Sur l’insécurité Blaise a raison

Publié le vendredi 16 août 2013

Sauf qu’il n’a pas encore pris les bonnes décisions. C’est quoi les bonnes décisions en cette matière ?

Dans un régime démocratique on s’adresse à un problème de deux façons. D’abord par l’affirmation politique claire et nette. L’insécurité est aujourd’hui une des préoccupations de nos concitoyens. Personne n’est à l’abri. L’activité économique pourrait largement en pâtir. Plusieurs fois des opérateurs économiques ghanéens, venus acheter les tomates des paysans burkinabè ont été braqués et dépouillés. Ces gens là ne reviendront pas de sitôt dans notre pays. Pour les paysans c’est, comme on peut sans douter, une catastrophe. Les tomates sont des légumes trop fragiles pour supporter de longs délais d’attente.

Au niveau des sociétés de transport, c’est le renchérissement des coûts et souvent même la faillite. C’est le cas de la jeune société de transport « Ouaga-Bittou », crée par de jeunes et dynamiques entrepreneurs de la ville de Bittou. Partis de rien, ils ont su monter une société de transport qui a apporté une plus value certaine aux transports dans toute la région. C’était la seule compagnie qui arrivait à maintenir les prix à un niveau accessible à la grande majorité ; 2500 f cfa le prix du voyage Bittou-Ouaga, quand les grandes compagnies sur le même tronçon était à des prix 2 fois supérieur. « Ouaga-Bittou » c’était aussi la régularité et la ponctualité. Depuis le mois de juin, le principal promoteur a été contraint par des braquages répétitifs de baisser rideau. Maintenant, allez à la gare de l’Est, à Ouagadougou et demandez le prix du voyage Ouaga-Bittou ? On est revenu à la situation ante. Les coxeurs vous diront si vous marchandez trop « que seul Alassane de Ouaga-Bittou peut offrir de tels prix bas ». Pour l’activité économique de cette localité c’est une grande catastrophe. Les autorités politiques et administratives en ont-ils vraiment conscience ? Ils n’en donnent pas l’impression. L’affirmation politique aurait consisté à voir le gouvernement s’afficher à côté de ces jeunes entrepreneurs et envoyer un message clair aux braqueurs.

Pour lutter contre l’insécurité, il faut forcément un engagement politique fort et exprimé. Il ne suffit pas d’acheter des Girocoptères, ces libellules qui attendent toujours de faire la preuve de leur utilité. Il faut aussi parler, dénoncer. Quelques points de presse des policiers et gendarmes ne peuvent remplacer une communication politique sur le sujet. Depuis le 5 août et peut-être pour la première fois, on sait ce que pense Blaise Compaoré de ce fléau. Les mots qu’il a utilisés sont forts et appropriés. L’ensemble des administrations qui luttent contre ce fléau se sentent soutenus.

Il reste la deuxième chose importante. Il faut que la loi suive. Notre arsenal législatif est trop laxiste dans la répression de l’insécurité. Les peines sont presque symboliques. Il faut impérativement corser les peines. Si un braqueur ou son complice sait que pour ce qu’il a pris, il en a pour 20 ans derrière les barreaux, il commence à réfléchir. Il faut aussi commencer à questionner les fortunes « sans histoire » que l’on retrouve dans nos villages. Ils ne sont pas seuls, mais comment expliquer que des marabouts, à qui on ne connait pas d’activités génératrices de revenus, puissent construire des buildings et changer de V8, comme on change de chemises. Ces gens là sont les bailleurs du CDP. Aux élections couplées de décembre dernier, certains ont institué des points d’achat de vote pour le CDP au su et au vu de la CENI et des autorités judiciaires. Ils s’achètent par ce fait une immunité. Si un CB a la mauvaise idée de s’intéresser à une telle personne, sa hiérarchie lui tombe dessus à bras raccourci. Alors CB et commissaires préfèrent aller prêter allégeance à de tels individus et repartir avec quelques billets ou une bête. Ces gens sont psychologues et savent bien déceler le prix de chaque responsable administratif et de sécurité.

Dans ces conditions l’insécurité continue de plus belle. Les braquages s’espacent mais ne s’arrêtent pas. Et bientôt les braqueurs descendront dans les concessions. Ils ont déjà commencé d’ailleurs. 


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