Burkina Faso, le temps des incertitudes

Publié le vendredi 2 août 2013

C’est le titre du dernier rapport de International Crisis Groupe, paru le 22 juillet de cette année. Cette ONG connue pour ses dénonciations virulentes, semble se positionner en « lanceur d’alerte » pour le Burkina Faso, au moment où il aborde une période particulière de sa vie politique. Le titre du rapport intègre deux variantes : « avec ou sans Blaise Compaoré »

  • « Avec Blaise Compaoré », après 2015, c’est, écrit l’ONG « le risque de déclencher un soulèvement populaire comme celui qui a fait vaciller son régime au premier semestre de l’année 2011 ».

Une telle situation créera les conséquences suivantes selon l’analyse de International Crisis Group : « Une crise au Burkina Faso signifierait d’abord la perte d’un allié important et d’une base stratégique pour la France et les Etats-Unis ainsi qu’une possibilité réduite de déléguer à un pays africain le règlement des conflits régionaux. Pour l’Afrique de l’Ouest, la désorganisation de l’appareil diplomatique burkinabè impliquerait la perte d’un point de référence, d’une sorte d’autorité de régulation qui reste utile malgré de nombreuses limites »

Une autre conséquence des troubles sociopolitiques au Burkina serait des répercussions dommageables sur « une la Côte d’Ivoire toujours fragile »

« Sans Blaise Compaoré » ; L’ONG estime cependant, que le départ de Blaise Compaoré, en 2015, s’il accepte se conformer à la constitution ne mettra pas forcément le pays à l’abri des troubles. Parce que durant près de trois décennies, il a construit un système sur mesure pour dominer la vie politique, sociale et économique du pays. Le Burkina pourrait dans ce cas de figure se retrouver « aspiré par le vide » comme la Côte d’Ivoire à la mort du président Félix Houphouët-Boigny, après 33 ans de pouvoir.

Que préconise alors l’ONG :

  • L’implication de la communauté internationale pour pousser Blaise Compaoré « à respecter la loi fondamentale et permettre une transition démocratique en douceur. »

Quelles sont les raisons de cette exhortation. L’ONG avance deux raisons

  • La première est que déraciner brutalement le système mis en place par Blaise Compaoré fait courir le risque d’un effondrement au Burkina Faso. International Crisis Group constate qu’il a mis en place un « système perfectionné » centré sur sa personne et ne laissant aucune place « à une transition souple  ». Il s’ensuit que « les possibilités pour son remplacement démocratique sont peu nombreuses » parce que d’une part « l’opposition est divisée, sans ressources humaines et financières suffisantes ou trop jeune pour prendre à court terme la relève » et d’autre part « aucun des cadres du parti présidentiel ne s’impose comme potentiel successeur incontesté ». « En cas de départ mal encadré de Blaise Compaoré », le Burkina pourrait donc s’effondrer.

 

  • Le deuxième argument est à l’attention de la communauté internationale : « Préserver la stabilité du Burkina Faso est d’autant plus important que la région ouest-africaine, où le pays occupe une position géographique centrale, vit une période difficile (...) Cette position géographique centrale se double d’une influence diplomatique majeure. En deux décennies, Blaise Compaoré a fait de son pays un point de passage obligé pour le règlement de la quasi-totalité des crises de la région. Avec une grande habileté, Compaoré et ses hommes ont su se rendre indispensables comme médiateurs ou comme « vigies » permettant à plusieurs puissances occidentales la surveillance sécuritaire de l’espace sahélo-saharien. Une crise au Burkina Faso signifierait d’abord la perte d’un allié important et d’une base stratégique pour la France et les Etats-Unis ainsi qu’une possibilité réduite de déléguer à un pays africain le règlement des conflits régionaux »

Pour International Crisis Group, Blaise Compaoré dispose d’un peu moins de trois ans pour préparer son départ. Il doit absolument respecter la constitution et ne pas succomber à la « tentation dynastique » s’il veut « confirmer la principale réussite de sa longue présidence : la stabilité. Un choix contraire ouvrirait la porte à une période de troubles  ». L’ONG invite la communauté internationale a un devoir de vigie : « Les partenaires extérieurs, notamment les puissances occidentales, doivent maintenant s’intéresser autant à l’évolution politique interne du Burkina Faso et à la consolidation démocratique qu’au rôle que son président joue dans des médiations politiques et la surveillance sécuritaire des foyers de tensions en Afrique de l’Ouest. »

Quelle courte conclusion en tirer  :

  • Le maintien de la stabilité « la paix et le développement », du Burkina commande que Blaise Compaoré sache partir en 2015.
  • Les partisans de Blaise Compaoré peuvent continuer à tirer bénéfice des dividendes de son règne, s’il acceptait de préparer son départ et non de s’éterniser au pouvoir. Assimi Kouanda et ses amis au lieu de marcher pour la révision de l’article 37, gagneraient à conseiller habilement le contraire à leur champion, même si on peut comprendre que le précédent de Salif Diallo ne les y incite pas. Pourtant c’est la seule voie d’issue possible pour eux, pour le pays, pour la sous région et pour les intérêts de la communauté internationale.

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