SEMICA 2013 : Ces richesses minières dont nous ne profitons pas

Publié le mardi 2 juillet 2013

Les sites miniers et de carrières foisonnent dans notre pays. Les multinationales étrangères se ruent sur eux et y font des affaires. Le Salon International de l’Energie, des Mines et des Carrières (SEMICA) a ouvert ses portes le jeudi 23 mai 2013 au SIAO. L’objectif visé par la tenue de ce salon c’est d’offrir un cadre d’échanges aux entreprises minières, d’énergies et de carrières mais aussi aux entreprises de fourniture de divers biens et services.

Selon les données, en 2008 notre pays a produit plus de 5,4 tonnes d’or, et en 2012, c’est 30, 2 tonnes qui ont été produits. En 2013, il est attendu 40 tonnes. Notre pays regorge de ressources dans son sous sol : l’or, le zinc, le manganèse, le cuivre, le granite font déjà l’objet d’exploitation et de nouvelles mines s’ouvrent (mine de Bissa le 17 janvier 2013). Selon les experts du domaine minier, des prospections font état d’indices d’autres matières précieuses tels que le diamant, l’uranium. Notre secteur minier présente donc un présent et un futur reluisant. Le thème du salon : « Investir en Afrique de l’Ouest : Harmonisation de la Règlementation minière dans l’Espace UEMOA », traduit l’engouement suscité par cette nouvelle donne

Les codes d’investissement des pays africains, du tiers monde en général sous le prétexte de booster les investissements locaux, profitent en grande partie aux richissimes investisseurs des pays développés. Les multinationales influencent toujours les législations et les politiques des Etats. Elles exigent de nos Etats, des garanties pour leurs investissements et pour la maximisation de leurs profits. Dans leur désir d’attirer des investisseurs étrangers, de nombreux Etats satisfont aux demandes des entreprises multinationales très souvent au détriment des intérêts de leurs propres populations.

Bon nombre de pays africains ont cru faire de l’exploitation de leurs ressources naturelles et minières, un instrument de développement économique. Ils ont vu leurs rêves s’envoler en fumée face à la rapacité des compagnies étrangères. Le cadre juridique dans lequel ont été négociés les contrats sur ces ressources naturelles sert principalement les intérêts de ces multinationales. Les burkinabè dans leur majorité souhaitent que l’Etat se penche sur la question du partage inéquitable de ce patrimoine que sont les mines et carrières afin que leurs conditions de vie soient améliorées. L’étude menée par l’ONG ORCADE sur l’emploi dans les projets miniers montre dans l’ensemble que les deux sociétés constituant l’échantillonnage (Kalsaka mining et Essakane SA) respectent leurs engagements en matière d’emplois des nationaux. Toutefois, les chiffres qui ont permis de réaliser l’étude ont été fournis par ces deux sociétés. Ces sociétés n’ont jamais voulu rencontrer ces acteurs de la société civile burkinabè. Il a fallu l’intervention de la Banque mondiale pour que ces sociétés acceptent de communiquer les chiffres à cette ONG. Le comble, aucune structure étatique n’a été capable de renseigner l’ONG sur l’objet de son étude. Ce qui veut dire que l’Etat n’a aucun moyen de contrôle des chiffres ainsi communiqués. Selon ces chiffres, les mines ont engendré 5 715 emplois directs en fin 2012 ; 11 181 travailleurs nationaux et expatriés compris déclarés à la date du 31 décembre 2012, dont 10 840 Burkinabé à la Caisse nationale de sécurité sociale. L’étude n’a pas omis de souligner la persistance des tensions entre les jeunes des sites miniers sans qualification, accusant les sociétés de « recrutement importé ». Par analogie, on peut penser que nos autorités n’ont pas le contrôle des quantités de minerais exportées. 

Le lobbying des multinationales auprès des institutions est très intense. Non seulement elles se regroupent dans des organismes de pression, mais elles assurent, dans chaque secteur, la présence de lobbyistes chargés des contacts avec les parlements et assistés par des juristes et d’autres experts capables de préparer des législations qui protègent leurs intérêts. Une pratique qui existe depuis longtemps à Washington auprès du Congrès des Etats-Unis s’est répandue à Bruxelles (Union européenne), à Bangkok (ASEAN), à Montevideo (Mercosur). Pour certains politologues, la Banque mondiale, le FMI, et l’OMC ont, depuis le « Consensus de Washington » des années 1970, été orientés vers le service d’une économie néolibérale, qui convient parfaitement aux intérêts des multinationales.

Nos institutions économiques sous-régionales telles que l’UEMOA, la CEDEAO, la CEMAC… devraient se pencher sur l’élaboration d’un code minier qui prennent davantage en compte les intérêts des pays africains. Ce code doit comprendre notamment un transfert de technologie obligatoire. Au 19e siècle, les Etats-Unis avaient adopté les technologies de l’Angleterre, sans problème. Au 20e siècle, le Japon a copié les technologies occidentales. Au 21e siècle, on empêche les pays en développement par le truchement des brevets de faire de même et l’on permet aux multinationales, dont la majorité se trouve au Nord, de s’emparer d’un savoir préexistant. Selon le PNUD, « un savoir multiséculaire est silencieusement dérobé aux pays en développement. » Ce qu’attendent les Burkinabè, ce n’est pas que leur pays soit déclaré « pays conforme » par l’ITIE. Ils veulent qu’on leur dise comment sont dépensées dans leurs moindres détails les maigres royalties qui sont concédées à nos Etats par les sociétés minières.

 Hamidou TRAORE 


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