Chroniques d’un vacancier pas comme les autres

Publié le vendredi 16 août 2013

Bien connu de la scène politico-intellectuelle burkinabè,

Laurent Kilachiu Bado fondateur de la théorie de la troisième voie (tercerisme, entre capitalisme et communisme), est un homme qui ne laisse pas indifférent. Qu’on l’adule où qu’on le déteste on est tenu de lui devoir respect et considération pour sa verve acerbe, son franc parler et ses prises de positions iconoclaste. Intellectuel qui ose, Laurent Kilachiu Bado a le mérite de développer des idées, sa conception de la vie, et de tenter de la mettre en pratique, avec foi et persévérance. Sa personnalité, il l’a bâtie à toute épreuve depuis les années 70. Enseignant de droit constitutionnel à l’université de Ouagadougou, il s’est engagé dans l’arène politique nationale en créant un parti pour dit-il relever le niveau du débat en l’espace d’une décennie. Hélas, l’Assemblée nationale n’est pas un amphi de droit et la politique politicienne n’est pas faite pour les enfants de chœur au vrai sens du mot. En effet si ce fils de catéchiste s’est engagé dans la politique, c’est parce qu’en tant que catholique il a appris que le croyant doit contribuer à ennoblir la politique, qui est une chose trop sérieuse pour être laissée entre les mains du premier venu. Tout ce pan autobiographique est conté dans un ouvrage de 123 pages publié aux éditions Graal , sous forme de nouvelles courtes et bonnes et intitulé Journal d’un vacancier. On redécouvre les envolées enflammées d’un Laurent Bado des grands jours. Morceaux choisis : « C’est à devenir fou que de travailler avec des autorités qui ne comprennent pas que l’heure n’est pas à la jouissance du pouvoir frauduleusement conquis, mais au combat pour libérer les peuples noirs du joug culturel, économique et politique de Blancs qui ne voient dans le Noir qu’un singe évolué, un eternel gosse, infra-humain incapable d’idées, d’organisation, de rationalité, un être sans culture en somme et qui est paresseusement assis sur des richesses frauduleuses ! » Page 8. Ou encore : « « …voyez les medias africains, singulièrement les télévisions : au lieu de sensibiliser, conscientiser, responsabiliser les citoyens, il n y a que les fesses et les seins qui remplissent les écrans.  » page 118. Du reste, parlant de traits caractéristiques de différentes populations à travers le monde, le Glaive des ancêtres (signification du prénom Kilachiu) dira être heureux de constater que les Bukinabè, « peuple mouton » (sic) par excellence se réveillent autrement. On peut être habitué aux « coups de gueules » de l’auteur qui ne manque pas d’occasion pour fustiger l’attitude aussi bien des hommes de cultes que ceux de la politique, mais on est forcément séduit par la qualité de la plume d’un littéraire qui caresse poésie et romance avec une dextérité digne des grands auteurs de la langue de Lamartine. Lisez plutôt : « Depuis trois jours, mon esprit n’est pas en repos, mon âme n’est pas en paix et tout mon corps, est lourd comme un couvercle de marmite. Je reste étendu à l’ombre de mes manguiers du matin au soir, ressentant au plus profond de mon être un morne plaisir à voir les feuilles mortes se détacher des branches, tournoyer au plus près du vent avant de choir au sol avec un léger bruissement sinistre semblable au dernier écho d’un glas lointain. » Le Baudelaire de Zoula (village de la province du Sanguié) sait aussi naviguer entre le spleen et idéal, lorsqu’il n’est pas romancier et historien du politique et de la religion. Avec l’annonce faite par ce vacancier pas comme les autres de publier courant premier trimestre 2014 une autre œuvre sur sa vie politique passée. C’est le lecteur qui peut déjà se délecter des détails croustillants dont l’auteur a seul le secret. Surtout lorsque le fils du Sanguié écrit : « Voilà Monsieur, la seule manière de développer notre beau pays : compter sur nous-mêmes, produire et consommer burkinabè, sous le nez perfide de la globalisation, tout en renforçant la cohésion sociale. » Il y a trente ans environ, un autre patriote avait affirmé cela le poing au ciel. Avec Laurent Kilachiu Bado, tout fini par se savoir. A bon entendeur…bonne lecture !

Ludovic O KIBORA 


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