Etats généraux de l’enseignement supérieur : Le point de départ d’autres problèmes ?

Publié le mercredi 3 juillet 2013

L’enseignement supérieur burkinabè est un grand corps malade. « Provoquer l’électro-choc nécessaire » à ce mal, c’est l’idée qui a sous-tendue la tenue des états généraux sur ce grade d’enseignement. Environs 450 participants se sont retrouvés du 13 au 15 juin 2013 à Ouagadougou à cet effet. Les débats ont été houleux et certains sont repartis frustrés.

« On ressort [des états généraux] pas satisfait » a dit Mahamadou Fayama, président de l’union générale des étudiants burkinabè (UGEB). Ces propos illustrent bien que certains participants n’ont pas trouvé le salut de leur âme dans ces états généraux. Beaucoup de points les ont en effet opposés aux autres. Il y a la question du LMD. Les divergences étaient accrues au sein de la commission qui a traité de cette problématique. D’entrée de jeu, certains ont demandé la suspension du système. Des enseignants et d’autres étudiants ont dit non à cette proposition. Un consensus est vite trouvé à ce niveau. Il vient ensuite la question des sessions. Pour les enseignants, il ne devrait avoir qu’une seule session dans le système LMD. A ce niveau, tous les étudiants idéologiquement opposés au sein de la commission ont tu leurs querelles de chapelle pour dire non aux enseignants. Ils en ont pris pour exemple le cas de la 1re année SVT. Sur plus de 1880 étudiants, moins de 40 ont validé la première session. Ce qui veut dire que s’il n’y avait pas une 2e session plus de 1800 étudiants allaient reprendre l’année. En plénière, les débats ont été plus houleux sur la question. Ceux qui soutiennent la suspension du système trouvent « un chaos dans l’application et si on poursuit, on va droit au mur » Le LMD est « un système bien et exigent. Il faut avoir le courage de suspendre le LMD pour réunir les exigences avant de poursuivre » suggèrent-ils ainsi. « Il faut que les uns et les autres sachent que la question de la suspension du LMD n’est pas à l’ordre du jour » intervient un étudiant d’une autre association estudiantine. Il faut dire que partout où la question du LMD a été abordée dans les commissions il n’y a pas eu convergence des points de vue. Cependant, la majorité pense qu’à l’étape actuelle, il n’est plus question de reculer. Il faut plutôt avancer en cherchant à réunir les conditions nécessaires pour une meilleure application de ce système devenu une exigence internationale.

Augmentation frais d’inscription

Il y avait une commission dont le rôle était de proposer un plan de financement et d’autonomisation de gestion des institutions d’enseignement supérieur. Cette commission a proposé que « l’on augmente les frais d’inscription à l’université (50.000f au lieu de 15000f) » Dans la même logique, il a été proposé une augmentation du ticket de RU (restaurant universitaire) de 100f à 250f. Ces questions ont été matière à débattre au sein de la commission et n’ont pas fait l’unanimité. Les responsables de la commission ont tenu à avoir l’avis de l’assistance en plénière. A ce niveau, l’ANEB et l’UGEB ont été catégoriques en voyant là une manière d’alourdir les charges de l’étudiant burkinabè. « Au Burkina Faso, la misère est rampante. Toutes mesures qui viennent pour allonger la charge des étudiants il faut purement et simplement les rejeter » disent-elle. Mahamadou Fayama va donc demander même la réduction actuelle des frais d’inscription. « Il faut réduire les frais d’inscription à 7500f » dit-il. Une idée que d’aucuns ont jugé irréaliste : « on ne pas vouloir une chose de qualité et ne pas y mettre le prix » contredisent-ils. Il faut dire qu’au sein de la commission les débats ont été encore plus houleux sur le côté finance parce que ceux (enseignants dit-on) qui travaillent au sein du ministère étaient intransigeants sur un certain nombre de propositions. Selon un membre de la commission, ce serait eux qui ont eu l’idée de l’augmentation des frais d’inscription et de restauration.

 La bours e dès la 1re année

Augmenter les frais d’inscription peut-être seulement à une condition : accorder la bourse à tous les étudiants dès la 1re année. C’est du reste l’idée soutenue par certaines personnes avisées telles que le professeur Magloire Somé sur les conditions de vie et d’études des étudiants. La question de la bourse aux étudiants est revenue à plusieurs reprises dans les discussions. Majoritairement, des gens ont souhaité qu’elle soit accordée à tous les étudiants à partir de la 1re année. Mais est-ce réaliste ? Ont-ils évalué le coût d’une telle décision ? Des questions que le ministre Moussa Ouattara et bien d’autres personnes se sont posées. Pour le ministre Ouattara il ne sera pas intéressant de prendre des décisions dont l’application sera difficile voire impossible. Le professeur Laya Sawadogo, ancien ministre de l’enseignement supérieur trouve que « c’est une illusion de croire qu’on peut accorder la bourse à tous les étudiants. » Au niveau de l’ANEB, la solution est très simple  : « il faut instituer un impôt sur la fortune qui permettra de trouver des fonds pour donner la bourse aux étudiants » Pour le professeur Badini, si le problème se pose c’est peut-être « jusqu’à présent l’Etat n’a pas évalué la coût d’un étudiant » pour savoir ainsi comment prendre le taureau par les cornes.

La commission recherche a préconisé l’octroi « des bourses à tous les étudiants inscrits au 3e cycle (avec le LMD, le 3e cycle c’est à partir du doctorat) » Une idée partagée par un bon nombre de participants. « Tous les étudiants doctorants doivent bénéficier systématiquement de la bourse » disent-ils. Pour l’ANEB, « la bourse doit être systématique et conséquente. Il ne s’agit pas de donner des perdiems pour ce faire » « On ne peut pas vouloir une chose et son contraire : si on veut construire des universités dans toutes les régions il faut accompagner les doctorants » soutiennent d’autres intervenants

Un moratoire ?

La commission gouvernance universitaire avait pour tâche de proposer des solutions à la question de la gouvernance. Un point difficile parce que très sensible diront les commissionnaires. Pour résoudre considérablement les problèmes à ce niveau, il a été proposé un moratoire. Il s’agit de faire un pacte entre les différents protagonistes à respecter certaines règles de bonne conduite. Mais il faut dire que le mot ‘’moratoire’’ est venu maintes fois dans les débats en plénière (et même au sein d’autres commissions) mais n’a pas fait consensus. Pour l’UGEB, le moratoire est « une manière de museler les libertés d’expression et d’association » au sein des universités. D’ailleurs poursuit-elle, « si on résoud les problèmes, il n’y a pas lieu de parler de moratoire. Celui-ci va s’imposer de lui-même » D’autres associations estudiantines par contre, comme l’UNEF, le MEFA, se disent favorables à l’institution du moratoire. Pour l’UNEF, « il est indispensable » pour la sécurité des étudiants et des enseignants sur les campus. Cette association trouve que « certains se comportent comme des bouchers sur le campus et l’autorité assiste de manière impuissante. » Le cas illustratif a été le « conflit » au sein du CODE de l’Université de Koudougou en avril 2012. Appelant au respect scrupuleux des franchises universitaires l’UNEF a demandé de « supprimer purement et simplement les piquets de grève » Un point qui a fait débat au sein de la commission sans consensus. Là-dessus, l’UGEB a été intransigeante : « il n’est pas question qu’on supprime les piquets de grève ».

Les débats étaient démocratiques mais ont laissé beaucoup de points divergents. Et « si on ne fait pas attention, ces états généraux seront le point de départ d’autres problèmes » a laissé entendre Mahamadou Fayama. Mais le ministre Moussa Ouattara a fait un vœu : « personnellement, je souhaite donner aux universités leurs lettres de noblesse avant d’aller à la retraite »

Basidou KINDA


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