Vème Congrès du CDP : On a cassé pour mieux contrôler

Publié le mercredi 4 avril 2012

C’est un véritable coup de massue
qui a été asséné aux anciens
ténors du Congrès pour la démocratie
et le progrès (CDP). Alors qu’ils avaient mis un
soin particulier à préparer les conditions
de la renaissance de ce qu’ils croyaient être leur
parti, la surprise a été totale quand la composition
du secrétariat exécutif a été
dévoilée. Militants et responsables envisageaient
certes des changements, mais ils ont eu à la place
un séisme. Toute la vieille garde a été
balayée, laissant des militants déboussolés
et sans repères. C’est une véritable OPA de
la FEDAP/BC sur le CDP. Après avoir échoué
à le liquider de l’extérieur, le parti vient
d’être investi de l’intérieur par les "
Amis de Blaise Compaoré ", les fameux ABC. Etapes
suivantes, le contrôle complet des structures de base
en vue des élections couplées, et la marche
triomphale pour la pérennisation de la dynastie Compaoré.

Convoquée pour 10 heures le dimanche
4 mars, les congressistes se sont effectivement retrouvés
au Palais des Sports à l’heure convenue, mais la
reprise des travaux s’est faite attendre. Les gourous du
parti étaient allés, comme d’habitude, pour
finaliser la dernière mouture des militants cooptés.
Pendant ce temps, dans la cuvette du Palais, les supputations
allaient bon train. Ceux qui avaient les portefeuilles garnis
sont allés écumer les maquis environnants.
Les plus discrets ont préféré rejoindre
leur maquis habituel. C’est aux environs de midi que l’on
a battu le rappel des militants. La longue attente n’aura
finalement pas été récompensée,
à en juger par les commentaires qui nous sont parvenus.
Sur les 38 membres que compte le nouvel exécutif,
on dénombre 21 entrants et 17 anciens membres reconduits.
On peut relever que la promesse du renouvellement intergénérationnel
ainsi que celle d’une meilleure représentation du
genre semble grosso modo avoir été respectée.
Ce qui frappe, c’est l’ampleur du renouvellement où
nombre de promus apparaissent comme de parfaits inconnus.
L’expérience de militantisme partisan, la responsabilisation
aux échelons inférieurs du parti n’ont visiblement
pas été des atouts dans la cooptation des
membres du SEN. Certains semblent être passés
de militants de base à la plus haute responsabilité,
ce qui ne correspond pas tout à fait à la
volonté de promouvoir la culture politique par la
formation et l’apprentissage, comme le laissaient penser
les problématiques contenues dans les documents préparatoires.
En outre, dans les critères de choix, il y a des
non dits qui ne conservent pas moins leur importance. C’est
le cas de la représentation géographique qui
commande le positionnement d’hommes et de femmes ayant du
charisme dans un objectif évident de mobilisation.
A cet égard, les régions comme celles de l’Est,
de la Boucle du Mouhoun et du Centre-Ouest pour ne citer
que celles-là soulèvent quelques interrogations.
Dans la région de l’Est par exemple où les
rivalités sont tenaces entre cadres du parti, il
faudra beaucoup d’imagination et de savoir faire à
Fati Sawadogo pour s’imposer. Dans la région du Centre-Ouest
et notamment dans la province du Bulkiemdé, bled
d’un politique redoutable comme Hermann Yaméogo,
c’est le vide complet avec le départ de l’ancien
commissaire régional, Hubert Yaméogo. Ce départ
ne semble pas avoir été compensé par
une promotion de militants au moins de charisme équivalent.
Ceux qui peuvent se réclamer du Centre-Ouest comme
Gisèle Guigma, Moïse Nignan Traoré, Alpha
Yago ou Pauline Yago sont pour la plupart des inconnus dans
leur province d’origine (la Sissili), à plus forte
raison de la région. Aux commandes de la Boucle du
Mouhoun, il y a la brave Saran Sérémé
dont les frêles épaules supportent déjà
difficilement la fronde d’une jeunesse en quasi rébellion.
Sans doute ces faiblesses peuvent être corrigées
et c’est l’une des missions du tout nouveau premier secrétaire.
Il aura pour souci de restructurer le parti pour le rendre
plus gérable. Dans sa configuration actuelle, il
sera en effet difficile de bousculer les baronnies dont
certaines ont poussé des racines profondes. Mais
il faut faire confiance aux militants de la FEDAP/BC, François
Compaoré en tête, pour parachever le job. Ils
ont déjà montré de quoi ils sont capables
en poussant dehors la cohorte des militants dits historiques,
ingérables par les associatifs, nouveaux venus dans
le management des formations politiques.

Mais que faire de tous les has been ?

Quand on regarde toute la palette des débarqués,
ça donne franchement froid au dos. Rien à
craindre d’eux dans le court terme. Mais passée la
séquence de politesse et d’observation, il y’aura
sérieusement des soucis à se faire. Si certains
comme Roch sont somme toute assez heureux de pouvoir souffler
un peu, ils vont très vite se trouver confrontés
au désoeuvrement et à l’ennui. Quand on a
fait de la politique pendant toute la vie, il est difficile
de rester là à se tourner les pouces. Ils
sont quasiment tous des cinquantenaires et on n’est pas
vieux à 50 ans. Le zoo créé pour les
parquer ne peut aucunement faire leur affaire. Ce n’est
ni plus ni moins qu’un garage d’où ils s’échapperont
à la moindre occasion. La fonction de conseiller
politique de parti n’est en rien valorisante en Afrique.
Quand le conseiller est craint comme c’est le cas pour ces
has been du CDP, la tendance sera plutôt de s’en éloigner
au fil du temps. Mais c’est une tendance qui conduit à
l’exaspération et à la révolte. Beaucoup
de gens soulignent le gâchis que constitue l’éloignement
de militants comme Salif et Simon dont l’investissement
dans la politique a constitué leur raison d’être.
Penser que ces gens là peuvent se suffire de la posture
de conseillers facultatifs, c’est se foutre le doigt dans
l’œil. Mais attention tout de même, Blaise a
plusieurs fois montré qu’il a plus d’un tour dans
son sac. Il faut donc attendre de voir. Quoiqu’il en soit,
ces hommes ne sont pas à plaindre. Ils n’ont pas
construit un parti mais un homme. Le résultat est
un désastre sur le plan personnel et organisationnel
 !

La promotion de François Compaoré

L’ascension du " petit président
" était très attendue. Il était
certes au bureau politique censé être l’instance
délibérative, mais tout le monde sait que
le bureau politique est plutôt une chambre d’enregistrement
qu’autre chose. Le BP, c’est utile dans les questions thématiques
mais quand il s’agit de délibérer sur des
questions politiques très sensibles, c’est évidemment
à un autre niveau que ça se passe. Ceux qui
en parlent avec le chef de l’Etat relèvent plutôt
d’une chambre noire où les critères de cooptation
sont mouvants. Les " changements n’ont pas été
faciles ", affirme une source très introduite.
Nous n’en saurons pas plus, tant la question pour l’heure
parait délicate et sans doute aussi, douloureuse.
L’entrée de François au secrétariat
exécutif lui permet donc de se rapprocher des leviers
officiels de la décision partisane au lieu d’être
l’homme de l’ombre qu’il a toujours été. Sans
doute, le secteur du mouvement associatif va compter dans
les grandes manœuvres pour la succession éventuelle
du chef de l’Etat. François Compaoré à
la manœuvre à partir de l’instance la plus haute
du parti, au moins n’aura pas l’air d’avoir été
parachuté. La seule chose qui l’intéresse,
il ne faut pas l’oublier, ce n’est ni la place de Roch ni
un quelconque ministère ou présidence d’institution,
c’est bien Kosyam. Ce ne sont pas les stratégies
qui ont manqué pour lui donner le profil de l’emploi.
Que ce soit dans le sport, le mouvement associatif ou l’humanitaire,
sa figure a toujours été présente à
l’avant ou à l’arrière plan. Mais de cela,
il n’y a pas de quoi en faire une fixation, du moment où
c’est son droit le plus absolu, en sa qualité de
Burkinabè. Le seul juge, c’est le peuple burkinabè
qui exercera ses prérogatives le moment venu. On
peut constater tout de même que François aura
réussi à parcourir une partie du chemin en
s’emparant avec ses amis de la FEDAP/BC de la direction
du parti. Il peut être sûr que l’opération
sera autrement plus compliquée dans les structures
de base où les paramètres sont plus nombreux
et plus difficiles à maîtriser. Pour sûr,
l’année 2012 s’annonce déjà mouvementée
et passionnante. Sur le plan politique bien sûr.

Roch
et Simon en conciliabule

Nombre de congressistes ont remarqué
le tête à tête entre Roch et Simon
au moment même où le reste du secrétariat
exécutif se réunissait à l’intérieur
autour de la composition du nouveau bureau. C’était
pour certains le signe évident que les choses
n’allaient pas bien. L’entretien entre les deux hommes
n’a pas pris moins d’une heure d’horloge. Mais que
se disaient-ils ? C’est la question qui turlipinait
dans la tête de ceux qui les observaient avec
curiosité. On est à peu près
sûr maintenant que la liste des membres du nouveau
bureau ne leur convenait pas entièrement. Mais
comment s’opposer sans s’attirer les foudres du grand
sachem ? Selon certaines sources, le congrès
devait procéder à un changement du nom
du parti pour accueillir de nouveaux membres venus
des partis de la mouvance. Manifestement, les choses
ne se sont pas passées comme prévu eu
égard aux réactions de quelques mécontents
à qui l’on semblait avoir promis quelques postes.
En tous les cas, la vérité ne tardera
pas à se faire savoir sur cette question. La
nouvelle direction qui a désormais les mains
libres fera la cuisine qu’elle voudra. Wait and see
 !

 

Par Germain Nama


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