Mali : le coût d’un président légitime

Publié le vendredi 2 août 2013

Il faut au Mali un président légitime. Le 28 juillet, les maliens ou ceux d’entre eux qui ont la chance d’avoir une carte Nina et dont les noms sont sur une liste électorale, iront voter. Il faut un président au Mali pour parachever la reprise en main du pays.

Les confidences obtenues par notre confrère de Jeune Afrique indiquent bien, qu’on a forcé la main à Diouncounda Traoré pour lui imposer la date du 28 juillet. En juin dernier et après une entrevue avec la classe politique de son pays, le président intérimaire envisageait les présidentielles pour le 28 octobre, pour le premier tour et le 10 novembre pour le second. Comme à Gbagbo, à la sortie de Marcoussis, on lui a tordu le bras pour lui imposer le 28 juillet.

Ce sera donc le 28 juillet avec 27 candidats en compétition. Ils étaient 28 au départ. Tiébilé Dramé, le négociateur en chef du Mali, des accords de Ouaga a jeté l’éponge, accusant la France d’ingérences inacceptables dans les affaires du Mali. Qu’est-ce qui va en sortir ? Personne ne peut le dire à 72 heures de cette élection de tous les dangers. On sait au moins deux choses. La France de Hollande est derrière tout ça et manœuvre pour que les choses se passent au mieux. Le président français voudrait finir avec le Mali et se concentrer sur les questions nationales dans la perspective d’une rentrée politique qui s’annonce houleuse. Il faut donc que tout le monde marche au pas. Le gouvernement malien s’est résolu depuis longtemps à jouer le jeu et de bon cœur. Il restait les touaregs. La résurrection du MNLA au lendemain de la débâcle des jihadistes de AQMI et du MUJAO avait été voulue par la France, dans le but de récupérer ses otages. La France a donc accepté que ses officiers sur le terrain entretiennent des « relations fonctionnelles » avec le MNLA. A mesure que le temps passe, ces relations fonctionnelles ne semblent pas produire l’effet escompté. Le mouvement n’est plus donc aussi indispensable dans le dispositif français. Les dirigeants touaregs ont plus besoin de la France pour assurer et garantir leur survie politique que l’inverse. Alors ils sont obligés de se plier aux injonctions. A Ouagadougou d’abord où ils signent un accord sans rien obtenir en contrepartie, pas même la promesse d’abandon de poursuites contre les cadres du mouvement. Puis depuis quelques jours où les leaders du mouvement ont été forcés à venir à Bamako pour redire leur non opposition à la tenue des élections dans la région de Kidal. C’est à ce prix sûrement qu’ils seront retenus dans le jeu de l’après présidentielle. C’est de toute façon, la seule exigence qui leur reste.

Ensuite la France ne voudrait pas se retrouver au Mali, dans la position des américains en Afghanistan. Hollande pense qu’il faut donc faire vite pour éviter l’enlisement. Ces élections, si elles se passent bien, seront le parachèvement politique de la victoire militaire. Et pour une fois, une intervention de ce type se soldera par une victoire politique. 

Un président légitime peut-il faire des miracles ?

Sauf grosse surprise, le futur président devrait provenir des quatre candidats suivant, Ibrahim Boubakar Keita (IBK), Soumaïla Cissé, Modibo Cissé et Dramane Dembelé. Ils sont tous issus de la même formation politique l’ADEMA, ce mastodonte politique malien de ses vingt dernières années. Ils ont été aussi, à des degrés divers, associés à la gouvernance décriée de ATT. Le 28 juillet, si le scrutin se dénoue ce jour là ou le 10 novembre si un second tour s’imposait, les maliens devraient se retrouvés avec un nouveau président issu du vieux vivier de l’ADEMA. Les maliens feront donc du « neuf avec du vieux ». Dans ces conditions qu’est-ce qui peut changer ?

Pour les putschistes de Sanogo la grande hantise s’est de voir Soumaïla Cissé ou Modibo Sidibé président. Ces derniers ont beau donner des gages, ils ne sont pas rassurés. Ils savent qu’en de pareilles situations, le marteau ne va pas tomber dans les premières années du mandat. Mais quand il va s’abattre sur eux, il sera impitoyable. La constitution malienne a criminalisé les coups d’Etat. L’assemblée nationale, les fusils à la tempe leur octroyé une amnistie qui n’a pas été constitutionnalisée. Ces élections se font donc sous l’empire de l’ancienne constitution. Parallélisme des normes, une loi ne peut pas abroger une disposition de valeur constitutionnelle. 

Pour les touaregs aussi c’est un jeu de poker menteur qui s’ouvre désormais. Après la présidentielle et tirant leçon du passé, les nouvelles autorités maliennes s’arrangeront pour que les dividendes de la paix profitent à la région et non plus à l’insatiable baronnie de guerre.

NAB


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