Une marche pour la paix, emprunte de discours belliqueux

Publié le jeudi 18 juillet 2013

Il fallait être CDP pour ne pas voir la contradiction. Mais cette paix, dont on se sait toujours pas par qui elle est menacée tient cependant à cœur les hommes au pouvoir, qui n’ont pas regardé à la dépense. 

Plus de 150 cars était mobilisés pour l’occasion. Nombres des passagers qui en descendaient étaient des personnes âgées, principalement des vieilles femmes. Les adolescents voire les enfants étaient massivement présents,la grande majorité portant des T-shirt ou des pagnes estampillés CDP à l’effigie du président Compaoré. Les associations présentes arboraient des pancartes pour affirmer leur présence. On pouvait noter naturellement la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré (FEDAP-BC) ; l’associationdes taximen, celle des femmesvendeusesde fruits et légumes, des personnes vivant avec un handicap, celle des artistes traditionnels qui entonnaient et esquissaient des pas de danse, celle des tisseurs, etc. Les naaba comme à l’accoutumée signaient leur présence. Des ministres affichaient leur présence en pole position sous la tente.

Les invectives contre l’opposition pleuvent

Lors de la conférence de presse au siège du parti, M. AssimiKoanda soutenait mordicus que la marche du samedi s’inscrivait purement et simplement dans le cadre de l’exécution du programme de leur parti et non comme une réponse à la marche de l’opposition. Cependant certains propos et actes trahiront ces dires. D’abord sur une pancarte on lisait : « Zephi-Rien, yaboincalme ta cœur » ; sur une autre est écrit ceci « oui pour le sénat, vive le CDP, A bas les opposants » ou encore le « Faso ne sera jamais autrement ». On pensait que c’étaient des militants ‘ zélés’ qui agissaient de la sorte. Fallait écouter des hauts responsables du parti pour se défaire de cette idée. Ainsi donc, le représentant des jeunes, Dr Salam Dermése déchaîne et interpelle l’opposition en ces termes « Nous mettons en garde tous ceux qui menacent la paix et leur rappelons qu’ils n’ont pas le monopole de la violence ». Hamidou Compaoré, qui parlait au nom des marchés et yaars est catégorique : « Des gens sont venus marcher le 29 juin 2013 » et « ont maudit » le Burkina Faso. Il a par ailleurs souhaité que leur malédiction leursoit retournée. Commepour répondre aux marcheurs du 29 juin passé, il laisse entendre que « nous allons planter le Sénat ». « Dieu, mercide nous avoir donné Blaise Compaoré », confie-t-il à la foule avant de s’éclipser.Le secrétaire exécutif national du parti, AssamiKoandahimself se lâche devant le public. « Quelqu’un peut-il nous comparer à ces marcheurs épars du samedi dernier qui ont arpenté quelques voies de notre capitaleen rangs dispersés et au contenu hétéroclite dont le nombre a été successivement grossi, élevé en fonction des intérêts et des promesses ?... ». Ce discours était ovationné par des cris d’approbation de la foule. Il poursuit son laïus pour dire que les opposants « se croient subitement investis d’une mission pour le Burkina Faso et se sont transformés en chef de file de la rue ».Ainsi donc c’était un meeting suivi de marche pour la paix et non pour répondre à la marche de l’opposition.

Des slogans fermes appelant à la modification de l’article 37

Sur certaines affiches on lisait « on va modifier l’article 37 et alors ? » ; « Sautons le verrou de l’article 37 » ; « Nous crions haut et fort la modification de l’article 37 au Burkina » ; « Réviser l’article 37 pour la continuité dans la paix et le progrès »…

Des marcheurs floués

Pendant que les orateurs se succédaient pour discourir, avec deux autres confrères, nous décidons d’aller ausculter les marcheurs. Nous approchons d’un groupe de jeunes, des élèves qui faisaient d’office de cordon sécuritaire à côté d’un feu tricolore. Lors des échanges l’und’eux nous confie ceci avec un visage grave. « Ils sont venu nous voir pour venir marcher pour la paix et on a trouvé que c’était une bonne chose, mais quand on est arrivé ici, ils ont commencé à parler de Sénat, d’article 37. Si on savait que c’était comme ça ce n’était pas sûr que beaucoup d’entre nous allaient venir ». Séance tenante un car vient s’immobiliser à quelques mètres de nous. La plupart de ceuxqui en descendaient étaient des femmes. Une attira tout de suite notre attention. Elle avait l’air dépaysée. Nous nous approchons et lui demandons pourquoi elles sont là ? « Je ne sais pas, ils ont envoyé le car et nous ont demandé de monter sans nous dire où on partait. Moi je ne savais pas que c’est ici qu’on venait  ». Les autres également restaient crispées et ne savaient pas que faire. C’est en ce moment qu’un homme est venu donner des instructions.

 L’argent a fait son effet

Un peu plus loin nous tombons à nouveau sur des élèves. Pourquoi êtes vous venus marcher ? Interroge un confrère. Les jeunes se bousculent pour répondre. Un premier dévoile leur intention. « On est venu chercher le « komboango » (à manger nous explique-t-il en français). « Nous voulons de l’argent puis à manger » appuie un autre. Pendant la conversation un confie secrètement à un confrère qu’ils ont reçu chacun la somme de deux mille francs à la maison des jeunes avant de faire le déplacement. A notre retour vers le lieu du meeting, nous croisons un adolescent. Il nous dit qu’il a 15 ans et qu’il a reçu la somme de 2 000F CFA pour venir marcher.

Le retour de la marche est émaillé d’échauffourées

Le retour pour regagner la Place de la Nationétait émaillé de vives tensions.Des jeunes qui se tenaient à l’écart pour regarder les marcheurs proféraient des propos très acerbes et désobligeants à l’égard du régime et des ses mentors. Un s’écarte du groupe et tente d’arracher une banderole des mains de ceux qui avaient constitué la ceinture de sécurité autour de François. Très rapidement la tentative vire à une véritable bagarre. Des personnes du CDP quittent la marche pour riposter. De violents coups de pieds et de poings sont échangés. Ensuite on se lapide avec des pierres. Personnellement, nous avons dû fuir pour ne pas prendre une pierre perdue. Il a fallu l’intervention des forces de l’ordre pour ramener le calme. A ce moment un groupe de ces jeunes vient nous encercler et nous demande de transmettre leur propos aux autorités. Mis à part certains propos que nous nous réservons de transcrire, on entendait ceci d’un vieux très remonté : « On en a marre de Blaise, on en a marre du CDP, on ne veut pas de François… ». Un jeune nous dévoile son statut et nous confie « je suis étudiant, et je pense que ces marcheurs ne sont pas venu par conviction contrairement à la marche de l’opposition ». Un autre s’écrit « on préfère un WC public qu’un Sénat au Burkina  ». Un peu plus loin, en face de la maison du peuple les contestateurs de cette marche réussissent à avoir un T-shirt du CDP qu’ils ne tardent pas à brûler.

 Après c’était le désarroi, des vielles cherchaient vainement les véhicules avec lesquels elles sont venues pour leur retour. Selon certaines sources, ce sont les maris de certaines d’entre elles qui sont allés les chercher.

Hamidou TRAORE 


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