Marche de l’opposition : Elle était historique et symbolique

Publié le jeudi 18 juillet 2013

Stupeur, joie, détermination, engagement indéfectible ; autant de mots qui dépeignent les traits des marcheurs engagés en ce jour du 29 juin 2013. Stupeur de voir une foule si dense répondre à l’appel du chef de file de l’opposition, détermination à aller de l’avant quels que soient les obstacles… Une marée humaine, telle une colonne de fourmis, a envahi la place de la Nation. Difficile de se frayer un passage. Les gens ont répondu présent à l’appel de l’opposition politique burkinabè à sortir dire « non au sénat »

marche contre le sénat

De la musique engagée, il y en avait. « On en a marre, le peuple en a marre… » « …quittez le pouvoir et dites au revoir au peuple qui en a marre monsieur le président » Même la musique censurée était au rendez-vous : « Ce président là, il faut qu’il parte et il partira… » La foule répondait bien à ces chansons. A tue-tête, les manifestants chantaient. D’autres dansaient au rythme de ces titres qui disaient les mots qui sonnaient juste à leurs oreilles et venant de tant de cœurs battant à l’unisson. L’émotion n’était plus l’apanage de la subjectivité, comme l’avait suggéré le poète de la Négritude. Elle semblait donner le sens à un combat. Dans l’ambiance caniculaire de ce samedi 29 juin, l’arrivée de deux (2) artistes engagés, Smockey et Sams’K le Jah a endiablé la foule des grands jours. Le 1er habillé en chemise blanche par-dessous un t-shirt blanc à l’effigie de Thomas Sankara. Le 2e coiffé d’un chapeau et d’un t-shirt marron. Il est frappé de la carte de l’Afrique avec un point fermé à l’intérieur. Les deux artistes tiennent des balais. Leur message est clair : « balayer les ordures de la république ». D’où le concept « Balaie Citoyen ».

Des pancartes ont parlé. Les messages étaient clairs : « L’avenir du Burkina Faso se construit sans Blaise Compaoré. 26 ans de pillage ça suffit ! » « On est fatigué du régime de Blaise Compaoré » « Non au pouvoir à vie, à la monarchisation du pouvoir. Non à la révision de l’article 37 » « Le peuple veut manger à sa faim. On veut pas de sénat »

Sankara au secours

« Nous, avant, on avait peur de mourir. Maintenant, on a peur de vivre parmi ces bandits » a dit Arba Diallo. Et d’ajouter : « si vous (les jeunes) êtes prêts à marcher, nous on va marcher ». Et Zéphirin Diabré de renchérir : « ce pouvoir est têtu et l’avenir est fortement compromis » Il faut donc que le « combat contre le sénat et contre la politique du gouvernement se poursuive résolument jusqu’à la victoire finale » Selon l’opposition, « le sénat est un complot car il ferme les portes aux jeunes et aux femmes pour les réserver aux politiciens fatigués du CDP et à tous les enfants gâtés de Kosyam que Blaise Compaoré traîne avec lui depuis des décennies » Alors on dit « A bas au gouvernement voleur ! » Ce message est à l’image du Capitaine Sankara. Du reste, son ombre a plané sur la place de la Nation. Des manifestants brandissaient fièrement sa photo. « On vient d’écouter Thomas Sankara. Il a fait en 4 ans ce que l’autre n’a pas fait en 26 ans » lance un manifestant après un extrait d’un de ses discours. Sur une pancarte sur laquelle les deux faces portaient des écritures, on pouvait lire : « On est fatigué de souffrir ». Sur l’autre face c’est un appel de détresse : « Sankara o secours ! »

Ah wouu !

Maman attention au « Virus BC ». Une dame avait tenu ces propos : « Dieu a tant aimé le Burkina qu’il a envoyé Blaise Compaoré ». Elle a eu sa réplique. Maman, lui lance les manifestants, à l’Université y a plus de place. A Yalgado y a pas de scanner. On a aussi faim. « Les étudiants souffrent de manque de locaux, du manque de bourses, du manque d’enseignants et du manque de travail à la fin de leurs études. Avec ce gouvernement, diplôme égal chômage. Avec l’alternance, diplôme égal travail » a lancé Zéphirin Diabré, le chef de file de l’opposition et d’entonner le slogan mythique de Joseph Ki-Zerbo (Nan Lara, An Sara !). Diabré conclut : « la lutte continue »

Basidou KINDA

 

Les raisons de l’intervention policière

La marche a dégénéré et a occasionné des blessés. L’opposition tient pour responsable « le premier ministère et les forces de l’ordre de cette barbarie ». Comment en est-on arrivé là ? Selon les explications du chef de file de l’opposition il a été signifié que l’avenue de l’indépendance est une « zone rouge » Il est donc interdit de manifester à ce niveau. Dans l’esprit du respect des règles, l’opposition n’y a pas trouvé d’inconvénient. Au niveau donc de la barrière que la police a mise en place, un émissaire du premier ministère devrait les attendre pour recevoir le message qui est adressé au président du Faso par l’intermédiaire du premier ministre. Mais à 11h 00 comme convenu, l’émissaire de Tiao n’était pas sur les lieux. Dans les discussions avec les forces de l’ordre, il y eut une forte pression au niveau du flanc gauche du cortège. La barrière métallique a cédé sous cette pression manifestement trop forte. Les forces de l’ordre ont alors chargé les manifestants et ont fait usage de gaz lacrymogènes. Chapeau bas à la croix rouge burkinabè qui n’a ménagé aucun effort pour porter assistance aux blessés.

BK

Balaie Citoyen !

Il est au Burkina ce que le mouvement y’en a marre est au Sénégal. Officiellement, sans se tromper, c’est le 29 juin qu’il s’est présenté en public lors de la marche contre le sénat. Mais pendant le festival Ciné droit libre, le mouvement était en gestation. Si un changement va s’opérer, il faut certainement compter avec l’impulsion de cet acteur. Son action : « balayer les ordures de la république ». Ces initiateurs sont convaincus que : « Quand le soleil se lève, la nuit s’éclipse. Quand les cibals se lèveront, le Burkina redeviendra propre et intègre » Depuis les évènements de Bobo Dioulasso, « fermeture de la nationale1 par des riverains en colère » ils sont présents dans cette ville où ils tentent une action pour libérer les détenus des manifestations contre l’état pitoyable de la RN1.

BK


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