Meeting contre la vie chère : la détresse se mue en colère

Publié le vendredi 2 août 2013

« An hungry mob is an angry mob » (Un peuple qui a faim est un peuple en colère) avertissait Robert Nesta Marley. Un dicton vraisemblablement devenu une réalité dans notre Faso. Une situation de paupérisation quasi généralisée et continue des populations burkinabè qui a incité la Coalition Contre la Vie Chère à monter une fois de plus au créneau ce samedi 20 juillet à travers un meeting monstre. C’était à la Place de la Nation. Ceux qui ont effectué le déplacement n’ont pas manqué de crier leur raz le bol et déverser leur hargne sur un pouvoir dont ils sont dégoutés.

Déjà dès les premières heures le matin, on voyait des jeunes hommes et filles à pieds venant de divers secteurs de la capitale qui convergeaient vers la Place de la Nation. D’autres se faisaient déposer en taxis. Des étudiants marquaient d’abord une escale au campus pour y laisser leurs vélos et reprenaient la direction du lieu du meeting. Des citoyens ordinaires venaient également en voitures et à motos personnelles. Dans la foulée, un groupe d’environ 50 jeunes venus de Tampouy faisaient leur arrivée fracassante à la Place de la Nation. Ils exhibaient des pancartes et entonnaient des chants. Parallèlement les forces de l’ordre faisaient des patrouilles. D’autres stationnaient face au Conseil Economique et Social marquant de facto la zone rouge. Devant la Direction Générale de la Police Nationale était stationné un camion à tir d’eau chaude.

 La foule devenait de plus en plus importante. On reprenait en chœur des chants d’artistes engagés tout en esquissant des pas de danse. Un « alladji » descend de sa voiture avec ses femmes et ses filles, toutes habillées en noir. Deux d’entre elles vraisemblablement des épouses portaient le voile intégral. Nous nous approchons pour arracher quelques mots à « alladji ». Il entre immédiatement dans une vive colère et se déchaine : « Nous avons un gouvernement qui n’a pas pitié des gens. Malgré le calvaire des burkinabè, les dirigeants n’ont pu trouver autre chose que vouloir nous imposer un Senat. Nous ne voulons pas de Senat au Burkina. Ici, nous ne sommes ni au Nigéria ni aux Etats-Unis. Qu’ils trouvent une solution à la situation du peuple au lieu de vouloir coûte que coûte instaurer le Senat. Attention, ce pays là n’appartient pas à eux seuls. S’ils veulent la paix qu’ils abandonnent leur Senat. On est prêt à mourir pour çà. On n’a plus peur. Ce qui se passe ailleurs nous guette. » Et le vieux de conclure sous les acclamations de personnes attirées par son discours flamboyant, « nanlara, ansara » (si nous abdiquons, nous sommes mort).

Dans la foule on voyait des écrits sur des pancartes qui valaient toute leur signification de couleur et de désespoir.

On lisait « Blaise, tu as eu la vache, son lait, sa peau, sa viande et même le cul de la bergère !!! Que veux-tu encore ? » ;« Président le peuple a faim, a faim, touche pas à l’article 37  » ; « Blaise, pitié descend  » ; « Trop c’est trop, Blaise la mort t’appelle » ; « Compaoré game over » ; « Quand le peuple s’EGYPTe’, Blaise se MORSIFIe  » ; « Non à la Blaisocratie, non au pouvoir à vie » ; « La misère des étudiants vous parle, Mr Le Président  ». C’est sans commentaire !

 Rejet du Senat

Nombre de ceux avec qui nous avons échangé disent être catégoriquement opposés à l’instauration du Sénat dans notre pays. Beaucoup l’ont exprimé également à travers les pancartes. Ainsi donc, voici une définition donnée à l’éventuel Senat burkinabè « Société des Espèces Nuisibles pour Accroître les Tentionnaires ». On lisait aussi des écrits aux allures d’avis comme « Un WC public vaut mieux que le Sénat » ; « Je ne paie pas un sénateur » ; « Le Sénat ne profite pas au peuple » ; « Un agent agriculteur vaut mieux que 89 sénateurs » ; « Une accoucheuse vaut mieux que 89 sénateurs » ; « Non au Sénat, la vie est déjà trop chère » ; « Le Sénat est un crime » ; « N’envoyez pas mon pays à l’abattoir, Non au Sénat de Blaise » ; « Fuck Sénat ».

Dénonciation de la mal gouvernance peinte de désespoir

Toujours sur des pancartes, les notes de désespoir attribuées à la mal gouvernance étaient nombreuses. On lisait en grand caractère « Mon avenir est sombre ! Mes rêves sont enterrés sous les désirs illimités de ceux qui nous malgouvernent ! » ; « Laissez les articles, révisez les salaires » ; « Le peuple est affamé » ;« A quand le bonheur au Faso » ; « Quelle émergence pour un peuple affamé » ; « Non à la vie chère, non à la corruption, plus de gouvernement voyou » ; « Non au braqueur de la République  » ; « Que devient Guiro et ses cantines ».

Par ailleurs, les responsables de la coalition arrivés à 9h 36 mn sous forte escorte inscriront l’essentiel de leurs discours dans le même ordre d’idée. Ils ont dénoncé entre autres le désengagement de l’Etat des secteurs sociaux notamment l’éducation, le logement, la santé… Ils ont aussi fustigé le renchérissement continu et exponentiel du coût de la vie ; l’accaparement des terres des pauvres paysans sous prétexte d’agro business ; le pillage des ressources de notre sous-sol par des multinationales étrangères avec l’aval des autorités politiques ; la corruption et bien d’autres tares qui martyrisent les populations burkinabè.

Rappelons que, hormis le porte-parole de l’Organisation Démocratique de la Jeunesse (ODJ) qui a pu lire l’intégralité de son discours, les autres orateurs du meeting ont vu leur intervention perturbée par les cris de ressentiment d’une partie de la foule qui exigeait une marche. « Ceux qui veulent marcher, qu’ils aillent où ils veulent, nous ne sommes pas venus pour marcher » leur rétorque Tolé Sagnon, le président de la coalition.

La coalition prend ses distances d’avec l’opposition ?

Dans le contenu du discours du président de la coalition dès les premières lignes, il a a invité la foule à :« développer notre esprit critique vis-à-vis des différentes forces politiques qui tentent aujourd’hui de se présenter comme des alternatives au pouvoir actuel mais qui, pour la plupart, partagent les fondamentaux de la politique néolibérale du régime en place (privatisation, dérèglement,…).

Les gens ont tout de même marché

Après le meeting, des intrépides ont tout de même esquissé une « marche ». Un nombre important de personnes ont occupé la rue habituellement empruntée pour les marches. Les uns à pieds, les’autres faisant des va-et-vient à moto. Les forces de l’ordre sur le qui vive les observaient. Heureusement il n’y a pas eu de débordement.

Il y a eu un véritable problème de communication. Nombreux sont venus au meeting ayant en tête qu’à l’issue du meeting, une marche serait exécutée. D’ailleurs des journaux en ont fait cas maintes fois. Malheureusement les organisateurs de l’activité n’ont pas précisé à temps qu’il s’agissait seulement d’un meeting. Ce qui a provoqué une certaine déception.

Hamidou TRAORE


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