Grogne dans les media publics burkinabè : Autant dire que l’anarchie y règne

Publié le vendredi 2 août 2013

La presse publique de notre pays traverse une zone de forte turbulence. Les journalistes sont très remontés contre leurs autorités. Outre un certain nombre de vieilles questions inscrites sur leur plateforme revendicative, c’est la question de l’immixtion des responsables de ces médias dans les éléments de reportage des journalistes qui a fait monter la tension d’un cran. Ainsi donc, les journalistes des médias publics ont traduit leur courroux le mardi 16 juillet par un sit-in, devant les locaux de leur ministère de tutelle.

Ils sont sortis nombreux les confrères de la télévision, de la radio nationale et du quotidien d’Etat pour le sit-in qui s’est tenu de 7h jusqu’à 10h. Les manifestants arboraient des pancartes et professaient des propos exigeant le respect de l’éthique et de la déontologie dans les medias publics. On pouvait lire sur des pancartes entre autres ceci « Non à la censure des articles et reportages dans les rédactions » ; « Non à l’immixtion des autorités du Ministère de la communication dans le traitement de l’information dans les medias publics » ; « Trop c’est trop » ; « y’en a marre » ; « Oui pour le respect de l’éthique et de la déontologie dans les medias publics » Pour ce faire, ils avaient un mot à remettre au ministre. Mais en lieu et place du ministre, la lettre a été remise au Secrétaire général de la communication dudit ministère.

Après le sit-in, les manifestants se sont retrouvés à la bourse du travail pour faire le point de la mobilisation et dégager les perspectives pour les jours à venir. Il a été donc question d’une prochaine rencontre avec le Premier ministre pour trouver une solution. A défaut, d’autres mesures plus difficiles et d’envergure seront mises en œuvre, ont prévenu les responsables du syndicat. Par ailleurs les confrères des médias publics ont réagi à la conférence de presse que leur ministre a donnée la veille. Ils se sont offusqué des propos de leur ministre de tutelle. « Le ministre, au lieu de traiter les problèmes a ouvert le feu sur les acteurs de la presse publique » s’indigne Justin Coulibaly le secrétaire général du SYNATIC. Un autre journaliste crie son raz le bol : « Le Ministre nous insulte, qu’il ait de l’égard pour les journalistes ». Le secrétaire général du syndicat des hommes de media a réaffirmé que « la question de l’immixtion n’est pas nouvelle.  les journalistes prennent des risques pour prendre de belles images des manifestations, mais le soir ce sont les pieds des manifestants qu’on montre à la télé ». Ils ont reconnu que la loi des 3/3 qui consiste à équilibrer l’information sur un même sujet en donnant le même volume horaire au gouvernement, à l’opposition et aux organisations de la société civile n’est pas respectée dans les medias publics. 

Pour revenir sur la conférence de presse que le Ministre de la communication, porte-parole du Gouvernement Alain Edouard Traore tenait au sein de son cabinet, remarquons que c’est avec un visage défait et un ton grave qu’il a livré son message. Les journalistes ont été copieusement sermonnés. Le ministre ressassait « vous jetez en pâture l’honneur et la dignité des personnes ». « Le journalisme est entrain de perdre ses lettres de noblesse », « allez au B.A-BA du journalisme  » a-t-il ajouté. Mais il a indiqué avant tout qu’il est de son devoir de « veiller au respect de la ligne éditoriale, de l’éthique et de la déontologie du métier dans les organes », et pour ce faire il doit « face au traitement des sujets sensibles, des orientations sont toujours données aux responsables de structures à tous les niveaux pour observer scrupuleusement le professionnalisme, notamment l’équilibre dans le traitement de l’information et éviter les connivences en tout genre ».

Sur la question de l’immixtion que les journalistes des médias publics soulèvent, le ministre tranche en ces termes : « Moi, Ministre Alain Edouard Traore, je ne me suis jamais immiscé dans le traitement d’une information. Demandez-leur d’apporter la preuve de mon immixtion ». Pour lui, l’accusation du syndicat est « gratuite et sans fondement ». Tout en se lavant les mains, le Ministre a saisi l’occasion pour disculper son Secrétaire Général. « Je suis obligé de réagir quand on accuse un homme humble, modeste, digne et grand professionnel comme lui. S’il y a un seul journaliste qui peut dire le contraire, qu’il sorte le dire et apporte la preuve. Aucun élément ne peut dire qu’il est un adepte de la censure ».

En outre, pour ce qui concerne les images, le porte-parole du Gouvernement indique qu’ « on ne peut pas se mettre à diffuser des images de gens qui se boxent, de gens qui s’insultent » et demande aux journalistes s’ils suivent les médias étrangers, comme pour leur signifier que dans ces medias il n’y a point de scène de violence. Comme pour dire que c’est l’exemple à suivre. Nous voulons bien croire que le ministre a raison. Mais les images telles que les tueries des 34 mineurs de Marikana en Afrique du Sud, les coups portés à Kadhafi avant d’être tué, les députés qui s’insultent jusqu’à en venir aux mains au Nigéria et récemment au Venezuela, la lapidation de l’ex président American George Bush avec une chaussure en Iraq, l’effondrement des Tours jumelle du World Trade Center en direct, l’ex président français Nicolas Sarkozy qui a injurié un fermier … sont montrés par les medias étrangers. 

Sur la question de l’équilibre de l’information, nous remarquons que la RTB a couvert tout le périple du gouvernement sur toute l’étendue du territoire national pour justifier le bien fondé du sénat. Mais, elle a présenté en moins d’une minute la marche de l’opposition contre le Sénat. Pendant la campagne électorale passée, la part belle a été faite au parti au pouvoir et même que des activités de précampagne menées par des hommes du pouvoir ont été abondamment exhibées à la télévision. Sur tous ces points en aucun cas le Ministre n’est intervenu pour exiger le respect de l’équilibre.

Hamidou TRAORE

 


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