le vieux Gnissiri comme un des leurs. Au niveau d’une certaine opinion forgée à Villy par le biais de ceux qui sont acquis au frère cadet, Gnissiri n’est pas un des leurs. En mooré c’est clair : « ka tond n’soa yé », il ne nous appartient pas pour qualifier un enfant qui vit dans une famille d’adoption. La même expression est utilisée « contre  » Gnissiri Zongo.

La déportation

C’est au matin du 15 juillet que ce qui était une menace devient réalité. Alors que Gnissiri se trouvait dans sa cour, il reçoit la visite de jeunes « gorilles  » qui le conduisent manu militari vers un camion spécialement affrété pour la circonstance. Parmi ces assaillants d’un matin, le vieux Gnissiri, « l’indésirable » reconnaît certains d’entre eux : Michel, le contremaître du chantier d’un immeuble d’une dizaine de niveaux que l’on dit appartenir à Emmanuel Y. Zongo. Moré son frère, propriétaire d’une boulangerie à Koudougou. Gilbert, membre de la fratrie, gérant du garage de Emmanuel à Koudougou. Tous auraient été adoptés par Gnissiri quand il revint de Côte d’Ivoire s’établir au village, à la mort du père de ces derniers. D’autres témoignages établissent la présence lors du transfèrement de Gnissiri de : Augustin Zongo, fils de Emmanuel et un certain Hamidou Zongo dont on dit qu’il est venu de la Côte d’ Ivoire avec des gros bras. On dit que pour accomplir une telle « mission  », il faut être sans état d’âme particulier et pour cela, il vaut mieux ne pas avoir de lien direct avec la victime. Aussitôt la mission terminée, « les gros bras » auraient repris le chemin de la Côte d’Ivoire.

Le vieux a donc été pris de force et jeté dans le camion. Ses bagages et certains de ses animaux et des vivres l’y ont accompagné ainsi que femmes et enfants. Son fils Kouka qui a tenté de dire un mot et de s’interposer a été bastonné et jeté à son tour dans le même camion que le père. Puis la maison a été pillée. Des objets importants et une somme avoisinant 2.300 000frcs CFA ont été emportés. « C’est de l’argent que j’ai gagné après avoir vendu 8 de mes 15 bœufs et que j’avais mis de côté pour en temps opportun aller le verser à la banque », nous explique le vieux dans un soupir.

La justice de Koudougou est saisie de l’affaire. Mais comme l’a confiée une source proche des deux parties : « l’argent à dit la vérité ». En sera-t-il de même au tribunal ? Comme on le dit couramment : Wait and see !

Wilfried BAKOUAN

 

« Ce n’est pas à tonton de chasser papa »

La fille de Gnissiri vit en France. Elle travaille dans le social. C’est elle qui a demandé à ses frères de porter plainte. Joint au téléphone, elle donne ses motivations. « Nous sommes dans un état de droit », nous a-t-elle lancé dès que nous avons achevé la présentation et décliné l’objet de l’appel. On dit de votre père qu’il n’est pas de Villy, que répondez-vous ? « C’est archi faux. La grand-mère nous a expliqué l’histoire. C’est vrai qu’elle a été accusée de porter une grossesse dont le père n’était pas Kalaga (père des deux : Emmanuel et Gnissiri). Mais ils sont allés sur les fétiches du village pour que ce dernier détermine si oui ou non c’était le cas. Même s’il se trouvait que c’était le cas, à partir du moment où le père de Emmanuel n’a pas chassé son grand-frère, ce n’est pas à lui de le faire, surtout pas à plus de 80 ans. Comme il se croit tout permis, il invente des histoires pour faire ce qu’il veut parce que lui il est riche et il est l’ami du chef de l’Etat. C’est ça ! Il a acheté tout le monde, même les chefs. Sinon, ça n’a pas de sens  ».

WB

« J’ai pas de raison de lui en vouloir »

Sur les accusations portées par son frère contre lui, Gnissiri Zongo clame : « je n’ai pas de raison de lui en vouloir ». Leur père serait décédé quand l’aîné était petit. Il affirme que le frère cadet n’a pas connu Kalaga leur père à tous les deux. C’est lui, Gnissiri qui s’est occupé de son cadet « jusqu’à lui trouver sa première épouse  » et à le soigner pour une maladie grave. Puis l’aîné est allé en Côte d’Ivoire et s’est vu obligé de rentrer du fait du décès de leur oncle, le père des trois jeunes qui ont participé à sa déportation, pour s’occuper d’eux. Rentré au pays, son petit frère l’a remplacé en Côte d’ivoire. « C’est là qu’il a instrumentalisé Noraogo, un neveu pour qu’il lui dérobe de l’argent. Une grosse somme. Rentré au pays, Emmanuel est arrêté. Il me confie alors que c’est Noraogo qui a volé l’argent. J’ai dénoncé Noraogo qui a été arrêté et Emmanuel a alors été libéré. Emmanuel a gardé l’argent. C’est de là que vient sa richesse. Donc j’ai pas de raison de lui en vouloir ». Pourquoi t’en veut-il alors ? « Je ne sais pas. Je me suis opposé à son dernier mariage, il s’est entêté…, maintenant il pense que je veux le tuer. »

WB

 

« Je suis trop petit »

Contacté pour confirmer sa présence sur les lieux le jour de la déportation, Augustin Zongo, fils de Emmanuel a opposé un niet. La raison, « il faut voir avec les vieux, moi je suis trop petit pour me mêler de cette affaire ». Hamidou Zongo, celui-là même que l’ont dit avoir recruté les « gros bras » de la Côte d’Ivoire aurait affirmé que tout le monde a été pris de court. Il semblait croire que c’était juste pour effrayer quelqu’un. Or, nous confie un de ses proches, ce qu’il a constaté dépasse l’entendement

WB


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