La CPI et l’Afrique : Quand les bourreaux craignent le gourdin

Publié le lundi 17 juin 2013

De quoi se plaignent-ils, ces guides tortionnaires et bourreaux de populations africaines innocentes ? Scheveningen n’a pourtant rien de comparable à ces prisons-mouroirs que l’on voit partout en Afrique ! Les pensionnaires de Scheveningen n’ont même pas à craindre la mort ni même la prison à vie. Leurs conditions de vie sont par ailleurs mille fois meilleures à celles de la grande majorité des populations africaines victimes des politiques de prédation de ceux là qui poussent aujourd’hui des cris d’orfraie. Mais qu’espéraient-ils ces gens ? En signant le traité de Rome, les chefs d’Etat africains pensaient peut-être avoir créé un machin de plus pour se donner bonne conscience. Un peu à la manière des juridictions africaines qui disposent d’importants instruments juridiques pour dire le droit sans que cela n’entraîne le moins du monde chez nos magistrats un sursaut de conscience quant à leurs responsabilités personnelles. Mais qui donc est responsable de la faiblesse endémique de nos institutions judiciaires ? Pas une seule cour de justice n’est capable en Afrique d’inculper un chef d’Etat en exercice. Aux Etats-Unis, l’on n’a pas adhéré à la CPI mais le pays ne dispose pas moins d’institutions judiciaires capables de faire le job. L’affaire Watergate découverte par des journalistes américains avait eu raison du pouvoir de Nixon. Même la France dont nous avons hérité des mauvaises pratiques en matière judiciaire a mis en examen Jacques Chirac, un ancien président. Nicolas Sarkozy, le dernier président de droite se trouve lui aussi dans le collimateur de la justice. Nous n’avons malheureusement pas de tels exemples en Afrique. Blaise Compaoré dont les ‘‘faits d’arme’’ n’ont rien de comparables à ceux reprochés aux anciens présidents français, tellement ils sont gravissimes, se cramponne toujours à la barre. Les Burkinabè l’ont contesté, parfois violemment et ont même fini par épuiser leurs forces. Nombre d’entre eux de guerre las, s’en remettent à la justice divine. Ils sont nombreux ceux qui pensent en Afrique que c’est la justice immanente qui est à l’œuvre à travers la CPI ! Pour les victimes du nord Kivu, la détention de Jean-Pierre Bemba, Thomas Lubanga, Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo n’est rien d’autre que l’œuvre de Dieu. Comment auraient-elles pu autrement se soustraire des griffes de ces génocidaires ? 
Laissons-les déblatérer si ça peut leur faire du bien. Les peuples africains diront bravo à la CPI chaque fois que cette institution mettra à l’ombre un bourreau. Ils ont fait chorus pour défendre El Béchir et ils font de même pour Uhuru Kenyatta. Mais au fond d’eux-mêmes, ces hommes ne les intéressent pas. Chacun protège son nez. Le devoir de rendre compte, qu’est-ce qu’ils en font ces messieurs ? C’est pourtant au nom de ce principe que certains d’entre eux sont convoqués à la Haye. Et la présomption d’innocence est un concept qui a un sens là-bas. Mais quand il s’agit de leurs propres opposants, leur justice aux ordres leur applique la présomption de culpabilité. A son arrivée à Scheveningen, Laurent Gbagbo avait apprécié positivement les conditions de sa détention. Rien à voir avec Korogho où il lui était difficile de jouir de la lumière du jour. L’indépendance de la justice, parlons-en. Que pensent nos dirigeants anti-CPI de la décision des juges du tribunal de la Haye consistant à retoquer le dossier de l’accusation dans l’affaire Gbagbo ? Peut-on rêver pareille indépendance des juges en Afrique ? On a tout compris. La guéguerre actuelle contre la CPI est un nouveau complot contre les peuples africains. Les génocides et les crimes de masse dont sont victimes les populations africaines ne doivent pas passer par pertes et profits. Il est de la responsabilité de la jeunesse africaine de dénoncer le discours négriste qui vise à perpétuer l’impunité des crimes sur le continent. Que l’impunité soit combattue sur l’ensemble de la planète est une nécessité urgente. Mais la force de la CPI est celle que les peuples et leurs dirigeants consentent à lui donner. A qui la faute si l’Afrique est le plus grand client de la CPI ? On ne peut tout de même pas s’offusquer de ce que cette institution exerce ses prérogatives sur le continent africain en vertu du principe de la compétence universelle. Il faut simplement souhaiter que celle-ci s’étende partout où cela est nécessaire. Mais pour cela, les conditions doivent être créées.

Par Germain B. NAMA


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