On demande au CDP de bien gouverner et non de marcher !

Publié le jeudi 18 juillet 2013

On a battu le pavé le samedi 6 juin dernier, à l’appel du CDP. Répondant à cet appel, les partis satellites et autres mouvements rattachés sont descendus dans la rue à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso. Ils étaient bien nombreux, les manifestants dans ces deux villes. Si l’enjeu portait sur la mobilisation, alors les organisateurs peuvent considérer que le pari est gagné. Mais on ne fait pas une telle démonstration de force juste pour éprouver ses capacités. Si on n’est pas dans le folklore, le parti au pouvoir doit avoir de bonnes raisons d’en appeler à la mobilisation. Officiellement nous dit-on, on manifeste pour la paix et le développement. D’accord. Où est l’urgence pour qu’en pleine campagne agricole, au moment où nombre de burkinabè des campagnes sont occupés aux champs et où les questions de soudure sont lancinantes, au moment où élèves et étudiants attendent dans l’anxiété les résultats de leurs examens, il soit crucial d’en appeler aux Burkinabè pour la défense de la paix et le développement. Le comble, c’est que le CDP et ses ouailles applaudissent des mains le timonier Blaise Compaoré, grand artisan de la paix et grand bâtisseur devant l’Eternel. Mais où est donc le problème ? Si l’on a bien compris, le Burkina est un pays stable où la croissance est au rendez-vous, un pays envié par nos voisins. Sauf à raisonner par l’absurde, la démarche du CDP n’a pas de sens.

Mais à y regarder de près, la marche du CDP est une marche contre la démocratie et le développement. Voilà un parti qui est au pouvoir depuis 30 ans, pour qui Dieu a béni le Burkina en nous donnant Blaise Compaoré et qui considère que personne n’a le droit d’entraver l’action de ce grand timonier ! C’est en effet le sens de la sortie improvisée du parti au pouvoir dont les gesticulations trahissent son extrême fébrilité face à la grande colère des populations. Le 29 mai dernier, l’opposition politique à travers sa marche-meeting a su offrir un cadre d’expression à cette colère dont tout le monde s’accorde à reconnaître le caractère inédit. C’est en effet cela le problème du CDP. Que les laissés-pour-compte que sont la grande majorité des Burkinabè se voient offrir une perspective autre que « le paradis » du CDP est perçue comme une terrible menace. Il faut vite effacer l’épisode du 29 juin dans la conscience des populations. Le vrai problème du CDP, c’est la montée en puissance du leadership de l’opposition politique. La figure de Zéphirin Diabré et son discours modéré prennent de court le parti-Etat qui ne peut le diaboliser sans tomber dans le ridicule. Certes, le CDP a le droit de manifester comme nous l’a répété une de ses éminences grises. Mais la question n’est pas là ! Plutôt que de répondre du tic au tac et dans les mêmes formes, le CDP gagnerait à résoudre les préoccupations qui ont jeté tant de Burkinabè dans les rues le 29 juin. Sa marche du 6 juillet est plutôt une fausse réponse aux interpellations de nos compatriotes. Il faut que ce parti cesse de se mentir à lui-même. On ne peut pas user de tant de moyens pour convoyer des gens à qui l’on ne dit pas la vérité et considérer qu’on a résolu le problème. Ce n’est pas par un carnaval de conscrits qu’on apaisera les angoisses des Burkinabè. Les Burkinabè sont un peuple plus intelligent que certains ne le croient. Ceux qui refusent de le voir s’exposent à de mauvaises surprises. Puisque le CDP a opté pour le marquage à la culotte, il devra se préparer à d’autres sorties. Le 20 juillet prochain, le Collectif contre la vie chère appelle à manifester. Les préoccupations de ce collectif sont les mêmes que celles qui viennent d’être portées par l’opposition politique. Il y aura sans doute encore beaucoup de monde dans les rues de Ouagadougou et des autres villes du Burkina. Et la rentrée sociale de toute évidence ne sera pas de tout repos. Il faut désormais s’attendre à l’omniprésence de l’opposition politique dans toutes les manifestations où il sera question des préoccupations légitimes des Burkinabè. L’usure du pouvoir CDP se traduit comme on le voit par la pauvreté de ses idées. Mais comme le dit l’adage, « l’arbre mort ne tombe que sous la cognée ». Les Burkinabè l’ont bien compris !

 Germain B.NAMA


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