Sénat : Pardon tonton, doucement, faut pas forcer !

Publié le lundi 1er juillet 2013

Le sénat est l’objet d’une de ces querelles byzantines dont le pays n’a vraiment pas besoin. On a tellement de problèmes dans ce pays qu’il ne faut pas nous épuiser dans des joutes aussi fausses que superficielles. Si ce n’est pas de la politique politicienne, à quoi ça sert pour Blaise de polluer l’atmosphère politique sur une question aussi peu vitale pour nos institutions démocratiques, alors que théoriquement, il doit partir dans deux ans ? Si tant est que le souci du président est de renforcer la démocratie, il faut faire d’abord le bilan du fonctionnement de l’Assemblée nationale. Quel est l’apport de cette institution à la démocratie ? Pour répondre à cette question, on peut convoquer des états généraux afin d’entendre l’opinion de toutes les couches de la population. Même à défaut d’états généraux, il est loisible à nos gouvernants de prendre le pouls de la situation à travers divers canaux tout aussi démocratiques et cependant plus souples et moins coûteux. Quand on dirige un pays à faible ressources comme le Burkina, il faut sortir de cette mentalité de suivistes toujours prêts à prendre ce qui se fait ailleurs, histoire d’être dans l’air du temps. A mon humble avis, Blaise devrait se contenter d’améliorer l’existant. Ce qu’il n’a pas fait pendant ses 25 ans de règne, il est illusoire de croire qu’il pourra le faire pendant les deux ans qui lui restent. Nous avons la faiblesse de croire que malgré le scepticisme ambiant, il s’en irait, conscient qu’il a donné le maximum de lui-même et qu’un mandat de plus entraînerait le pays dans la pire des aventures. Certes tout au long de son long règne, le nombre des obligés de notre cher président n’a pas cessé de croître. On peut penser qu’une des raisons d’être du sénat est d’offrir un abri à quelques uns d’entre eux. Quand on voit comment certains piaffent d’impatience, on ne peut qu’être renforcé dans cette opinion. Il ne sert à rien cependant d’entretenir des illusions car à l’instar de la deuxième chambre, le sénat ne peut résister aux bourrasques qui secouent périodiquement notre société comme des spasmes chez un malade. Notre pays est trop pauvre pour s’offrir ce luxe. A la moindre secousse sociale sérieuse, cette institution artificiellement créée s’en ira comme elle est venue. On imagine que notre président est pris dans des contradictions qui peuvent expliquer quelques hésitations qui ont pu donner jour à quelque stratagème qui viserait à prolonger plus que de raison son règne On pense par exemple au poids des intérêts, au premier rang desquels ceux de la famille. Le président est-il en mesure de tenir face au lobby familial ? Nombreux sont les burkinabè qui ont des doutes. Viennent ensuite ceux des amis politiques dont l’avenir tient au maintien de Blaise au pouvoir. Il y a enfin les doutes du président lui-même quant à son propre avenir. Le bilan de son règne est loin de lui assurer une sortie tranquille. Ce sont là autant de choses qui peuvent expliquer le flou qu’il entretient quant à sa sortie de scène. Mais Blaise doit comprendre que plus longtemps il restera au pouvoir, plus sa sortie sera compliquée.

L’opposition politique qui est bien dans son rôle a lancé une campagne de dénonciation du sénat qui culminera le 28 prochain par des manifestations à travers tout le pays. Cette perspective est présentée par les caciques du parti au pouvoir comme une tentative de déstabilisation. Pour contrecarrer les manifestations de l’opposition, ils ont entrepris de sillonner les 13 régions du pays. C’est de bonne guerre ! Mais personne ne doit se tromper. Sénat ou pas, Blaise doit partir en 2015. Ceux qui croient que distribuer des billets de banque à une classe politique prompte à se laisser corrompre peut changer la situation se trompent. Personne ne doit tricher avec l’avenir du pays. La réalité finit toujours par s’imposer avec ses conséquences inattendues. Les événements de 2011 devraient nous inspirer. Malheureusement, l’intelligence de l’histoire n’est pas la chose la mieux partagée. Face aux intérêts, d’aucuns n’ont que la ruse pour tirer leur épingle du jeu. Mais la ruse est l’arme des faibles. Elle n’a jamais arrangé une situation. Mieux, elle a toujours généré le pire. Que tous ceux qui comprennent le sens de l’histoire sachent en faire leur profit. Il faut épargner des lendemains de douleur aux enfants du Burkina.

Germain B. NAMA


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