Pouvoir en Afrique : l’ordre ancien et le nouveau monde.

Publié le vendredi 16 août 2013

Les turpitudes, les coups bas, les déclarations mensongères, les crocs-en-jambes, les marches réprimées et les contremarches plébiscitées au Burkina Faso depuis déjà quelques temps, feraient sourire Soumangourou Kanté, le roi-forgeron, souverain incontesté du Sosso. « Pourquoi sont-ils devenus aussi inintelligents ? », s’exclamerait-il ! Et il aurait eu raison, tant qu’il n’aurait pas compris que ses petits fils ont emprunté un sentier qui les a rendus aveugles, à la gestion du pouvoir et à l’ordre étatique de son époque. En effet, au niveau de la vision et de la composition de l’Etat, l’Afrique a complètement changé de cap, pour ne pas dire qu’elle a tourné casaque. En a-t-elle une claire conscience aujourd’hui ? Elle le devrait en tout cas. Si cela ne l’était, elle ne pourrait s’en prendre qu’à elle-même, ou plus exactement qu’à ses propres traîtres de fils, autoproclamés intellectuels. Cette engeance que Laurent Bado appelle : « La minorité élitiste au comportement majoritaire ! ».

Au lieu de le gouverner, la guerre larvée que mène le capitaine Blaise Compaoré contre son peuple, depuis près de trois décennies, est une belle illustration de cette perte de lucidité des politiciens africains. Comment cela se fait-il en effet qu’un homme seul ou même assisté de sa famille, tienne ainsi en laisse un pays et tout un peuple depuis si longtemps ? Rien qu’au niveau de sa composition, l’Etat africain ancien aurait depuis belle lurette réglé le problème ! Ou mieux encore, le président Blaise Compaoré aurait lui-même tiré dignement sa révérence. Mais les politiciens africains connaissent-ils encore le sens de « dignité » ? La réponse est sans aucune ambiguïté. Négative. Il a proclamé la dernière fois, en ce début d’août 2013 qu’en 2015, il respecterait la Constitution ; et les imbéciles de croire qu’il va enfin tirer sa révérence ! « Hommes de peu d’intelligence, pourquoi a-t-il créé un sénat maintenant ? », leur demanderait le fils de Joseph. Si en 2015, il se présentait aux élections parce que ce sénat l’aurait fait permettre, cela ne serait-il pas « respecter la Constitution » ?

En fait les meilleurs pouvoirs sont ceux qui ont des contre pouvoirs dignes de ce nom. Et pourquoi ? Eh bien parce que toute la création est fondée sur le dualisme voulu par le Créateur lui-même : le haut et le bas, la gauche et la droite, l’homme et la femme, la paume de la main et le revers de celle-ci, etc., la litanie est longue, longue, longue, sans fin. Or le contre pouvoir de Blaise Compaoré est loin d’être le peuple, ni même la Constitution : il s’appelle tout simplement la Communauté Internationale qui, en la circonstance s’appelle plus précisément le pouvoir français  ! Tant que celui-ci peut être mis de son côté, il n’a rien à craindre. Mais nous savons tous que ledit pouvoir français n’a aucun état d’âme tant que son intérêt peut être garanti. Ce genre de pouvoir n’a qu’une seule morale : ni ami, ni frère, sinon mes intérêts ! Quel intérêt le peuple ou la constitution burkinabè peuvent-ils présenter pour le pouvoir français ? Personne ne serait scandalisé que je réponde : aucun ! Alors ? Alors, le bras de fer continue avec comme bras le Burkina et comme fer, Blaise Compaoré puisqu’il est pouvoir et contre pouvoir. Il peut donc s’écrier à tout moment comme Louis XIV, Roi-Soleil de France : « Le Pouvoir, c’est moi ! ».

Il n’y a pas très longtemps, dans un pays africain où le pouvoir traditionnel avait encore son point de vue sur les choses de l’Etat devenu moderne. Le roi traditionnel s’entendit si bien avec le pouvoir moderne et ses dirigeants, qu’il en perdit la mesure que la coutume préconisait dans les rapports avec les nouveaux maîtres. Les petites gens s’en offusquèrent et dirent au roi des paroles « inconvenantes ». Peu de temps ne s’écoula que le roi se coucha un soir et ne se réveilla pas, le matin suivant. On chuchota qu’il avait enfreint la coutume, puisque des choses, certaines en tout cas, ne pouvaient jamais lui être dites ! Quelles paroles peuvent-elles servir un tel destin dans le pays du roi capitaine ? A l’horizon, rien de nouveau !

Mais comme la sagesse africaine l’assure : «  Il faut toujours approcher le paralytique près du plat, avant de lui laver les mains. ». Le capitaine a-t-il l’intention de faire ce croc-en-jambes à tout un pays ? 2015, c’est tout près. Que les ancêtres et les divinités nous y fassent parvenir dans les meilleures conditions et tous ensembles ! Que Dieu bénisse le Burkina Faso !!!

Bétéo D. NEBIE

(neb_beteo@yahoo.fr)


Commenter l'article (8)