Amélie, la première DG de la Lonab

Publié le lundi 1er juillet 2013

Depuis deux ans c’est Amélie Tamboura qui préside aux destinées de la nationale des jeux de hasard. Une gouvernance qui s’en ressent positivement, à ce que l’on dit. Au tout début, les choses n’ont pas été faciles mais elle a su faire son trou et tenir ses ouailles. Les résultats sont aussi au rendez vous. En 2012 elle a fait évoluer le résultat de la boîte à plus de 64 milliards alors qu’à son arrivée, ce chiffre peinait à atteindre 54 milliards. 10 milliards de francs cfa de plus en un an d’exercice, ça ne manquera pas de faire des jaloux à la prochaine session de l’assemblée générale des sociétés d’Etat. La Lonab peut donc avec un résultat semblable donner tout son sens à son slogan : « les gains aux heureux gagnants et les bénéfices à la nation entière ». Si vous ne le saviez pas, chaque jour, la Lonab fait au moins trois millionnaires au Burkina. Pour sortir de la pauvreté ce n’est pas la SCADD qu’il faut faire, il faut simplement multiplier « les Lonab ». Mauvaise langue vous dites ? Lisez plutôt

 


Amélie Tamboura, DG de la LONAB

Evé : 17 juin 2011- 17 juin 2013, dans quel état avez-vous trouvé la boîte dont vous avez la charge aujourd’hui ?

 

A.T : Au moment où je prenais les rênes de la société, la plupart des indicateurs étaient au vert : le chiffre d’affaires était en constante progression, le résultat net était appréciable.

 

Dans un premier temps il fallait consolider tous ces acquis et surtout les renforcer. Pour ce faire, il fallait passer par un diagnostic de l’entreprise. Ce qui nous a permis de relever les forces et les faiblesses, de corriger les erreurs et de donner une nouvelle orientation pour une LONAB encore plus prospère.

 

Quelle a été votre lettre de mission à votre arrivée ? Et qu’est-ce qui a changé depuis lors ? (relance)

En me confiant la lourde responsabilité de gérer la LONAB, j’avais pour mission de renforcer et de développer les performances de la société.

Comme vous le savez, chaque responsable a ses méthodes de gestion et pour ma part, je me suis fixée comme objectif d’obtenir rapidement des résultats tangibles.

Pour atteindre cet objectif, il a fallu procéder à une réorganisation de la société pour mener à bien les différents chantiers que nous avons identifiés ensemble.

 

Votre style managérial, c’est quoi ?

 

Pour atteindre l’objectif que je me suis fixée à mon arrivée, à savoir obtenir rapidement des résultats tangibles, j’ai opté pour un management participatif, guidée en cela par l’existence des cadres de concertation et d’analyse de la stratégie globale de la société au sein de la société.

 

Ces canaux ont été utilisés pour, entre autres, impliquer davantage le personnel dans le processus de prise de décision et créer des conditions de travail favorables en développant une véritable collaboration au sein de l’équipe.

 

Ce type de management est très bénéfique pour la société, dans la mesure où elle fait naître au sein du personnel, un sentiment d’appartenance à un groupe. Les agents deviennent alors des acteurs très motivés, très productifs.

En ayant la même approche avec notre force de vente et notre clientèle, nous avons opté pour l’écoute et le dialogue permanent et constructif.

 

Vous êtes une femme, est-ce que la tâche vous est facile, compte tenu des stéréotypes sur le genre ?

 

Connaissant le rôle et la place de la femme dans la culture africaine, vous conviendrez avec moi que la réponse à cette question est non. Lorsqu’on confie une responsabilité quelle qu’elle soit à une femme, elle a toujours au moins un défi de plus à relever.

 

La tâche n’est jamais aisée surtout qu’il faut se faire accepter comme la première responsable de la structure ou de l’institution dont vous avez la charge. 

 

En ce qui me concerne, je suis la première femme à diriger la LONAB depuis sa création. Dès mon arrivée, j’ai expliqué aux agents que j’avais besoin de leur soutien pour accomplir efficacement la mission qui m’a été confiée. J’ai été souvent amenée à prendre des décisions importantes et j’ai toujours assumé mes responsabilités.

 

Il est important de relever que j’ai eu la chance de trouver au sein de la société des hommes et des femmes qui ont vu en moi non pas une femme à la tête de la société mais tout simplement un premier responsable à même d’imprimer aussi sa marque à l’édification d’une LONAB toujours prospère.

 

La LONAB est une grosse boîte, quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans la gestion de cette boîte au quotidien ?

Les difficultés qu’on rencontre à la LONAB sont celles qu’on rencontre dans toute société. Chaque jour vous devez faire face aux problèmes qui se posent et qui sont de tous ordres :

  • Au niveau de l’exploitation, faire face aux problèmes techniques qui interviennent sur les serveurs, les terminaux, les groupes électrogènes et j’en passe ;
  • Au niveau administratif : veiller au bon fonctionnement des services en évitant les ruptures, etc.
  • Au niveau de la clientèle : répondre à leurs attentes.

 

Vous êtes une structure à caractère stratégique, quelle est la contribution de la LONAB dans l’économie nationale ?

 

La contribution de la LONAB dans l’économie nationale est bien visible. En tant qu’entreprise, elle contribue au budget de l’Etat en versant régulièrement les dividendes, les impôts et taxes. En plus des emplois directs qu’elle crée, la LONAB contribue à la création de nombreux emplois indirects liés aux activités connexes.

 

Par ailleurs, certains gagnants de gros lots deviennent à leur tour des promoteurs d’entreprise et contribuent ainsi au développement de l’économie nationale.

 

Enfin, dans le cadre de l’exécution de sa mission, la LONAB accompagne l’État dans la mise en œuvre de sa politique de croissance économique visant la réduction significative de la pauvreté. Les bénéfices qu’elle génère lui permettent la réalisation de nombreuses infrastructures dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’assainissement, de l’eau, du sport, la contribution aux grandes manifestations nationales (FESPACO, SIAO, SNC, JNP, SITHO, etc.)

 

 

Qu’est-ce que la LONAB en termes chiffrés ? Le chiffre d’affaires

 

En terme de chiffres d’affaires la LONAB a réalisé en 2012, un chiffre d’affaires global de plus de 64 milliards de francs CFA (64.775.080.903 F CFA) contre près de 53 milliards de francs CFA (52 858 868 738 F CFA) en 2011, soit un taux de progression de 22.78 %.

 

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La LONAB a fait plus de trois (3) millionnaires par jour.

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Mais la LONAB en termes chiffrés durant l’année 2012 c’est aussi :

Sur les courses hippiques

  • 5 960 courses exploitées ;
  • 650 426 gagnants ayant empoché plus de 33 000 000 000 de F CFA ;
  • 46 personnes ayant encaissé des gains compris entre 10 000 000 et 80 800 000 F CFA.

Sur la tombola minute

  • 96 gagnants du gros lot de 3 000 000 de F CFA.

Ainsi, en 2012, on dénombre 1 156 millionnaires au PMU’B et 96 gagnants de 3 000 000 de F CFA pour la TMP. Tous produits confondus, la LONAB a fait plus de trois (3) millionnaires par jour.

 

Et le cas de votre GRH dont on dit qu’il n’a pas le profil requis …

 

Je n’ai pas bien perçu l’intérêt et le sens de cette question. Si ces personnes veulent relever que celui qui occupe actuellement le poste de directeur des ressources humaines n’a pas un diplôme en gestion des ressources humaines (GRH), je répondrai par l’affirmative.

 

Toutefois, il convient de rappeler ce n’est pas la première fois que l’intéressé assume ces fonctions.

 

Je comprends qu’en raison du caractère sensible de ce poste parce que touchant aux intérêts directs des travailleurs, cela puisse susciter des interrogations. Je voudrais rassurer les uns et les autres que la direction générale fait du facteur humain la clé de sa réussite. Elle se dotera donc de tous les moyens nécessaires à l’atteinte de cet objectif.

 

Comment se porte votre collaboration avec les partenaires externes (les associations des gérants de club PMU, des guichetières des espaces course en direct (ECD) ? (On dit de vous que vous avez rompu le contrat des gérants des espaces course en direct trois (3) mois avant terme, qu’est ce qui a motivé cette décision)

 

Nous entretenons une parfaite collaboration avec nos partenaires externes notamment les gérants des clubs PMU’B, les guichetières des espaces courses en direct (ECD) et les agents de vente privés (AVP) pour les tickets à gratter.

 

Cette collaboration se traduit par des rencontres d’échanges et par leur implication dans la prise de décisions dans les aspects qui les concernent. La LONAB a mis en chantier de grands projets pour lesquels la contribution de nos partenaires est sollicitée. J’en veux pour preuve, les rencontres d’information, de sensibilisation et de formation initiées à leur profit sur la démarche qualité et sur le renouvellement de notre parc de terminaux. 

Ensemble, nous avons fait de la satisfaction de notre clientèle notre cheval de bataille.

En ce qui concerne la rupture des contrats des gérants des ECD avant terme, cela a été rendu nécessaire du fait qu’une étude beaucoup plus approfondie devait être menée.

 

A combien se chiffrent les dons sociaux de la LONAB

 

Avant de parler chiffres, je voudrais juste rappeler que la LONAB a pour mission d’appuyer l’Etat dans ses efforts de développement économique et social. A cet effet, elle intervient dans tous les secteurs d’activité par la réalisation d’infrastructures ou la contribution à des événements nationaux.

Chaque année, la LONAB dépense environ un milliard de FCFA dans le cadre de sa mission.

 

Vous avez signé un contrat d’achat de vivres avec la SONAGESS. Qu’est ce qui a inspiré cela ? Quelles sont ses implications en termes de coût pour la LONAB ? Quels en ont été les bénéficiaires ?

 

Effectivement, nous avons signé un contrat d’achat de vivres avec la Société Nationale de Gestion des Stocks de Sécurité alimentaire (SONAGESS). La LONAB a débloqué deux cent cinquante millions (250.000.000) de F CFA pour soulager les populations des régions qui ont été fortement touchées par la crise alimentaire qu’a connue notre pays suite à la mauvaise campagne agricole 2011-2012. Ce don était composé de 25.000 sacs de 50 kg de maïs.

 

Il faut rappeler que ce don est la réponse à l’appel à la solidarité nationale lancé par le gouvernement en vue de faire face à la crise alimentaire. C’est ce qui a justifié notre intervention. Et comme nous avons signalé plus haut, les bénéficiaires ont été les personnes touchées par la crise alimentaire.

 

Pour la mise en œuvre de cette opération, la LONAB a suivi les recommandations du cadre de concertation des sociétés d’Etat, mis en place par le ministère en charge du commerce, et qui encourage le partenariat entre ces sociétés.

Un rapport a été produit et indique les bénéficiaires qui ne sont autres que les populations des zones touchées.

 

Venons-en aux conditions de travail de vos collaborateurs : quelle innovation ?

 

La clé de réussite de ma mission c’est le facteur humain. C’est pour ce faire que les premières actions qui ont été entreprises dès ma prise de fonction étaient relatives aux conditions de travail du personnel :

  • les préoccupations récurrentes du personnel : la régularisation de certaines situations administratives a pu favoriser un climat propice au travail et la résolution des autres problèmes est envisagée avec sérénité ;
  • les moyens matériels : la mise en œuvre du plan de renouvellement ou de dotation en matériels en cours d’exécution à améliorer les conditions de travail d’une partie du personnel ;
  • la motivation du personnel : lentement mais sûrement, des initiatives sont développées en concertation avec les partenaires sociaux pour motiver le personnel. Certaines ont déjà été accordées par le conseil d’administration. 

En optant de renforcer au plus fort la stabilité de notre société, nous nous donnons les moyens de créer un environnement sain, crédible et fiable à même de doter la LONAB de meilleures perspectives de développement.

 

Quels sont les nouveaux produits de la LONAB ? Est-ce que le Jack pot est mort ?

 

La LONAB commercialise essentiellement deux gammes de produits. Il s’agit d’une part des paris hippiques composés du Pari Mutuel Urbain Burkinabè (PMU’B) et des Espaces Courses en Direct (ECD) et d’autre part,des Instantanés ou produits à grattage qui se composent de la Tombola Minute Plus (TMP), de la Tranche Commune Entente (TCE) et de Télé-Fortune, le dernier né des produits qui est sur le marché depuis le 16 mars 2013.

Le Jackpot TV n’est plus dans notre portefeuille de produits depuis le 31 décembre 2011. Chaque produit a son cycle de vie et le Jackpot TV était au terme du sien.

Le marché des jeux de hasard est très évolutif et les désidératas de la clientèle souvent changeants. Aussi la LONAB doit être au plus près des attentes de sa clientèle pour y répondre au mieux et à temps.

Avec l’arrivée de Télé-Fortune sur le marché, la LONAB offre plus de chance à sa clientèle. Pour l’année 2013, nous avons en projet de développer de nouveaux jeux pour rendre notre marché beaucoup plus vivant.

 

Du nouveau produit, qu’en est-il exactement ? Si ce produit va de 2 millions à 20 alors que le jack pot allait jusqu’à 150 millions, n’est-ce pas un recul, ou une chute ?

 

Télé-Fortune, le nouveau jeu de la LONAB est dans la gamme des instantanés. C’est un jeu qui se déroule en deux phases : Une première phase de grattage et une seconde phase télévisée. La première phase donne droit à de nombreux lots intermédiaires allant de 300 à 100.000 F CFA. Vous achetez votre ticket Télé-Fortune et vous grattez, si vous découvrez trois montants identiques, vous gagnez une fois ce montant. Si vous découvrez trois « canaris », vous passez à la télévision pour tourner la roue. Vous pouvez gagner un lot compris entre 2.000.000 et 20.000.000 F CFA.

Sur le plateau de la télévision, vous avez droit à quatre tirages (tournage de la roue). A chaque tournage, la roue doit impérativement faire trois tours complets et les trois voyants doivent s’allumer pour que le tirage soit validé. Les gains cumulés des quatre (04) tournages validés constituent le montant final gagné par le joueur.

Ce n’est qu’un rappel que je fais puisque le produit est désormais bien connu du public et le principe du jeu mieux maîtrisé.

Pour ce qui est de la cagnotte de Télé-Fortune, 20.000.000 et celle du Jackpot TV qui s’élevait à 150.000.000, nous pouvons dire que chaque produit a ses spécificités. 

Les principes des jeux du Jackpot TV et de Télé-Fortune présentent des similitudes : première phase gratter et deuxième phase tourner la roue. Après ça, c’est la philosophie même qui sous-tend le jeu qui change : un super gros lot pour le Jackpot et des lots moins importants mais attrayants pour Télé Fortune.

Vous voyez donc qu’il ne s’agit pas d’un recul (chute) mais plutôt d’une volonté de répondre toujours aux exigences de notre clientèle que nous plaçons au centre de notre action.

Si demain la clientèle souhaite des supers gros lots, la LONAB proposera un jeu dans ce sens.

En attendant, Télé Fortune fait le bonheur de notre clientèle. Du 16 mars au 24 mai 2013, soit dix (10) semaines après son lancement, Télé Fortune a fait au total 10 millionnaires qui ont empoché des gains allant de 3 000 000 de F CFA à 11 500 000 F CA pour une somme totale de 77 500 000 F CFA.

 

Mme la directrice, comment avez-vous géré le rapport 2009 de la cour des comptes qui a révélé des irrégularités en matière de gestion comptable ?

 

Dans la continuité. Vous savez, lorsque la cour des comptes a effectué un contrôle au sein de n’importe quelle structure et qu’elle relève des irrégularités, elle fait des recommandations pour les corriger.

En ce qui concerne la LONAB, les quinze (15) recommandations contenues dans le rapport 2009 ont toutes été exécutées et un rapport sur leur état d’exécution a été transmis à la cour des comptes.

La mise en œuvre de ces recommandations, il faut le reconnaître, a contribué à améliorer la gestion de la société.

Itw, WB


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