Escroquerie en bande organisée (suite) : Un autre frère « de » fait son entrée en scène

Publié le jeudi 18 juillet 2013

Le Burkina se signale particulièrement par les frasques « des frères de ». Dans le prolongement de l’enquête que nous avons menée à Bobo Dioulasso et à Banfora, dans l’affaire « Siri  », nous avons été conduits sur la piste du frère du ministre d’Etat, Djibril Bassolet. Ce dernier aurait dû lui ouvrir des portes pour un business de ferraille avec les espagnols. Les choses vont très mal se passer. Le frère du ministre use de sa position pour détourner les partenaires espagnols, faire enfermer Siri et comble de l’ignominie, tenter de lui ravir son épouse qu’il harcèle de coups de fil, depuis une de nos ambassades, où il a été entretemps « placé  » certainement par son frère de ministre. N’eût été le drame humain sous jacent, on aurait pu en rire et conclure finalement que c’est congénital au régime en place dans notre pays. Un feuilleton de plus donc dans la saga des « frères de » de notre pays. Peut-être inspirera-t-elle nos cinéastes créatifs ! Cependant, une autre grosse tache sur la justice et l’ensemble de ses auxiliaires. Car sans cette permissivité de la justice, l’histoire que vous allez lire ne se serait sans doute pas produite. Depuis son ambassade où il est « casé », le frère Bassolé continuait à suivre les péripéties de Siri avec la justice et était informé à l’avance de ce qui adviendrait.


Il escroquait dans l’ombre de son frère ministre

Il se disait puissant parce que son frère est aux affaires. Parfois il faisait croire qu’il agissait en son nom. La mayonnaise a pris et bien pris. Aucun commerçant n’aurait hésité à s’abriter sous un tel parapluie protecteur. Pas même Siri qui a évolué au pays du blanc. Il faut croire que l’escroc avait une telle force de persuasion que même les partenaires espagnols de Siri ont succombé sous son charme. Du haut de sa puissance supposée, l’homme savait manier la carotte et le bâton. Siri l’a appris à ses dépens

 

Pendant sa détention à la maison d’arrêt de Banfora, des cambrioleurs font une descente dans le bureau de Siri sis à Bobo-Dioulasso. Ces cambrioleurs d’un genre particulier étaient intéressés par une chose : les reçus d’une transaction financière dans le cadre de l’achat de ferraille auprès d’un fournisseur basé au Mali. Dans le cadre d’un marché conclu avec une société espagnole domiciliée à Barcelone, M. Siri partenaire burkinabé de cette société devait fournir 10 000 tonnes de ferraille dont la valeur est estimée à 3 500 000 dollars. En exécution de ce marché, M. Siri avait avancé la somme de 35 millions de FCFA à un intermédiaire qui faisait office de courtier du fournisseur malien. Comme garantie, l’intermédiaire avait remis un PUH à M. Siri. Le vol de documents avait donc pour objectif de faire disparaitre les traces des 35 millions.

Des cambrioleurs très protégés

En liberté provisoire, M. Siri n’a pas tardé à identifier ses cambrioleurs. Ces derniers connaissaient bien leur victime. Ils n’étaient autres que Diallo Mamadou et Diallo Yaya, des frères, tous familiers de Siri. Souvenez-vous, dans l’affaire des 3 millions du juge, le nommé Mamadou Diallo est celui-là qui avait informé Siri qu’un certain Dialla Ablassé (bras droit du juge) viendrait le conduire jusqu’à lui. Dans la présente affaire, il est l’intermédiaire du fournisseur malien. C’est à lui que Siri avait remis les 35 millions contre le PUH. Qu’il se retrouve être l’un des cambrioleurs est assez compréhensible. Par contre, son lien avec l’escroquerie judiciaire est assez révélateur. Est-ce à dire que la piste des 35 millions remonte aux mêmes acteurs ? Pour le moment personne dans l’entourage de Siri n’ose l’affirmer. Par contre, jusqu’à présent, Siri ne dispose toujours pas de la ferraille et il n’a pas non plus ses 35 millions. Quand aux cambrioleurs, les frères Diallo, ils avaient été arrêtés suite à la plainte de Siri déposée à la brigade territoriale de la gendarmerie de Bobo. Ils seraient passés aux aveux mais curieusement ils n’ont pas été privés de liberté. Leur affaire relèverait semble t-il du civil. Retenez que les deux personnes ont été convaincues de cambriolage. Deux poids deux mesures. Siri n’avait pas eu cette chance, dans une affaire qui avait pourtant toutes les apparences d’une affaire civile. Mamadou Diallo serait actuellement détenu à la maison d’arrêt de Banfora pour une toute autre affaire. Quand à Yaya, le second cambrioleur, il vaquerait à ses occupations à Bobo-Dioulasso.

L’entrée en scène du frère du ministre

Le marché de ferraille c’est une bagatelle de 3.500 000 dollars. En francs CFA, c’est une affaire de milliards. Une grosse affaire donc que Siri entend mener à bien, surtout que ce marché ne représente qu’une composante des activités que les partenaires espagnols souhaitent mener au Burkina Faso. Ces derniers disent en effet vouloir investir dans des logements sociaux mais aussi dans la fourniture de ciment. Siri décide de monter à Ouagadougou à la recherche de partenaires locaux. Il s’en ouvre à son entourage à Bobo. Et c’est une de ces relations qui propose de le mettre en contact avec son oncle ministre à Ouagadougou, quelqu’un de puissant dira t-il qui peut lui ouvrir toutes les portes. Une fois à Ouagadougou, ce n’est pas le ministre qui lui est présenté mais quelqu’un qui se présente comme son frère. Qu’importe pense Siri, c’est toujours la famille. Il expose son projet à son interlocuteur. L’accueil est parfait. Il est conduit à Ouaga 2000, au siège d’une société import export. Là, un monsieur à l’accent togolais lui propose d’installer son bureau au sein de ladite société. Même les financements, nous pourrions nous en occuper dit-il. Nous travaillons avec les banques. Tant de générosité éveille des soupçons chez Siri. Il invite le frère du ministre à l’hotel Laico où lui et sa famille ont déposé leurs valises. « Nous ne sommes pas venus pour ça dit Siri à son désormais « partenaire. » Ce que nous voulons, c’est un partenaire pour la facilitation tant dans les procédures administratives que financières. » Ok dit le frère du ministre. « Ne vous en faites pas, ça ira. Préparez les dossiers et déposez –les, moi je verrai ce que je peux faire. » Sur cette base, Siri invite ses partenaires espagnols à venir à Ouaga. Ces derniers arrivent en effet. Siri présente ses hôtes au frère du ministre et des séances de travail sont organisées à l’hôtel Laico. A une de ces réunions, on fait venir un agent d’une banque de la place qui formule des propositions pour tenir compte des capacités de son établissement. L’agent de banque propose en effet de ne pas engager la totalité des 10 000 tonnes de ferraille dans l’opération de crédit. Il faudrait dit-il procéder par fraction de 3000 tonnes. Parce que 10000 tonnes ça fait beaucoup et la banque pourrait avoir des difficultés à financer. Sur ces explications, le contrat de base a été revu et de nouvelles clauses introduites. Pour autant, cet assouplissement n’a rien changé dans la situation du dossier. La lettre de crédit peine à voir le jour. Quand Siri se plaint auprès de ses partenaires espagnols, ces derniers lui répondent que le frère du ministre leur a dit d’attendre. Ah bon répond Siri. Vous répondez maintenant de lui ? Il leur rappelle que s’ils sont là, c’est bien à son invitation et qu’ils ont des obligations contractuelles envers lui. En cas de défaillance d’une des parties contractuelles, celle-ci doit payer 10% du montant de la transaction. Dans cette ambiance délétère, le frère du ministre dit Siri propose à son tour de signer un engagement à lui payer 10% de tout ce que nous gagnerons au Burkina. Refus catégorique de Siri. Tout se gâte alors entre Siri et le frère du ministre d’une part et d’autre part entre Siri et ses partenaires espagnols. En fait, le frère du ministre avait plutôt travaillé à détourner les partenaires espagnols de Siri. Il a l’avantage d’être le frère du ministre et qui plus est, il avait aussi dans sa poche un joker. Dans un coup de fil qu’il adresse à Siri, il abat sa carte : d’ici un mois Miguel (un des partenaires espagnols) deviendra consul. Toi Siri tu es foutu ici comme en Espagne. Tu n’es rien. Si tu t’amuses, on t’enferme. Je te donne 7 jours et tu verras. Siri se souvient : j’ai été effectivement enfermé, pas au bout de la semaine mais 18 jours après. J’ai compris dit-il que l’homme était effectivement puissant. Il poursuit : quand le frère du ministre a lancé ses menaces, j’ai quitté l’hôtel avec ma famille pour rejoindre Bobo. J’ai appris que le frère du ministre a trouvé des gens pour la ferraille. En ce qui concerne les logements sociaux, c’est au Niger que l’affaire aurait été conclue et pour le ciment, on dit que c’est en côte d’Ivoire.

Des garanties bancaires à l’allure d’arnaque

Pendant que le frère du ministre faisait attendre pour l’ouverture du crédit documentaire, il promet à Siri de lui fournir les garanties nécessaires à la banque pour lui permettre de démarrer l’opération. C’est en quelque sorte une alternative au crédit documentaire, qui décidément prenait du temps à se faire. Siri qui a déjà engagé beaucoup d’argent veut voir l’affaire vite aboutir. La filière malienne a été pour lui un fiasco et il s’était occupé lui-même de rassembler la ferraille dont il a assuré la découpe, les frais d’assurance et même qu’il a conclu un contrat de transport avec le chargeur Delmas. Pas moins de 100 millions auraient été engloutis dans l’affaire. Il accepte donc la proposition de son partenaire burkinabé. Ce sont 5 PUH de villas construites à Ouaga 2000 que ce dernier lui a apportés. Siri engage des frais pour l’évaluation des villas auprès de Gelpaz ,un cabinet d’expertise et en fait de même pour les actes notariés. Quand les documents sont transmis à la banque, le frère du ministre se retourne vers Siri pour lui réclamer 5 millions au titre des PUH. Un peu plus tard, c’est la banque qui l’appelle (ou plutôt un agent )pour lui signifier que les PUH ne sont pas des originaux et qu’après vérification ces mêmes PUH sont détenus dans un autre établissement comme garantie d’un prêt de 100 millions. Trop tard. Siri avait déjà avancé 3 millions sur les 5. L’arnaque était consommée.

Comble de cynisme, pendant que Siri était détenu à la maison d’arrêt, le frère du ministre qui a été casé dans une de nos ambassades en Europe appelle l’épouse de Siri pour lui dire à peu près ceci : j’ai une belle villa à Ouaga, il faut aller t’installer là-bas. Tu ne vas rien payé. Je sais que Siri est en prison. Il n’en sortira pas. C’est mieux de venir à Ouaga, on va voir comment on peut continuer l’affaire. Quand Siri obtient une permission pour ses soins à Bobo, il découvre de nombreux appels en absence de l’étranger. Et curieusement, le même jour, il reçoit un appel à partir du même numéro. C’était le frère du ministre : je sais que tu as obtenu une permission dit-il à Siri. Mais ne te fais pas d’illusion, tu retourneras en prison. Le lendemain, c’est la femme de Siri qui reçoit un appel à partir du même numéro. Elle en profite pour dire à son interlocuteur : je ne vais pas aller à Ouaga. J’attendrai mon mari. Je sais que ses ennuis viennent de toi. Ah bon s’exclame la voix au bout du fil. Tu vas fuir le Burkina ! Hasard ou coïncidence ? En effet, une citation à comparaitre devant le TGI de Banfora a été transmise à Siri et à son épouse. Il s’agissait d’une plainte pour escroquerie à la demande des partenaires espagnols du couple Siri. La plainte aurait été rédigée par un avocat qui se dit cousin du frère du ministre. Contacté par Siri, Miguel le mandataire du groupe des espagnols dit n’être pas à l’origine de ladite plainte. Un démenti que Siri a tenu à lui faire répéter à son avocat. Si ce n’est pas lui, qui d’autre pourrait le poursuivre ? Siri est convaincu que c’est encore une manœuvre du frère du ministre.

Au bout du compte, il y a des zones d’ombre dans l’affaire. Y’a-t-il un lien entre les différents acteurs ? Sur la question des 35 millions, les cambrioleurs sont bien connus par les gendarmeries de Bobo et de Banfora. Ils sont aussi bien connus des juges de Banfora. Les 35 millions ont-ils servi à arroser les différents acteurs de la chaîne ? Est-ce ce qui explique l’impunité relative dont ont bénéficié les cambrioleurs ? Deuxièmement, quel rôle le frère du ministre a-t-il joué dans l’arrestation de Siri, puis son incarcération ? L’élimination de Siri dans le circuit du marché de la ferraille a profité au frère du ministre qui a immédiatement pris sa place auprès des partenaires espagnols de Siri. Quelle en est la contrepartie ? Cette question nous remonte au ministre lui-même, puisque c’est le pouvoir lié à sa fonction qui intéresse les partenaires espagnols ? Que cache la nomination du frère du ministre dans une de nos représentations à l’étranger ? A-t-on voulu l’éloigner en raison de ses activités illicites ou alors serait-ce une planque qui lui est offerte pour continuer à rendre service comme il le fait croire à son frère de ministre ? Et puis, l’histoire des PUH suggère l’existence d’un réseau de truands passés maitres dans l’art de l’arnaque. Quelle est la place des véritables propriétaires des PUH dans ce vaste réseau ? Manifestement tous ces truands ont des complicités dans des banques de la place et même dans des cabinets d’expertise. Quelle est l’étendue des complicités dans lesdits établissements ? Siri cherchait un partenaire burkinabé dans une activité où chacun pouvait trouver son compte. Il se retrouve poursuivi en justice par ceux-là même qui l’ont dépouillé. C’est le comble !

 

 Par Germain B.NAMA


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