Agriculture : le Burkina se conforme à Maputo, malgré des insuffisances

Publié le vendredi 2 août 2013

Il y a 10 ans les chefs d’Etats africains s’engageaient, dans la capitale du Mozambique, à consacrer au minimum 10% de leurs budgets nationaux au secteur agricole. Aujourd’hui, le bilan fait état de sept pays qui respectent cet engagement. Le Burkina est le bon élève du lot avec14% de son budget alloué à l’agriculture.La situation alimentaire ne s’en trouve pas radicalement changée pour autant.

Aux fins d’apporter une analyse critique sur ce score et dégager des perspectives pour la prochaine décennie, le Conseil National de la Jeunesse (CNJ) avec l’appui de l’ONG Oxfam, a tenue un panel le jeudi 11 juillet à l’Université de Ouagadougou.On retient que notre pays a fait un exploit, mais avec des disparités cependant.

Les panélistes pour discuter du sujet étaient au nombre de trois. M. Pascal Ilboudo qui représentait le ministère de l’agriculture ; M. Alain Siri du Centre d’Analyse des Politiques Economiques et Sociale (CAPES) ; Mme Bidou Serima née Dayamba du Centre d’information, de formation et d’étude sur le budget (CIFOEB).

Il faut tout de suite constater que le Burkina Faso qui est « le champion de Maputo » destinait 30% de ses ressources à l’agriculture en 1996, aujourd’hui cette proportion a chuté et se situeà 14%.

Une étude du CIFOEB montre que l’exécution des dépenses ne profite pas intrinsèquement à l’agriculture. Par exemple en 2010 les dépenses réelles du secteur agricole étaient estimées à 75,94 milliards de francs CFA contre une prévision de 117,27 milliards. En plusieurs années, on note que plus de la moitié des dépenses du Ministère de l’Agriculture est dédiée à son propre fonctionnement. Ce qui entame la qualité d’un investissement productif dans ledit secteur.

Une autre faiblesse du financement de notre agriculture est sa forte dépendance aux financements extérieurs. En effet, selon M. Alain Siri du CAPES, le secteur agricole burkinabè a été financé à hauteur de 71% sur la période 2004-2012 par l’extérieur.Cette forte dépendance n’est pas de nature à rassurer dans le contexte actuel marqué par une aiguë crise économique et financière qui frappe surtout les pays qui financent notre agriculture. Ce qui met le Burkina Fasosur une pente glissante.

Par ailleurs, le secteur de la recherche qui devrait permettre d’améliorer la productivité et la production agricole est dépourvu de financement public conséquent. Selon l’INERA, la recherche n’a bénéficié que seulement de 4 milliards FCA par an entre 2004 et 2011. Les dépenses publiques pour la recherche agricole ont baissé presque de 50% passant de 6 milliards à 3 milliards entre 2004 et 2005 après la fin du projet National de Développement du Secteur Agricole financé par la Banque Mondiale.

L’élevage et les autres filières négligés

Le secteur de l’élevage est faiblement financé par le budget national. En effet, selon l’étude axée sur la Contribution de l’élevage à l’économie nationale réalisée en novembre 2011 par le Ministère des Ressources Animales avec l’aide du PNUD, sur la période 2001-2009, le secteur n’a bénéficié qu’en moyenne de 5,6 milliards, soit à peine 1% du montant total du Programme d’investissements publics du Burkina.Dans le même temps, le taux d’exécution des ressources publiques allouées au secteur élevage est en moyenne bas et se situe à 62% contre 74% pour l’ensemble du PIB. Encore entre 2004 et 2011, l’élevage n’a bénéficié que de 7% des dépenses agricoles, alors qu’il contribue à 35% de la valeur ajoutée agricole. Par ailleurs, la part des crédits accordés au secteur de l’élevage par les institutions de finance reste également très faible, il varie entre 0,02% et 0,03% de 2005 à 2009. Pourtant, l’élevage intervient dans la création de richesse à hauteur de 18,8% du PIB. Il participe à hauteur de 38,2% à la formation des revenus monétaires des ménages ruraux. Il est tout de même effarant de voir qu’un secteur aussi influent et stratégique reçoivent un financement dérisoire.

La pêcherie et les ressources forestières a priori n’ont pas fait l’objet d’une étude bilan. Aucun panéliste ne les a abordés.

Des réalités qui contrastent avec le statut de « champion de Maputo »

Derrière les 14% qui nous classe en pole position, se cachent des réalités lugubres. En effet, pour citer le sieur Siri, l’insécurité alimentaire et la malnutrition restent fortes ; l’accès et l’utilisation des intrants sont faibles. Les rendements moyens sont demeurés faibles et en baisse au niveau du mil, maïs et sorgho entre 2008 et 2011. Hormis les agrobusnesmen, la plupart des petits agriculteurs continuent de produire avec des moyens vétustes et archaïques. Le coût des denrées alimentaires de première nécessité connaît un renchérissement d’où la grogne sociale qui s’accentue…

Pour corriger le tir, des recommandations ont été faites. Il s’agit entre autres de développer une stratégie pour mobiliser d’avantage de ressources à l’interne ; agir pour renforcer la mise en marché des produits agricoles locaux ; faire ressortir les effets et les impacts sur la sécurité alimentaire…

Après les différentes communications des panélistes, le public a réagit mais sur avec une tonalité emprunte de scepticisme. Il est ressorti que l’objectif principal qui était la réduction significative de la faim est resté chimérique. Au titre donc des efforts, on note que le ministère de la jeunesse et de l’emploi dans le cadre du programme spécial de création d’emploi (PSCE) accorde des financements aux jeunes porteurs de projets agricoles. Aussi selon le CIFOEB, l’Etat burkinabè a-t-il injecté au terme de la loi de finance 2013,deux milliards sept cent trente-cinq millions cinq cent millions cinq neuf mille (2 735 509 000).En outre, le gouvernement projette construire 25 barrages entre 2011 et 2015.

Hamidou TRAORE

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Maputo 2003

C’est lors de la deuxième session ordinaire de leur Conférence, que les Chefs d’Etats africains réunis du 10 au 12 juillet 2003 à Maputo (Mozambique) sont partis de certains constats. Un nombre important d’africains continuent de mourir de faim et de malnutrition chronique ; les pays africains dépensent d’énormes sommes pourl’importation de produits alimentaires et le continent reste le principal bénéficiaire de l’aide au développement. Aux fins donc de combler le déficit d’investissement dans un secteur essentiel pour la sécurité alimentaire, nos dirigeants africains ont unanimement adopté « la déclaration de Maputo sur l’agriculture » à travers laquelle chaque pays s’engageait à consacrer au moins 10% de son budget au secteur agricole. Ce taux visait aussi à atteindre dans ces pays une croissance de 6% afin de réduire de moitié l’extrême pauvreté et la faim d’ici 2015. Rappelons que cette déclaration concerne également l’élevage, les ressources forestières et la pêcherie. L’agriculture familiale était particulièrement visée par la déclaration.

 


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