A propos de Gassé Galo : Le commentaire de Bruno Jaffré

Publié le lundi 1er juillet 2013

Yacouba Traoré, journaliste de télévision a ressenti le besoin d’écrire... Il nous livre cet ouvrage, rempli d’anecdotes sur sa vie de journaliste. Il faut dire qu’il a traversé bien des périodes mouvementées. Deux ans de révolution, l’assassinat de Thomas Sankara, la rectification, "la démocratie".

Comme de nombreux journalistes il apparaît assez fier de son métier, se délectant de nous raconter quelques ficelles du métier pour traiter un sujet en gardant l’attention du téléspectateur.

Bien sûr nous attendons de lui autre chose. Cette partie occupe un bon tiers du livre. Nous nous voulons savoir comment un journaliste comme lui, à un tel niveau, a-t-il vécu ces évènements historiques qui ont marqué l’histoire du Burkina ?

Force est de reconnaitre que pour l’essentiel nous restons sur notre faim. On trouve bien quelques passages intéressants, comme par exemple un incident lors de la semaine de la culture à Gaoua où s’affronteront des leaders de la révolution sur le fait de savoir s’il faut délivrer un prix ou pas à la meilleure troupe de danse. Sa conclusion c’est qu’il en tire une haine farouche contre les intellectuels révolutionnaires qui s’affrontaient à la tête du pouvoir. On aurait aimé quelques noms car beaucoup d’entre eux ont rejoint rapidement Blaise Compaoré, par conviction ou par peur ! Et c’est bien eux qu’il a servi en restant à la télévision non ?

Il nous fait part un peu plus loin de sa tristesse à la mort de Thomas Sankara, comme l’ont ressentie sans doute nombre de burkinabè de l’époque. Nous aimerions qu’il nous en raconte un peu plus alors, sur les états d’âme des journalistes. Car tout de même ! On avait tué l’un d’entre eux, Bamouni Paulin. Ignoraient-ils donc comment étaient traités, ceux qui n’avaient pas renié leurs opinions et qui n’avaient pas pu fuir. La période fut particulièrement violente, comme on le sait.

D’ailleurs Yacouba Traoré est envoyé en reportage à Koudougou. Il revient bredouille et n’a rien vu. Mais il est journaliste. Il a certainement appris ce qui s’était passé. Le massacre des officiers aux lance-flammes, les corps traînés par des jeep au marché ? Il aurait pu nous dire quelles informations a-t-il eu à ce moment là.

On apprend que Blaise Compaoré, dont il avoue qu’il a fini par l’admirer, n’appelle jamais directement les journalistes. S’il est resté si longtemps à cette place... c’est bien qu’il soutient le président ! Car chacun sait que cette télévision, même s’il faut reconnaître de gros progrès, et un professionnalisme accru reste un instrument de propagande.

Par contre Thomas Sankara appelait de temps en temps, du moins cite-t-il deux exemples. Une fois pour signifier à une speakerine qu’elle doit s’habiller en faso Dan Fani, le fameux habit issu de la culture traditionnelle, tissé localement à partir du coton local, une autre fois pour signifier qu’il ne faut pas à l’avenir montrer son épouse, Mariam Sanakra à la télévision, lorsqu’elle assiste à des réunions de l’UNICEF.

Nous avons noté le questionnement, à la fin du livre particulièrement pertinent. Tout au long de sa carrière, a-t-il informé ou a-t-il fait de la communication, se demande-t-il ? Ce questionnement nous apparaît comme un aveu... du moins nous le prenons comme tel. Car pour qui connaît le Burkina, les journalistes qui informent, qui vont à la recherche de sujets, qui font de reportages, de l’investigation, il y en a de plus en plus. La qualité de la presse s’en ressent et la concurrence est vive. Mais ils ne travaillent pas pour la télévision.

A-t-il voulu soulager sa conscience ? Dans ce cas, on attend le livre suivant. A-t-il voulu nous faire partager ses questionnements à la fin de sa carrière ? Il n’est pas jamais trop tard pour bien faire… mais rajoutons… peut mieux faire… beaucoup mieux… Il a certainement beaucoup à dire.

Pour le reste, reconnaissons que malgré toutes nos réserves, il faut saluer ce livre. C’est une première, à part quelques ouvrages de dirigeants de la révolution. Il y a une volonté d’être sincère, même si les limites sont vite atteintes. C’est mieux que de ne rien dire. Et puis c’est bien écrit, agréable à lire.

Mais tout de même, monsieur Yacouba Traoré, vous ne pouvez en rester là. Alors racontez- nous en un peu plus s’il vous plait. La soif de témoignage reste forte, pour nous qui aimons votre pays, mais aussi pour la jeunesse du Burkina à qui on a tenté de cacher un pan entier de son histoire. Votre responsabilité est grande en tant que journaliste. Alors allez plus loin, dites en plus. Beaucoup plus !

Bruno Jaffré

 

 


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