SOTRACO SA : QUAND LA GALERE D’UNE SOCIETE CAUSE LE CALVAIRE DES USAGERS

Publié le lundi 1er juillet 2013

Emprunter un bus de la Société de Transport en Commun de Ouagadougou (SOTRACO) pour se déplacer, c’est choisir le calvaire. La modicité des moyens de la société consacre une contre-performance dans sa mission de service public. Pendant qu’ailleurs, en raison de ses nombreux avantages surtout sur le plan environnemental, ce secteur bénéficie de mesures particulières visant son essor, au Faso il périclite.

 « Moi c’est le bus n°3 que j’ai attendu ce lundi de 19h 30 à 21h 15mn à la Place Naaba Koom. Comme ça ne venait pas je suis parti. Et très fréquemment, je patiente près d’une heure trente (1h 30) à deux heures (2h) sur diverses lignes. C’est très fréquent ». « Je parcours plusieurs kilomètres à pieds avant d’atteindre un arrêt de bus. Maintes fois c’est quand je suis presqu’arrivé à l’arrêt que j’aperçois le bus qui est en train de partir malgré les efforts que je fais pour venir tôt. Le problème c’est qu’il n’y a pas d’horaire précis de passage des bus. C’est par chance qu’on arrive à avoir un bus en moins d’une heure. Ainsi, plusieurs fois je rate mon cours de la première heure. Ce qui est fréquent, c’est qu’on met au moins une heure trente à deux heures avant d’avoir un bus ». « Moi j’habite à Tampouy, et je dois emprunter deux bus pour me rendre à l’université. A cause de la rareté des bus, je suis presque toujours en retard voire absent au cours. Quand je dois avoir cours jusqu’à 21h je suis obligé de quitter l’amphi à partir de 18h30mn pour espérer rentrer tôt à la maison ». « Plusieurs fois j’ai abandonné des rendez-vous parce que le bus ne venait pas ». « Une fois j’ai emprunté le bus n° 4, un vieux bus qui roulait péniblement et le chauffeur était obligé de nous laisser tous à un arrêt pour aller garer. Ce qui n’est pas normal car le chauffeur a une obligation de résultat. On n’a pu rien dire car il n’y était pour rien. Ce sont les responsables de la SOTRACO qu’il faut accuser. Ils sont incompétents ». Ce sont là quelques propos traduisant les avatars des usagers de la SOTRACO que nous avons pu recueillir. Les étudiants et les élèves constituent la majorité des clients de la société. Par conséquent, ils sont les premiers à souffrir le martyr du flegme de ses services. Ce vendredi 14 juin un tour au siège social de ladite société nous permet de voir une vingtaine de bus immobilisés pour cause de panne. Des personnes ressources du secteur avec qui nous nous sommes entretenus excipent trois causes obstruant l’essor de la SOTRACO. D’abord le texte juridique régissant le fonctionnement de l’entreprise est jugé inapproprié, ensuite la carence de ressource financière, enfin le manque de volonté politique.

 Pour ce qui concerne le premier point, notre interlocuteur nous explique que le statut de société anonyme de la SOTRACO est inadapté à son domaine d’intervention qui est le social. Pour lui, c’est une lacune à corriger. Il n’a pas voulu être prolixe sur la question, arguant que les autorités gouvernementales sont à l’œuvre pour la rédaction de nouveaux textes. Sur le plan financier, une source sur place nous apprend que la SOTRACO bénéficie de seulement 500 millions comme subvention de la part de l’Etat. Et pire, les diverses taxes et autres charges auxquelles la société est assujettie viennent engloutir cette subvention. « L’avenir appartient au transport en commun, et il faut mettre les moyens pour développer ce secteur » clame la source. Notons que dans la sous-région, en Côte d’Ivoire la subvention étatique du transport en commun est passée de deux milliards à 28 milliards de nos jours. Un peu plus loin, le Cameroun consacre environ dix milliards pour développer le secteur. Selon notre interlocuteur, la SOTRACO a besoin véritablement d’un plan Marshall pour sa performance. Il poursuit en laissant entendre que les technologies pour moderniser et rendre plus alléchants les services de la SOTRACO sont là. Il ne manque que la volonté politique.

 Le transport collectif a divers avantages

 L’argument en faveur des transports collectif est inévitablement leur caractère moins polluant. Fait marquant, le taux de concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère a dépassé jeudi 9 mai le seuil symbolique des 400 ppm (parties par million) selon l’Agence américaine océanique (NOAA). Inégalé depuis plusieurs millions d’année, ce niveau est le signe d’un réchauffement inquiétant. Cette pollution à outrance de l’environnement a comme principaux acteurs les industries et les moyens de transports à moteur. Dans notre capitale où les motos et les voitures occupent une place de choix, il va sans dire que le moindre mal est l’usage et la promotion des moyens de transport collectif afin de réduire le rejet du CO2 dans l’atmosphère.

Depuis un certain temps notre pays a eu la triste réputation d’être un pays accidentogène. Et les spécialistes s’accordent pour dire que les moyens de transport collectif réduit grandement le taux d’accident.

 Selon des spécialistes de la santé, utiliser la voiture favorise le risque d’obésité et de maladies cardio-vasculaires. Les transports collectifs sont un moyen pour rester actif et contrer les effets pervers de la sédentarité. Autre chose : se laisser conduire dans les transports en commun libère notre attention et on peut en profiter pour lire, étudier, roupiller ou même faire des rencontres surprenantes. Le transport en commun résout le problème de congestion, augmente le pouvoir d’achat des populations. Les propriétaires de voiture et de motos dépensent une importante partie de leur revenu pour l’entretien de leur engin. Assurer le carburant est un véritable casse-tête pour nombres de burkinabè. Il augmente également le rendement des étudiants et des élèves. C’est aussi le moyen le mieux indiqué à la portée des personnes à revenu moyen. Espérons que l’Etat burkinabè s’investira à développer la SOTRACO pour le bonheur des Ouagalais. 

 Hamidou TRAORE


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