La Guinée Conakry et l’éternel recommencement

Publié le lundi 17 juin 2013

Imaginons un seul instant que AlphaKondé veuille revoir les vieux films de la période de Sékou Touré et de LansanaKonté. Il se rendra compte, sans trop de peine, que sa Guinée à lui n’est pas fondamentalement différente de celle de ses deux prédécesseurs, qu’il a combattu, à juste raison, et voué aux gémonies.

Que se passera- t-il sur cette terre d’Afrique, sans doute l’une des mieux nanties, en toutes les ressources, humaines et naturelles ? Plus ça change, plus c’est la même chose. L’arrivée au pouvoir d’Alpha Kondé, dans des conditions claires obscures, laissait malgré tout, présager un changement ; La fin de la longue nuit de musellement. On s’était laissé aller à rêver d’un autre lendemain pour les guinéens. Le nouveau président Alpha Kondé lui-même n’avait-il pas promis qu’il serait la synthèse de Mandela et de Obama ? Deux ans après, il n’est toujours ni l’un ni l’autre. Il est même l’exact contraire des deux. Le doyen Béchir Ben Yahmed(Ce que je crois, JA n° 2734), rappelait avec adresse cette exhortation arabe devenue adage : « faites l’inverse de ce que vous étiez en train de faire et vous serez sur la bonne voie ». C’est fort probable qu’Alpha Kondé a lu cet éditorial de Jeune Afrique. Sauf qu’il n’est pas sûr qu’il pense que cela vaut pour lui. Pourtant s’il faisait l’exact contraire de ce qu’il fait actuellement il serait dans le vrai et dans le bon.

La répression des manifestants ne réglera rien. Sékou et Lansana, avant lui, l’ont perpétré des décennies durant, avec cruauté pour le premier et avec sauvagerie pour le second, ils n’ont rien réglé aux problèmes de la Guinée. Ils ont tous eu de longs règnes et ont peut-être usés et abusés des délices du pouvoir. Mais c’est tout ce qu’ils ont eu. Alpha Kondé, on s’imagine, devrait se souhaiter une bien meilleure place dans l’histoire.
C’est quoi le pouvoir ? Détenir tous les leviers ? Avoir tout pour soi et rien pour les autres ? Ou encore ne concéder des miettes qu’à ses propres conditions ? Si Alpha Kondé veut être un Mandela, il devrait commencer par renoncer aux plaisirs du pouvoir. Si Mandela avait voulu jouir du pouvoir, il n’aurait pas été utile à l’Afrique du Sud et aux africains. Ce que veulent les guinéens aujourd’hui, ce n’est pas un autre Sékou Touré, encore moins un autre LansanaKonté, mais un président qui les réconcilie et se préoccupe du pays. Evidemment se préoccuper du pays ce n’est pas seulement revoir les contrats miniers, iniquement conclus, ou se préoccuper de la concession du port et de l’approvisionnement en riz de la population. Il faut s’attaquer à ce qui a permis que cela soit. C’est le pouvoir familial, clanique, autoritaire et dictatorial qui fait le lit de ces dérives. Si Alpha Kondé ne change pas, très vite, les siens feront pires que l’entourage de ceux qui l’avait précédé. C’est une loi mathématique infaillible.
Depuis son élection acquise sur la base ethnique ou du moins en excluant une ethnie, il ne semble pas avoir travaillé pour sortir du ghetto de l’ethnie. Si la coalition qui l’a soutenue est encore intacte, elle l’est seulement en apparence. Le fait que l’ancien premier ministre de la transition, Jean Marie Doré, le désavoue publiquement est symptomatique du rétrécissement de la base sociale du pouvoir de Kondé. Chaque jour, si le scénario actuel ne s’arrête pas, il va apparaitre un peu plus comme le président des malinkés et beaucoup plus comme le bourreau des peuls.
Pourquoi refuser d’organiser des élections législatives transparentes, même s’il faut les perdre ? Or c’est justement parce que Alpha Kondé n’est pas sûr d’une victoire aux législatives qu’il se refuse jusqu’à présent à les organiser. Il a fait trainer les choses espérant sans doute que les urnes lui donnent le bénéfice de celui qui est déjà au pouvoir. Or cela ne semble pas se profiler à l’horizon et le temps passe. Contraint et forcé, il veut maintenant y aller dans le « clair obscur ». En comptant sur un scrutin organisé sur mesure pour se sortir d’affaire. Le prix d’une telle victoire s’annonce monstrueux. Il est déjà trop rouge de sang. Ce n’est pas la promesse d’ouvrir des enquêtes judiciaires sur les exactions des forces de l’ordre, qui réglera le problème. Il faut éviter que d’autres morts ne viennent rallonger la liste macabre. Alpha Kondé n’a pas besoin d’un parlement contrôlé par lui pour laisser ses traces dans l’histoire. Il a besoin de travailler avec ses frères de l’opposition sur un destin pour la Guinée, pour que tout lui soit donné. Saura t-il être à la hauteur de cette mission ?


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