MATDS/AJB : Dysfonctionnement au sommet de l’Etat

Publié le vendredi 2 août 2013

Il n’y a aucun doute, la cacophonie qui a entouré la convocation de l’AJB au MATDS traduit l’ambiance délétère qui règne au sommet de l’Etat. Un ministre qui désavoue publiquement son collaborateur, ce n’est pas chose courante au Faso. On était plutôt habitué aux solidarités aveugles lorsqu’il s’agit de sévir contre des groupes ou associations qui ne bénéficient pas de la sympathie du pouvoir. Cette fois, le ministre n’a même pas pris de gant pour infirmer l’interprétation de la loi qui a servi de fondement à l’initiative malheureuse du directeur des libertés publiques. Il s’agit a-t-on dit du côté du MATDS, d’une initiative malheureuse d’un fonctionnaire zélé. Dont acte. Incontestablement, la sortie du ministre et de son secrétaire général est en soi un acte courageux. D’autant que cette cacophonie traduit un certain désarroi qui s’est emparé de certains cercles du pouvoir. Il ne faut pas se leurrer, ce fonctionnaire aussi zélé qu’il est n’a pas agi de sa propre initiative. Dans cette ambiance de grisaille, il y a sans doute des gens dans les allées du pouvoir pour trouver que la gestion actuelle des mouvements sociaux par le ministre Jérôme Bougouma est laxiste. Ces partisans de la manière forte estiment sans doute le moment venu de mater les mouvements sociaux dont l’ampleur se fait de plus en plus inquiétante. La stratégie du dialogue inspirée par Luc Adolphe Tiao dont Bougouma semble en être un exécutant convaincu et fidèle ne plait pas visiblement à certains qui redoutent des débordements. Jusqu’où ira donc ce bras de fer entre les partisans de ces deux religions ?

Pour le moment, le premier ministre montre des signes de sa volonté de reprendre la main. Le recadrage opéré par Bougouma participe sans doute de cette volonté. Même chose au niveau du ministère de la communication où Alain Edouard Traoré, le titulaire du maroquin avait commencé à montrer du muscle. Son interventionnisme à tout crin dans la gestion des médias publics a donné les résultats que l’on sait. La marmite surchauffée a fini par exploser. Pour autant l’arme du bâton n’a pas été sortie, ou du moins pas encore. Au contraire, on semble évoluer vers la conciliation. On en a eu la preuve à travers la couverture du meeting du 20 juillet dernier où les médias publics se sont montrés plus ouverts et plus prolixes. Nous voulons croire que ce recadrage n’est pas seulement circonstanciel. En effet, le cours pris par le meeting des organisations de la société civile avait de quoi réjouir les autorités publiques qui ont eu de quoi se frotter les mains, eu égard au spectacle de la division qu’on a pu voir à l’occasion de ce meeting. Mais le pouvoir gagnerait à garder l’ouverture d’esprit dont a fait montre le premier ministre en réaffirmant sa stratégie de dialogue constructif, plutôt qu’à miser sur les divisons au sein de la galaxie oppositionnelle. Tollé Sagnon a bien prévenu. L’objectif du moment est de se préparer à amplifier le mouvement social pour être en mesure de faire sauter les lignes et barrières rouges et de poursuivre jusqu’à Kosyam pour un face à face de vérité avec le Manitou. La meilleure manière de conjurer cette éventualité ce n’est pas de multiplier les actions de panique mais plutôt de s’inscrire dans le sens de l’histoire. La demande sociale est au renouveau de la classe politique qui n’a pas montré grand-chose en 30 ans. C’est une donne incontournable. Le mouvement social qui monte en puissance sera de plus en plus irrépressible. Ceux qui ne l’auront pas compris risquent de se voir débarqués du train du renouveau de gré ou de force. Tandis que ceux qui tenteront de l’entraver rejoindront la poubelle de l’histoire selon la formule chère aux théoriciens marxistes. 


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