Tamarrod ou la révolution populaire en Egypte

Publié le jeudi 18 juillet 2013

Une coalition d’organisations de la société civile et de partis politiques vient de réaliser un fait inédit dans l’histoire des prises de pouvoir en Afrique. Sur la base d’un appel à signatures d’une pétition reposant sur des revendications économiques et sociales, la coalition a réussi à collecter 22 millions de signatures. Considérant que ces 22 millions de signatures leur confèrent une légitimité suffisante, le mouvement des indignés égyptiens a lancé le 1er juillet dernier un ultimatum au pouvoir islamiste de Mohamed Morsi : « Nous donnons à Morsi jusqu’à mardi 2 juillet à 17H pour quitter le pouvoir et permettre aux institutions étatiques de préparer une élection présidentielle anticipée. »En cas de refus le communiqué précise que mardi 17 h sera le début d’une campagne de désobéissance civile totale. L’ultimatum est appuyé par une exceptionnelle mobilisation populaire. Selon certaines sources plus de 14 millions d’Egyptiens seraient descendus dans la rue. Le mouvement qui a pris comme nom de baptême, « Tamarrod », ce qui veut dire rébellion en arabe a dans le même temps appelé l’armée, la police et l’institution judiciaire à « clairement se positionner du côté de la volonté populaire. » Une détermination qui ne laisse pas d’autre alternative à Morsi que l’affrontement ou la démission pure et simple. Le mouvement fustige la gestion de Morsi caractérisée par la montée de la crise économique aggravée par des pénuries de carburant qui ont eu pour conséquence de paralyser l’appareil productif. En plus de cela, le mouvement islamiste a complètement verrouillé le champ politique à travers un contrôle drastique de tous les pans de la société. Pour mettre la pression sur le pouvoir, des milliers de manifestants ont passé la nuit sur la place Tahrir du Caire et devant le palais présidentiel. Face à cette atmosphère lourde, l’armée a appelé les belligérants à trouver sous 48 heures une solution , faute de quoi elle se verrait obligée d’imposer sa propre feuille de route. Bien que se trouvant dos au mur, Mohamed Morsi refusa de se soumettre. Il rejeta l’ultimatum de l’armée et appela ses partisans à résister à ce qui se présentait à ses yeux comme un coup d’Etat. Résistance vaine d’autant que le pouvoir islamiste s’était largement discrédité. Sur le plan politique et sociétal, il s’est distingué par ses tentatives de mise au pas des juges, des médias – plus de 600 plaintes déposées contre les journalistes autant qu’en trente ans de gouvernance sous Moubarak –, le fait de renforcer l’emprise des islamistes à tous les niveaux de l’État comme la nomination des gouverneurs (11 sur 27). L’un d’entre eux, ancien du djihad islamique, nommé à Louxor, là où en 1997, à la tête d’un groupe armé, il avait assassiné plus de 50 touristes occidentaux, a, on le sait, été contraint de démissionner sous la pression populaire. Un projet de loi liberticide sur les ONG et le fait de vouloir régenter la société en cherchant à étendre la charia n’ont fait qu’attiser les ressentiments contre lui. Sur le plan économique, la politique de Morsi, qui s’est fait élire sous le slogan «  L’islam est la solution  », n’a en rien amélioré la situation. Tous les indicateurs sont au rouge : chômage en hausse, pouvoir d’achat dégradé du fait de la dépréciation de la livre égyptienne et d’une flambée 
des prix de 30 % en un an, auxquels s’ajoutent les pénuries de pain, de fioul et d’essence, les multiples coupures de courant électrique, sur fond de pauvreté croissante (40 % de la population) et d’insécurité (agressions et viols contre les femmes) accrue. Non seulement l’argent du Qatar (un don de 5 milliards de dollars) n’a pas suffi, mais l’Égypte est contrainte aujourd’hui de solliciter l’aide du FMI, lequel veut bien lui consentir un prêt de 4,8 milliards de dollars à la condition que le Caire réduise ses dépenses sociales ! Dans ce contexte, ni de soudaines menaces de guerre envers l’Éthiopie, coupable de construire un barrage sur le Nil, ni la rupture spectaculaire avec Damas n’ont permis d’enrayer la chute des islamistes au sein de l’opinion.

L’absence de bilan sur le plan économique et social auquel s’ajoute le poids d’un système politique de plus en plus totalitaire laissaient les islamistes au milieu du gué sans bouée de sauvetage. La convergence d’intérêts entre un peuple qui aspire à un mieux être et une armée en quête d’ordre a sonné le glas du pouvoir islamiste. Mais chassés du pouvoir les islamistes n’en conservent pas moins une forte capacité de nuisance. Ils l’ont montré depuis la chute de leur mentor en bloquant quasiment le fonctionnement normal du pays. Les militaires qui sont à la manœuvre ont bien compris la difficulté à gouverner dans une atmosphère d’hostilité. Les hésitations qui ont précédé la nomination du nouveau premier ministre procèdent de cette difficulté à ménager la chèvre et le chou. Hazem El Beblaoui, le nouveau premier ministre, réputé brillant économiste a été anciennement ministre des finances. Il a la charge de diriger un gouvernement de transition dont le principal défi est d’empêcher que l’Egypte ne sombre dans la guerre civile. Bien que l’avenir du pays reste encore incertain, il a donné au monde une image épatante d’un peuple mobilisé. 14 millions d’égyptiens ont damé le pavé en brandissant 22 millions de signatures. C’est un bel exemple de citoyenneté. Dommage que cette image se soit quelque brouillée par une entrée en scène intempestive de l’armée !

GBN


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