Danse contemporaine:Serge Somé séduit le public d’Aix-en-Provence

Publié le mardi 2 juillet 2013

Eté chaud en France. Dans les régions sud, le thermomètre monte au-delà des 30° C. On se croirait à Ouaga. Rien de tel pour donner la pêche au jeune danseur Serge Somé de l’écurie Irène Tassembedo qui se retrouve là, à une trentaine de kilomètre de Marseille. Le spectacle est prévu pour 19h locale. Déjà à 18heures sonnantes, le public est là, présent. Personne ne veut se faire conter l’événement. Comme le spectacle est gratuit grâce au Ballet Preljocaj, à la fondation Total et à l’Institut français du Burkina, il faut être bien positionné pour ne pas se voir la porte fermer au nez. A l’heure dite, la salle du Pavillon noird’Aix, est plutôt blanche… de monde. Aucune place n’est épargnée par les connaisseurs, amoureux vrais et curieux d’un soir d’été. Soudain la scène s’anime. Un tabouret dagara est bien visible. Serge entre en mouvement sous une lumière tamisée bleu ciel. Le rituel commence. D’un bout à l’autre, le danseur occupe l’espace. Il écrit par ses gestes et son corps, l’histoire de sa culture. Sublime ! Entre anthropologie et histoire, la frontière est faible.La rythmique suivra avec un agencement exceptionnel. Emprunts divers de l’Afrique des sons et des couleurs. Mouvements mesurés, chorégraphie bien dosée. 30 minutes de plaisir. Trente minutes pour dire ATONKOUN. Celui qui peut vaincre la mort. Le public séduit applaudi à tout rompre. Quelle classe ! En résidence de création à Aix depuis Avril 2013, Serge vient de prouver que la danse n’a pas de frontière. Virtuose du traditionnel, il a appris le contemporain avec Irène avant de venir ajouter un plus (redondance ?). Il prouve plutôt qu’il est possible de passer de la danse traditionnelle du village à celle contemporaine qui plait outre-Atlantique, même si elle peine à s’imposer en Afrique auprès du grand public. Tout est question de volonté. Cette volonté Serge Somé l’a. Natif de Bozo dans le Sud-ouest, Serge a d’abord exprimé ses talents au sein de la troupe du village lors des différentes compétions de la semaine nationale de la culture. C’est son talent qui le fera découvrir par la patronne du Ballet National du Burkina de l’époque, Irène Tassembedo. En 1998, il intègre sans faute ce regroupement d’artistes, puisés dans différentes régions du Burkina Faso. Très vite il expose son savoir-faire et explose sur les scènes du Faso et de l’étranger. On se souvient encore de lui dans Carmen, aux côtés d’une Djata Ilebou explosive. Serge Somé sous l’égide de sa chorégraphe de l’école de Danse Internationale du quartier Cissin à Ouaga, a participé à de nombreuses créations afro-contemporaines, Allah Garibou, Zalissa, pour ne citer que les plus récentes. Cette fois-ci, en solo, il a voulu montrer les funérailles dagara pendant lesquelles, l’âme et le corps du défunt trônent auprès des siens, pendant que les vivants préparent sa transition, au rythme de la musique, des rites et des paroles, vers le royaume des ancêtres. Ayant vu à l’œuvre plusieurs fois son père dans la préparation de ce rituel, il a su le traduire autrement, dans un langage corporel, pour un public distant du terroir Dagara. C’est tout à son honneur. Ce soir-là, après la séance de questions à l’artiste, le public aixois a traîné les pieds avant de prendre la porte, preuve que le plat servi était exquis. Bon vent l’artiste !

Ludovic O KIBORA


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