Incivisme au Burkina : Le fils de la mal-gouvernance

Publié le lundi 17 juin 2013

« Quelle synergie d’actions pour une culture de citoyenneté responsable au Burkina Faso ? » C’est sous ce thème que le forum national sur le civisme s’est tenu. Il a regroupé du 30 au 31 mai 2013 à Ouagadougou environ 400 participants venus des quatre (4) coins du Burkina. La jeunesse a été pointée du doigt par les autorités comme étant la frange la plus incivique. Si les participants partagent en partie ce point de vue, ils pointent la mauvaise gouvernance comme la principale cause de ce phénomène. Ils ont ainsi formulé des recommandations.

« Un forum de trop ? Les rapports du MAEP et du collège des sages qui sont des références n’ont rien donné de concret. Tout ce dont on parle aujourd’hui se trouve dans ces documents. Quelle sera la valeur ajoutée de ce forum à tout ce qui est déjà fait (semaine nationale sur la citoyenneté, adoption de la politique nationale de la promotion civique) ? Quelle garantie pour vérifier que les propositions qui seront faites seront mises en œuvre ? » Autant de questions de fond que les participants au forum ont posé juste après les différentes communications. Quatre (4) communications allant des « concepts de civisme et de citoyenneté » à « la stratégie nationale de promotion d’une culture de la tolérance et de la paix au Burkina Faso » en passant par la « synthèse du diagnostic relatif au civisme et à la citoyenneté » sans oublier le « partage d’expériences réussies en matière de civisme » venant du Ghana. Selon l’ancien ministre Albert Ouédraogo intervenu sur le 1er thème « en dépit de l’appellation du pays, tous les Burkinabè ne sont pas des Hommes intègres » Ce qui signifie qu’il y a « des bons citoyens et des mauvais » Des expériences partagées avec le Ghana, il est recommandé « un comité complètement indépendant de tout esprit partisan et politique » sur le civisme au Burkina.

L’incivisme, c’est eux...

Pour planter le décor du forum, le premier ministre Luc Adolphe Tiao s’est amusé au jeu de définition du concept « incivisme » Ainsi, pour lui, « l’incivisme, ce sont ces personnes qui ne respectent pas les feux de signalisation et qui roulent sur les voies publiques comme dans leur cours. L’incivisme, ce sont ces jeunes d’un quartier de Ouagadougou qui érigent des barricades pour protester contre l’arrestation d’un des leurs qui a pourtant commis des actes criminels à l’endroit d’une jeune fille. L’incivisme, ce sont ces jeunes qui, sans chercher à comprendre, incendient un véhicule qui vient de percuter mortellement une dame. L’incivisme, ce sont ces jeunes élèves de Niangoloko et de Imasgo qui séquestrent leur proviseur dans son bureau ou dans les toilettes du lycée » Si Luc Adolphe Tiao a donné une définition de ce qu’il qualifie lui-même de « délitement moral »Albert Ouédraogo l’étend à plusieurs niveaux. Pour lui, l’incivisme s’exprime de mille et une façons sur le plan politique à savoir la corruption, le refus de vote, la félonie ; sur le plan économique à travers le refus de payer l’impôt, la corruption, les détournements, la gabegie ; sur le plan social dont le manque de respect des valeurs communes. Le contraire de tout cela à savoir le civisme se définit ainsi comme étant « un ensemble de vertus et de qualités que le citoyen met en œuvre pour mériter son statut de citoyen » En clair, « c’est l’implication du citoyen dans les décisions de la vie [politique publique] » a dit le professeur Mahamadi Sawadogo.

Mal gouvernance rime avec incivisme

Huit (8) groupes ont travaillé deux à deux en commission sur quatre (4) sous-thèmes. La mal-gouvernance a été citée par tous les groupes. Par là, ils pointent du doigt l’impunité, la corruption, les détournements de deniers publics, l’injustice… En plénière des travaux, les participants ont montré que ces maux s’affirment sans jamais rencontrer un adversaire coriace pour les affronter. Du reste, pour qu’il y ait « une bonne gouvernance », il faut « arrêter la gouvernance paternaliste » Ils trouvent en effet que les ressources du pays sont entre les mains d’un clan qui ne les partagent pas avec les autres. Conséquence : la pauvreté des populations. La pauvreté étant elle-même une violence disent-ils. Qui veut la paix doit travailler donc à réduire sinon éradiquer ce phénomène. En tout cas, certains forumistes pensent que la situation est due au fait que les populations ne se retrouvent pas dans la gouvernance actuelle.

Pour lutter contre l’incivisme économique, certains ont dénoncé une certaine relation incestueuse entre les milieux politique et économiques. « L’accointance entre le politique et l’économique » est un handicap au développement d’un civisme économique. L’homme politique qui intervient dans le domaine économique ne peut défendre vigoureusement les questions liées au non payement des impôts. D’où le fait que « certains ont l’impôt au dos tandis que d’autres ont tourné dos à l’impôt » selon l’artiste Don Sharp à l’occasion.

Des intervenants ont insisté sur la question du sénat et de l’article 37 en appelant à la retenue. Ce sont des éléments qui peuvent être source de violence dans le pays. « Autant on peut cultiver la paix, autant on peut cultiver la violence » soutiennent ces intervenants.

Les participants doutent

La restitution des travaux en plénière était à l’image d’une plaidoirie. La mise en place d’un comité de suivi des résultats du forum a été citée à maintes reprises. Pour éviter un « vain forum » les participants ont recommandé un comité national de suivi de la mise en œuvre des conclusions (lire les recommandations) du forum. Le gouvernement a rassuré quant à leur mise en œuvre

Basidou KINDA

Recommandations

Au total sept (7) recommandations ont été formulées

Concernant la perte de la confiance en la justice : des états généraux et l’auto-saisine des juridictions et l’organisation de fora.

Pour un engagement de tous les acteurs dans la mise en œuvre des politiques publiques de l’éducation et de la formation : « effective, efficiente et participative » du Programme de développement stratégique de l’éducation de base (PDSEB) et la prise en compte des réalités sociologiques, culturelles et le renforcement de la formation continue des bénéficiaires.

De la gestion des conflits pastoraux : la création d’un observatoire national sur la question avec des démembrements dans les treize régions et la mise en œuvre effective des engagements pris par les différents acteurs.

Financement des initiatives des jeunes : une meilleure coordination et une bonne gestion des fonds qui impliquent les bénéficiaires.

La promotion du civisme et de la citoyenneté responsable en milieu politique et administratif : restitution des résultats et recommandations du forum aux niveaux régional, provincial et communal.

Comme recommandations sur la promotion du civisme et de la citoyenneté responsable dans le secteur privé : la dépolitisation dudit secteur à travers une application effective et rigoureuse des règles, la création de cadre d’éducation et d’éveil de conscience au niveau local.

La création d’un comité national de suivi de la mise en œuvre des recommandations du forum sur le civisme.

BK


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