Pendant combien de temps jouera-t-on à ce petit jeu ?

Publié le jeudi 18 juillet 2013

Dans une interview à nos confrères de Africa 24, à la question : Qu’est-ce qui vous procure le plus de satisfaction depuis que vous êtes à la tête de l’Etat Burkinabè ? Réponse de Blaise Compaoré « C’est la confiance que les Burkinabè continuent de me témoigner depuis plus de vingt ans que je suis au pouvoir ». C’est assurément vrai puisqu’il a régulièrement gagné les élections depuis 1991. A chaque fois il a été élu avec près de 80% des suffrages. Mais c’est aussi discutable. Sur les quatre présidentielles qu’il a courus, à peine 1,5 électeurs sont allés voter. Et sur ces votants, régulièrement Blaise Compaoré a été élu avec à peine un million et demi d’électeurs. A la dernière présidentielle, celle de 2010, Blaise Compaoré avec 80,15% n’a été élu que par 1 357 315 Burkinabè. Avec la biométrie, le corps électoral au Burkina est estimé 4 millions 300 milles électeurs environ. Blaise Compaoré est président par la volonté d’un électeur sur quatre. Cela n’enlève rien à sa légitimité, comme l’était tout autant le président Morsi, en Egypte. Cependant, elle conduit à s’interroger sur le type de démocratie qui est en vigueur dans notre pays. Cette démocratie dont sont si fiers certains de nos frères au point d’entrer en campagne pour une présidence à vie pour Blaise Compaoré. C’est quel type de démocratie nous avons dans notre pays ? Pour y répondre nous avons retrouvé une étude faite par le CGD du professeur Loada. Les points de vue qui structurent cette démonstration donnent un éclairage édifiant du système qui nous gouverne. Ils indiquent aussi pourquoi on ne peut rien y espérer : 

Pour Andreas Schedler le Burkina Faso fait partie de la catégorie des « autoritarismes

électoraux » (Schedler, 2006:3). Selon cet auteur, ce type de régime n’est ni démocratique, ni en voie de démocratisation.

Pour William Case, ce type de régime est souvent un héritage del’histoire que les héritiers ont réussi à faire fructifier avec succès, grâce notamment à d’habiles stratégies de manipulation qui se traduisent par un « calibrage » de la compétition électorale àtravers la restriction des libertés civiles, l’exclusion et la fragmentation de l’opposition,l’exclusion d’électeurs des listes électorales, la corruption électorale, l’intimidation, la fraude électorale, etc. (Schedler, 2006 :95-112).

D’autres auteurs notent que le système politique burkinabè a réussi la performance de

« se stabiliser en combinant les formes de la démocratie libérale et des traits autoritaires

[Ce type de régime hybride autorise] la création et l’activité de partis, d’organisations de la société civile et d’une presse indépendante, avant tout afin de s’assurer le soutien des pays occidentaux.

 Il ne s’agit donc pas d’un régime nécessairement en chemin vers l’amélioration et la

consolidation d’une démocratie, mais d’un système politique qui, en maintenant une

apparence démocratique, permet de ne pas exposer le pouvoir au risque du pluralisme et de la

libre compétition » (Hilgers et Mazzocchetti, 2006 :10-11).

Le problème, c’est qu’un même parti continument au pouvoir finit par s’identifier au régime et à l’Etat et aboutit à un « électoralisme vide de sincérité » (David Beetham)

 Et puis cette étude donne le critère absolu pour juger d’un régime démocratique :

« Rien n’est plus simple que de savoir si un régime politique est démocratique ou non….Il est inutile de se référer aux affirmations de ses dirigeants. Ce régime admet-il l’existence d’une opposition effective, disposant de lapossibilité de devenir à son tour la majorité ? Il est réellement démocratique et populaire. Le refuse-t-il ? Dans ce cas, quelles que soient les justifications avancées, il n’est ni populaire,ni démocratique  » (Quermonne, 2000 :10-11)

 Ces auteurs n’ont rien à voir avec notre pays. Ils n’ont aucune raison d’en vouloir à Blaise Compaoré. La description qu’ils donnent de sa démocratie est difficilement réfutable quand on est de bonne foi.

En les lisant attentivement on comprend parfaitement le cinéma qui est actuellement fait autour de la révision de l’article 37. Dans une démocratie qui a abouti à un « électoralisme vide de sincérité », on a beau jeu d’en appeler au peuple, puisqu’on sait d’avance le choix qu’il fera. Mais attention c’est un petit jeu dangereux. Ça n’arrive pas qu’aux autres. Le Burkina n’est pas sur une autre planète.

 Newton Ahmed BARRY


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