Traitement inhumain : Contre les étudiants ce gouvernement n’a pas de limite

Publié le vendredi 16 août 2013

Le gouvernement a brutalement expulsé les étudiants des cités universitaires et fermé les Resto-U. Une sorte de prolongement de la répression sans ménagement et sans fin contre les étudiants depuis 1988. Peut-on continuer dans cette attitude de mépris des étudiants…les enfants des autres !

Sous la troisième république, Lamizana et ses ministres étaient sévères avec les frondeurs étudiants, mais humains avec eux. Outre que les punitions étaient pédagogiques, c’est ainsi que pour fait de grève, Blaise Compaoré c’est retrouvé à l’armée pour ne plus en partir, les dirigeants du pays, Lamizana en tête, avaient leurs portes grandes ouvertes. Aux heures de repas, nombre de dignitaires du présent régime, (fils de pauvres pour la plupart) et venus des confins profonds de la Haute Volta, s’y retrouvaient autour des grands plats de riz fumants. C’était « free », pour emprunter l’expression des jeunes. C’était en effet si free, qu’il était arrivé à Lamizana, tout président de la République qu’il était, (et à plusieurs reprises) de trouver à son retour de la présidence que son repas avait été mangé. Il se mettait alors à la porte de sa résidence, là où se trouve l’actuel Mess (face place de la nation) et hélait un des jeunes pour qu’il aille lui acheter du pain beurré, chez le cafetier qui tenait boutique à l’emplacement actuel du siège de la BCEAO.

Pour voir la couleur de la table de Blaise Compaoré et y accéder librement, il faut être Jean Guion. On n’imagine pas Jamila Compaoré fréquenter les immondes cités universitaires de Kossodo, Patte d’Oie et consort de peur d’attraper la « plèbe ». Dans ces conditions on peut comprendre que son père de président ne ressente aucune pitié envers ces enfants du pays. Ces enfants « des bêtes sauvages » dont on n’attend rien que « le vote ».

Et pourtant nous avons une tradition…

Le rappel que nous avons fait plus haut pour montrer que ce pays n’est pas né avec cette génération de dirigeants est d’avantage un appel à plus de circonspection et de discernement. On peut ne pas être comme nos devanciers, mais on ne doit pas être pire qu’eux. Ce pays a été bâti sur « l’esprit » des Lamizana, humilité et solidarité, il doit le rester.

Comment expliquer cet ultimatum de 48 heures contre les étudiants, les enfants de notre pays, pour qu’ils libèrent les cités universitaires, pour une fausse question d’une rallonge d’un milliard à trouver pour assurer la prise en charge du mois supplémentaire que les étudiants demandaient pour pouvoir boucler l’année académique et aller ensuite en vacance ? Et pourquoi cet ultimatum si soudain si brutal ? Pour punir évidemment les étudiants d’avoir pris part massivement à la grande marche du 29 juillet. Ce n’est pas possible autrement. Mais pendant combien de temps cet esprit « petit » et « mesquin » va continuer à guider une partie de nos dirigeants ? Pour eux rien n’est trop beau, ni trop cher. Un immense palais par ci et l’argent à vue d’œil. Aux autres rien ou très peu. Pourtant ce sont les biens du pays, de cette république que nous avons en commun. Ces biens constitués à la sueur des parents de ces « enfants exclus ». Quand le président Blaise Compaoré exhorte à plus de travail, dans son interview du 5 août à la télévision nationale, c’est aux parents des « enfants exclus des bienfaits de la république » qu’il s’adresse. Quel enthousiasme auront-ils à contribuer à la construction d’une nation qui exclut leurs enfants et les traite en paria ? Du jour au lendemain des milliers d’enfants se sont retrouvés dehors, sans abris, filles comme garçons, exposés à toutes les avaries de la vie.

Il faut croire que les problèmes des écoles du Burkina, des écoles publiques en particulier, viennent largement du fait que les dignitaires n’y ont pas leurs enfants. Si dans les cités universitaires les ministres et le président du Faso y avaient leurs enfants le traitement n’aurait pas été celui que nous avons vu ; inhumain, humiliant et dégradant.

Ce sont-ils pris de remords ? Ou bien certains des bras de la répression, les braves CRS, qui pour l’essentiel partagent eux les conditions du pays réel, ont dû alerter sur les conditions humainement inacceptables réservées aux enfants du pays ? Le gouvernement a instruit le ministre de l’Action Sociale d’ouvrir un « camp » pour accueillir la misère « universitaire ». Pour une suprême humiliation, les étudiants chassés et méprisés sont conviés à aller faire la manche « dans la cour de solidarité gouvernementale ». Ceux que l’on appelle prosaïquement « l’avenir du pays » sont ainsi transformés en « garibous ». Sous les tentes du HCR, ils recevront l’obole de l’Etat. Une générosité qui ne devrait rien coûter à l’Etat, autrement ça ne s’expliquerait pas. Refuser une rallonge aux œuvres universitaires qui aurait permis aux étudiants de finir l’année académique dans la dignité, (quand on voit où ces jeunes habitent, dignité est un mot excessif) et trouver de l’argent pour les prendre en pitié n’est pas compréhensible. Sauf si le gouvernement pense ainsi faire appel à l’aide internationale. Comme d’hab, ces gens là n’auront aucun scrupule à se défausser sur les généreux bailleurs de fonds. 

Ce n’est pas acceptable. Certains diront évidemment que nous n’avons pas dit un mot sur les biens détruits par les étudiants. Ce sont des vandales entend-on dans la bonne société. Ils sont inciviques. Ce sont des sauvages. Ceux qui se répandent ainsi gardent bien sous climatiseur leurs rejetons. Le monstre c’est toujours l’enfant de l’autre. Ce n’est jamais le sien. Peuvent-ils imaginer seulement leurs enfants dans la situation qu’ils ont crée aux enfants des autres ? Non évidemment, ils ont tellement amassé que sur plusieurs générations leurs enfants et leurs petits enfants sont à l’abri. Du moins le pensent-ils. Sauf qu’ils ne lisent pas l’histoire. Bokassa, quand il était fou de pouvoir en Centrafrique, comme le sont actuellement certains de nos gouvernants, distribuait des diamants à Giscard. Il y a quelques années, les enfants Bokassa dormaient en SDF sous les ponts en France. Pourtant l’Empereur, au temps de sa splendeur, avait acquis des châteaux en France. Le bien matériel est la chose la plus incertaine dans la vie. 

Qui sait de quoi demain sera fait ?

Il ne sert à rien de mettre quiconque en garde. La situation, hélas a atteint un seuil de non retour. Le pays est coupé en deux, avec deux logiques mortelles. Ceux qui sont de l’autre côté (du bon côté diront certains) n’écoutent plus et ne voient plus rien. Ils pensent qu’ils se sont trop sacrifiés pour ce pays qui leur doit tout. Dans son interview du 5 août Blaise Compaoré, pour qui peu de choses dans ce pays « ont un intérêt » s’étranglait de ce qu’ « on l’accuse même d’avoir fait reculer le pays depuis qu’il est président ». Il faudra pour trancher cette question procéder par le rapport « longévité de règne et réalisations ». Pour l’instant il est le seul des six présidents de notre histoire à avoir passé 25 ans à la tête du pays. Si on fait le rapport « longévité et réalisations », ce n’est pas évident qu’il soit premier. Prenons la période du gouvernement Sankara, en matière d’éducation. En quatre ans le taux de scolarisation est passé d’à peine 17% à 32%, avec la construction massive d’écoles pour accroître l’offre d’éducation. Le taux de scolarisation aujourd’hui, après 25 ans de pouvoir Blaise Compaoré est autour de 70%. En 25 ans, il a fait le double de ce qu’il a hérité de Sankara. Alors on peut se poser la question de savoir où en serions-nous aujourd’hui si l’élan de la révolution n’avait pas été stoppé ? Peut-être aurions-nous accompli l’éducation pour tous, le fameux EPT ? La question en cette matière c’est aussi le coût des réalisations que nous avons actuellement. Combien avons nous dépensé pour réaliser ces performances ? Le rapport coût/réalisation est excessif. Avec ce qui a été investi, en minimisant la corruption, nous aurions pu avoir le double de ce que nous avons. Il en est de même dans le domaine des infrastructures. Avec le coût d’un kilomètre de route on aurait pu en avoir deux. Le cas emblématique c’est la route de Boromo-Bobo avec l’entreprise RAZEL et plus près de nous un tronçon de cette même route avec la société SACBA/TP. Le kilomètre est revenu à environ 2 milliards de francs cfa. Il faudra bien un jour calculer le coût de ce que le président Blaise Compaoré a réalisé pour nous. Ce qu’il nous laisse en héritage et à nos enfants en terme de dette. Il y a deux ans le FMI avait ordonné au Burkina de ne plus s’endetter, mais de recourir aux subventions et autres appuis financiers non contraignants. Pourquoi ? Où en sommes-nous avec cette consigne ?

Le Burkina Faso, s’il veut des lendemains qui chantent, doit savoir traiter ses enfants. Et tous ses enfants. La majorité des gens qui ont une situation actuelle, le doivent à cette tradition instaurée par les Lamizana qui donnait sa chance à tous les enfants du pays, sans distinction de filiation. Il faut prendre garde de rompre cette tradition. Le gouvernement ne peut pas avoir un orgueil qui le dispense de son obligation de redevabilité. Au lieu d’ouvrir des centres d’accueil, il faut plutôt rouvrir les cités universitaires. La place des étudiants c’est sur le campus et non dans les camps de refugiés. L’orgueil de Blaise Compaoré dusse-t-il en souffrir. 

Par Newton Ahmed BARRY

  

Fermeture des cités et restaurants universitaires :

L’ANEB dénonce « l’irresponsabilité » du pouvoir

Le comité exécutif de l’Association Nationale des Etudiants Burkinabè (ANEB) de la section de Ouagadougou a animé une conférence de presse au siège du Collectif des Organisations démocratiques des étudiants (CODE), mardi dernier. L’objectif a été de donner des informations sur les événements consécutifs à la suspension des œuvres sociales dans les universités de Ouagadougou et de Ouaga II. La situation actuelle des étudiants déguerpis des cités universitaires a également fait l’objet d’échanges avec les journalistes.

Le principal animateur de la conférence, Patrice Zoéhinga, président de la section a tenu à rappelé les fait avant de dresser le bilan des événements du 1er et 2 août qui ont opposé étudiants et forces de l’ordre. De ce bilan, il ressort que 56 personnes dont 38 locataires de la cité universitaire de Kossodo, 11 de la Patte-d’oie, 8 de la cité chinoise (Gounghin) sont détenus à la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou. Plusieurs étudiants sont victimes de traumatisme crânien ou de fractures, des motos et une dizaine de véhicules appartenant à l’Etat ont été incendiés ou endommagés. L’ANEB qui reconnaît n’avoir pas organisé et conduit les manifestations contre la fermeture des cités et restaurants universitaires a cependant salué le courage, la détermination et la vigilance des étudiants dans la préservation des acquis de luttes. Selon le président, le maintien des œuvres sociales pendants les vacances a été acquis depuis 2011 afin d’accompagner le processus de rattrapage du retard que connaissent les deux universités.

Les propos du DG du CENOU battus en brèche

Le 31 juillet 2013, au journal télévisé de la Radio-Télévision du Burkina, Dr André Batiana, Délégué général du Centre National des Œuvres Universitaires (CENOU) déclarait qu’aucun étudiant ou responsable d’étudiant ne s’était approché de lui pour poser le problème. Ces propos ont été formellement démentis lors de la conférence par le président de l’ANEB. Selon lui, à l’annonce de la fermeture des cités et restaurants, le comité exécutif a demandé et obtenu une audience avec le DG pour discuter de la question. Après leur entrevu, André Batiana a promis de transmettre les doléances à sa hiérarchie et de joindre le comité exécutif le même soir pour des réponses précises aux préoccupations posées. Aux dires dire de Patrice Zoéhinga, la promesse n’a pas été tenue. Tout en dénonçant « le mensonge des autorités du CENOU » il a expliqué que l’immobilisation des véhicules de l’Etat était pour les étudiants un moyen de pression pour faire entendre raison au CENOU.

"L’Etat est le seul responsable des dégâts

 Selon l’ANEB, les désagréments sont non seulement le résultat de « l’irresponsabilité » du pouvoir de la 4ème République et de son « incapacité » à satisfaire les aspirations minimales des étudiants mais aussi celui d’une absence de dialogue entre le CENOU et ces derniers. Si les étudiants ont pris soins de mettre hors de danger les engins pendant près de 48h, « il est clair que leur objectif n’était pas un tel gâchis, mais plutôt d’amener les autorités du CENOU à prendre en compte leurs préoccupations minimales, à savoir un logement et des repas afin de préparer les examens », la période des vacances étant dans le fait consacrée à cela, a expliqué le président. Rappelant les multiples répressions dont les étudiants ont été victimes depuis juin 2008, l’ANEB a accusé l’Etat d’être le seul responsable des dégâts enregistrés lors des échauffourées.

Gaston SAWADOGO


Les contre-vérités du Dr Batiana

Reçu sur le plateau du journal télévisé de la RTB, le DG du CENOU, Dr André Batiana, affirmait entre autre : « L’année est normale à l’université (…). Les programmes sont terminés et les universités en vacances ».

C’est vrai. Les universités de Ouagadougou et de Ouaga II sont en vacance comme il est d’habitude au mois d’août de chaque année. Cependant, plusieurs éléments de preuves nous obligent à nous inscrire en faux par rapport aux propos du Dr André Batiana. En effet, au moment où enseignants et étudiants partaient en vacances, aucune unité de formation (UFR) n’avait encore terminé l’année académique 2012-2013. Celles les plus avancées sont Sciences de la santé (SDS), Sciences Juridiques et politiques (SJP) et Sciences économiques et gestion (SEG) mais les étudiants reviendront en octobre pour composer les examens de la première session dite session normale. A l’UFR Lettres-Arts et Communication où le Dr André Batiana lui-même est enseignant, le retard est patent. A l’exception des départements de communication et journalisme et de Linguistique, la majorité des promotions en Anglais, Allemand, et Lettres modernes(LM) ont débuté les cours vers le mois de juin. Du reste, nous avons en mémoire le « blanchiment technique » en Sciences et technologie dont le résultat risque de décevoir.

G S


Commenter l'article (4)