Les Pyromanes et les pompiers !

Publié le lundi 30 septembre 2013

Habituellement, dans un pays normal, ce ne sont pas les mêmes qui jouent ces deux rôles si opposés dans leur nature. Mais nous ne sommes plus dans un pays normal ici au Faso.

Car les pyromanes ici, après avoir mis le feu viennent faire semblant d’éteindre le foyer qu’ils ont eux-mêmes allumé sans aucun état d’âme.

Qui sont ces pyromanes ?

Ce sont les ignares qui dirigent ce pays. Ce sont tous les indignes qui osent traiter d’autres Burkinabè d’étrangers.

Ce sont les moutons de panurge qui suivent sans réfléchir parce qu’on leur a donné des ‘’feuilles’’.

Ce sont les pseudos intellos qui font le sale boulot de ceux qui les ont placés à la tête des institutions universitaires en oppressant les pauvres étudiants qu’ils font expulser manu-militari et sans préavis ni humanité. Ils ont en plus le culot, l’outrecuidance et l’indécence de nous exhiber des contrats surannés flanqués de gorilles. Car ils ont oublié qu’un jour, sur ce même campus et dans cette même université de Zogona, ils furent eux aussi des étudiants.

Les temps ont changé, beaucoup changé car à leur époque, si lointaine à leurs yeux et pas si lointaine que ça aux nôtres, les étudiants mangeaient à leur faim, étudiaient dans des conditions propices et n’étaient pas réduits à une vie de clochards et de SDF dans leur propre pays. Ils ignoraient jusqu’à la signification du mot galère et pouvaient se concentrer uniquement à leurs études.

Puis les ignares à la tête de nos pays africains sont allés se compromettre dans des programmes qui prônaient que l’enseignement supérieur en Afrique était un luxe. Pain béni pour des dictateurs qui ont toujours vu les étudiants comme d’éternels contestataires, un danger permanent pour leurs pouvoirs à vie.

On nous avait dit aussi y a pas si longtemps que nous n’étions pas mûrs pour la démocratie et que celle-ci était un luxe pour nos pays. Nous avons avalé sans rien dire toutes ces couleuvres et avons charcuté nos programmes d’éducation, transformé les temples de nos savoirs, jadis inviolables en camps commandos avec des bidasses gardant les lieux et réprimant à la moindre occasion. Je me souviens que nous manifestions en soutien à nos camarades des autres unités soumis aux partiels. Une pluie de matraques et de bombes lacrymogènes nous sont tombés dessus sans que nous n’en comprenions la raison. Après la course poursuite de ce jour, le lendemain, nous avons voulu savoir ce qui nous avait valu un tel traitement. << Un criminel en puissance[1]>> nous tint à peu près ce langage :

-Vous les étudiants-là, vous exagérez vraiment. Avec tout ce que vous avez déjà, c’est parcelles maintenant que vous voulez ?>>

Il n’y a vraiment pas de quoi se marrer car c’est grave. Ce criminel en puissance a compris que nous manifestions pour réclamer des parcelles (terrains), quand nous, nous parlions de partiels (modes d’examens.)

C’est ce qu’on appelle un vrai dialogue de sourds. En clair, nous avions été bastonnés pour rien du tout.

Dans un pays normal, ces criminels auraient été poursuivis et radiés mais souvenez-vous : nous ne sommes pas dans un pays normal. Dans un pays normal, des Guiro ne circuleraient pas librement après avoir dilapidé des milliards de notre Trésor public sans être inquiétés. 

Dans un pays normal, ‘’des suspects très sérieux identifiés’’ ne seraient pas en liberté et des commanditaires de meurtres odieux et inhumains ne continueraient pas à gouverner et à rêver de mandat à vie avec succession monarchique comme dans une dynastie russe.

Ceux qui ont cru que nous étions dans un pays normal, réveillez-vous et vite !

Où avez-vous vu dans un pays normal qu’on laisse mourir un étudiant par manque de dialyseur dans un grand hôpital de la seconde ville du pays et capitale économique ?

Où avez-vous vu qu’on transforme des étudiants en mendiants, sacrifiant par là même l’avenir de tout le pays en évoquant des problèmes de moyens alors qu’on est prêt à investir 36 milliards pour récompenser des inutiles pour services rendus même pas à la nation mais à un individu et à son clan ? 

Dans un pays normal et développé comme le Canada, on cherche à supprimer le Sénat[2] dont après 146 ans d’existence, on n’en voit plus très bien l’utilité.

Mais dans un pays pas normal et sous-développé comme le nôtre, on met tout en œuvre (mensonges, corruptions, menaces, violences, mauvaise foi) pour imposer un sénat à un peuple qui n’en veut pas et on ose le ridicule jusqu’à évoquer les principes de démocratie pour justifier l’injustifiable. Drôle, non ?

Des bandits sans vergogne et des fossoyeurs de la démocratie se transforment tout-à-coup soudain brusquement en démocrates pour défendre une soi-disant légalité.

Impressionnant !

Dans un pays normal, les pyromanes sont recherchés et sévèrement punis et les pompiers, récompensés et honorés pour leur bravoure.

Dans un pays où la normalité a perdu et de sa valeur et de son sens, les vrais pyromanes sont récompensés par les faux pompiers.

Y a rien à comprendre. Alors, évitez-vous cette peine.

[1] C’est le président Sankara qui aimait dire qu’un militaire sans formation était un criminel en puissance.

[2] Le Sénat est la chambre haute dans la démocratie parlementaire bicamérale du Canada. Lors de sa création en 1867, il comptait 72 sièges, mais d’autres ont été ajoutés parallèlement à l’expansion du pays. Aujourd’hui, la Constitution en fixe la composition à 105 membres nommés. Le Sénat a été créé pour faire contrepoids à la représentation démographique de la Chambre des communes. Ces dernières années, il a contribué à une meilleure représentation au Parlement des groupes souvent sous-représentés tels que les peuples autochtones, les minorités visibles et les femmes. Le Sénat a aussi été créé pour fournir au Parlement une deuxième possibilité d’examiner les projets de loi avant leur adoption. Les sénateurs peuvent adopter des projets de loi, proposer des amendements aux projets de loi ou voter pour les défaire. http://sen.parl.gc.ca/portal/about-senate-f.htm

 


Commenter l'article (0)