LUCARNE CITOYENNE N°260

Publié le vendredi 2 août 2013


Allons-nous vers une reprise d’Air Burkina ?

Air Burkina est malade. L’autopsie de la compagnie vient d’être faite aux ministres du gouvernement par leur pair qui en a la charge de la tutelle. Les signes cliniques se déclinent de la manière suivante : instabilité de la flotte se traduisant par de multiples opérations d’acquisition, de cession, de rétrocession et de location d’aéronefs, rétrécissement du réseau, recrutement massif d’agents, déficits chroniques d’exploitation avec des pertes considérables dont l’apurement a nécessité plusieurs recapitalisations et apports financiers du prince Agha Khan (40 milliards de FCFA) dont la compagnie reste redevable. Ces difficultés inquiètent le gouvernement qui a décidé de se pencher sur la situation. En effet, le Burkina émergent de Blaise Compaoré ne peut rester à la traîne dans ce secteur stratégique. Dès lors il lui faut disposer d’un hub de référence autour de la plate-forme aéroportuaire de Ouagadougou. La construction du nouvel aéroport de Donsin et les importants investissements destinés à moderniser les infrastructures aéroportuaires entrent donc dans ce cadre. D’où la nécessité impérieuse pour le Burkina de disposer d’une compagnie nationale solide. Parmi les options en présence (renégociation en vue d’un contrôle effectif de l’Etat, reprise totale de la compagnie, création d’une nouvelle compagnie), la préférence de nos décideurs semble aller à la création d’une nouvelle compagnie. Mais quelle que soit l’option retenue, l’Etat burkinabè devrait se préparer à affronter d’importantes difficultés. C’est bien connu, les compagnies aériennes africaines sont à l’image des pays du continent. Créer une nouvelle compagnie ne suffira pas. Il faut qu’elle tienne durablement la route. Ça c’est plus compliqué.

Justice pour les déflatés de la LONAB/BOBO

Voilà plus de dix ans que des travailleurs licenciés de la LONAB/BOBO se battent pour recouvrer leurs droits. Licenciés arbitrairement (c’est bien cela), ces travailleurs sont depuis 1996 ballotés entre l’inspection du travail et la justice sans pour autant trouver une issue heureuse à leur situation. Quel est le problème ? Il s’agit de vacataires dont le tort a été de revendiquer l’amélioration de leur statut (couverture sociale, reconstitution des carrières, garantie d’emploi). La Lonab leur oppose un contrat à durée déterminée renouvelable tous les six mois. Ceux qui ont refusé de signer le contrat se sont purement et simplement retrouvés dans la rue. C’est ainsi qu’à Bobo, 43 travailleurs furent jetés à la rue. Après l’échec de la conciliation à l’inspection du travail, l’affaire échoit au tribunal du travail. Inscrite au rôle le 18 mai 2005, il a fallu attendre jusqu’en juin 2007 pour qu’elle soit enfin vidée. La décision ne donne pas entière satisfaction aux deux parties qui l’attaquent en appel. Finalement l’affaire va jusqu’en cassation. Celle-ci déclare les pourvois irrecevables pour forclusion. Il semble cependant que la décision de la cour de cassation est entachée d’erreurs de date, ce qui selon toute vraisemblance relance la procédure. Finalement ça fera 17 ans que l’affaire se trouve dans les dédales de la justice. La justice moderne n’est décidément pas faite pour les pauvres.

Même le Moro Naaba se méfie du sénat

L’empereur des mossé serait actuellement au centre des sollicitations politiciennes. Des caciques du pouvoir seraient allés le voir dans le but d’obtenir sa bénédiction sur le processus de mise en place du sénat. Mais le monarque très instruit par le cours récent des événements au Faso et sans doute aussi par des conseillers éclairés aurait conseillé la prudence. Il n’y a pas d’urgence aurait-il dit, d’autant que des questions plus urgentes comme la santé et l’éducation demeurent sans véritables solutions faute dit-on de moyens financiers. Les écoles en paillottes sont légion et les formations sanitaires manqueraient de médicaments. Ses visiteurs n’étaient pas loin de penser que lui aussi a subi une intoxication et une vraie. Décidément les temps semblent avoir changé. Le temps où les bonnets rouges couraient à Kosyam pour fêter le banquet de la victoire semble faire place à une approche vigilante du pouvoir moderne. Sans s’opposer à la mise en place du sénat, le monarque aurait dit que toute personne investie d’une parcelle de pouvoir dans son aire de compétence traditionnelle et qui désire siéger au sénat peut le faire intuiti personae. Mais quand on sait comment le pouvoir fonctionne dans le Moogo, cette posture vaut interdiction ! 

 

 


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