La Folle qui écrit depuis le Canada !

Publié le mardi 2 juillet 2013

J’ai ri à me rouler par terre en recevant en avril un message d’un lecteur fidèle de Ouaga dans lequel il appréciait ma chronique. Dans son second envoi, il m’apprenait alors qu’il me lisait depuis 2009 dans un autre quotidien de la place et que la première fois, lorsqu’il était tombé sur un vieux numéro dans lequel j’avais signé, après l’avoir lu, il a appelé ses amis pour leur dire qu’il y a une folle qui écrit depuis le Canada et qu’il fallait absolument qu’ils me lisent.

J’ai beaucoup ri parce que je pouvais voir en le lisant combien de gants de velours il avait dû enfiler pour pouvoir me dire ça en insistant que je ne me fâchasse pas (eh Subjonctif imparfait va tuer les gens) et s’excusant tout autant de son audace.

Je lui ai alors répliqué après mon fou rire de ne pas s’en faire et que si cela pouvait le rassurer, qu’il sache qu’il n’était pas le seul à me nommer ainsi et que c’est comme ça que m’appelle mon redachef.

‘’Gienga’’ (car il préfère le dire en mooré) auquel je réponds toujours que seuls les ‘’giemsé’’ se connaissent et se reconnaissent entre eux.

Donc, qu’il se calme car si c’est histoire de ma folie-là, tout le monde est au courant, moi la première.

Et en fait quand vous-même savez déjà que vous êtes fou, y a plus de problème. Le problème survient quand les autres doivent vous le dire. Ou bien ?

Donc, ‘’la folle qui écrit depuis le Canada’’ voudrait remercier ce lecteur et tous les autres qui me lisent et m’écrivent`. Je mets un point d’honneur à répondre immédiatement à tous les courriels que je reçois. Alors, continuez à m’en envoyer. Je les apprécie beaucoup et vous remercie tous de vos encouragements et bénédictions car ces messages se terminent toujours ainsi.

Donc, tous ceux qui me connaissent savent que je suis folle car je fais des choses vraiment folles comme organiser étant étudiante en 1996 un colloque international sur le développement de l’Afrique avec des invités prestigieux comme Ambroise Kom, Fabien Eboussi Boulaga, Célestin Monga en payant tous les frais avec ma bourse. Le gouvernement canadien y a pleinement participé par le biais de l’ACDI et des ministères et agences intervenant en Afrique. Ce fut un si vif succès que certains invités impressionnés et plus curieux ont posé après la question qui tue : ‘’Mais qui a organisé tout ça ?’’

Mon second acte mémorable de folie fut le premier Marché africain de la poésie à Ouaga en 2005 sans ressources extérieures autres que les miennes et faire tenir à Ottawa un colloque sur la littérature migrante en 2006 avec des écrivains migrants venus de quatre provinces canadiennes avec presque rien.

Les Canadiens ont découvert ma folie lorsque j’ai été récipiendaire du Prix Trillium de Poésie en 2004 pour mon second livre[1]. Nommée par la suite ‘’Personnalité de la semaine’’, ils apprenaient alors à travers leurs médias publics et privés[2]qu’une écrivaine immigrante venue du Burkina Faso avait remporté le prix littéraire le plus prestigieux de l’Ontario ; et qu’en plus, elle s’était permis de créer la première maison d’édition africaine francophone à Ottawa.

 Ottawa, une ville officiellement bilingue mais plus anglophone dans une province anglophone qu’est l’Ontario !

Ils se sont dit : « Y a rien à faire, elle est folle. »

Donc, mon frère, cool down.M mimè.Né y a lòwtchòw !

Mais comme je l’ai déjà dit, ma folie ne fait de mal à personne car c’est une folie de la création.

Peut-on vraiment faire quelque chose dans cette vie, dans cette ``Afrique-là`` sans être un peu fou ?

Écrire et publier des livres ou gérer un journal dans un pays et un continent où l’illettrisme frise un taux effrayant et décourageant et est encouragé par des gouvernements dictatoriaux parce que cela les arrange que leurs populations ne soient pas plus éclairés pour éviter la contestation et la revendication de leurs droits humains, n’est-ce pas de la pure folie ?

Un pays et un continent où des parlementaires analphabètes siègent dans les Assemblées nationales et votent des lois qu’ils ne peuvent même pas lire et n’y comprennent que dalle ?

Ma dernière folie est ce film tourné à Niamey. Je suis écrivaine et scénariste, pas actrice. Alors quand le réalisateur nigérien après avoir lu l’article de TiegoTiemtoré dans une revue féminine africaine très populaire lors de la parution de mon dernier livre[3]m’a invitée à participer à son film en y jouant un rôle, je me suis dit : « voilà encore un autre fou. »

J’avais beau lui expliquer que ce n’était pas mon métier (et que même si j’avais déjà fait du théâtre, étant étudiante, je n’étais plus jamais remontée sur des planches depuis 20 ans), rien à faire. Il voulait m’avoir sur son plateau et a fini par me convaincre que je l’aiderai dans le scénario et la co-réalisation. J’hésite beaucoup mais comme je suis folle, je finis par accepter et je débarque à Niamey. Erreur de ``Gaoua``. C’est là que je découvre que je dois jouer le rôle d’une inspectrice des impôts incorruptible. Je n’avais ni le scénario ni ne connaissait mes répliques. La veille du tournage, je suis malade toute la nuit. Le matin du tournage, j’avais un aspect tellement ‘’épeurant[4]’’ que lui-même, inquiet, me demande si je pourrais jouer et si on ne va pas reporter. Je dis non. Allons-y.

Le Droit chemin est dans les bacs.

La prochaine chronique de ``la folle qui écrit depuis le Canada`` vous parviendra directement de la tombe de Rimbaud. Pour ceux qui ne sauraient pas qui c’est, c’est le poète qui a écrit : « Je est un Autre[5]. »

Aujourd’hui, en France, Paul Verlaine[6] et lui auraient pu se marier.

Je participe en effet à la dix-septième édition du festival de poésie de Namur en Belgique et dans mon programme de lectures, je lirai sur sa tombe dans son village natal de Charleville-Mézières à Marseille que nous rejoindrons par une croisière littéraire. Je n’ai jamais su si j’avais le mal de mer ou pas. Ce sera l’occasion d’être fixée.

Je n’ai pas le mal de l’air mais le mal de terre, oui.

Comme quoi…

La folle qui écrit depuis le Canada vous remercie infiniment.

Angèle Bassolé, Ph.D.

Écrivaine et Éditrice,

Ottawa, Ontario.

Angelebassole@gmail.com


[1]Avec tes mots, Ottawa-Ouagadougou, Malaïka-Sankofa, 2004,

[2]Télés, Radios, Journaux : un vrai marathon débuté à la radio de Radio canada à leur émission matinale de 6h, suivi de la télé à midi et la ‘’une’’ dans le quotidien francophone Le Droit.

[3]Yennenga, Poésie, Ottawa, L’Interligne, 60 p.

[4]Effrayant en parler québécois.

[5]Arthur Rimbaud, « Je est un autre », Lettre à Paul Demeny, Lettre du Voyant, 15 mai 1871.

[6]C’est l’auteur du poème : « Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville » que tous les écoliers de notre temps ont eu à réciter et qu’il dédie à Rimbaud. Paul Verlaine, Romances sans paroles, 1874.

 


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