Pourparlers inter maliens à Ouaga : A Bamako on n’y croit pas du tout

Publié le lundi 17 juin 2013

Les maliens devraient être dans la rue, le 8 juin 2013, dans une manifestation unitaire que l’on pressentait grandiose pour fustiger l’attitude de la France à Kidal. La reconduction de l’Etat d’urgence, in extremis, a fait avorter la marche. L’amour pour la France a du plomb dans l’aile. C’est cela qui préoccupe Bamako et non l’aréopage des beaux boubous bleus dans les salons feutrés de Kosyam.

Il semble que c’est une consigne qui fait son petit bonhomme de chemin au sein du landerneau politique Bamakois : « si l’armée n’est pas entrée dans Kidal, avant le 28 juillet, il y aura pas d’élection ». Depuis quelques jours, selon des informations en provenance du front, les troupes maliennes seraient à une trentaine de kilomètres de Kidal. Il n’y aurait pas de combat. Ces troupes sont sous le commandement du colonel major Gamou, touareg loyaliste et sont composés en majorité d’officiers et de soldats touaregs. A Bamako donc, on ne croit pas que ces fils de la région puissent se livrer à des exactions contre leurs propres frères. Les maliens pensent donc à une manœuvre de la France, dont ils ignorent les buts.

C’est en interne qu’une frange importante des maliens, auraient souhaité que l’on trouve une solution à la crise de Kidal. C’est probablement en réponse à cette préoccupation qu’en parallèle des pourparlers de Ouaga, se tiennent d’autres concertations au Mali sous l’égide des leaders touaregs restés fidèles à « la République », comme on le dit à Bamako. Il s’agit principalement de ne pas laisser au MNLA, le rôle de représentant unique et légitime des touaregs. Ces concertations se poursuivent, officieusement donc, et ce qui se passe à Ouagadougou est plutôt suivi de façon distraite.Mais le gouvernement de Dioncounda se garde bien de le laisser paraître.
Le MNLA doit renoncer à l’Azawad

Le MNLA fragilisé par son revers face aux jihadistes du Mujao et qui n’est revenu sur le terrain que dans les bagages de la France, continue de se considérer comme « Azawadien ». Ce qui a le don d’agacer Bamako qui exige que le MNLA, publiquement (ça vaut pour les autres groupes dont le HCA), renonce à l’Etat de l’Azawad. A partir de là, « on peut parler ». Pour les maliens, ce qui se passe à Ouagadougou est aux antipodes de cette exigence.

Blaise se préoccupe de la présidentielle
Les discussions qui se mènent à Ouaga se fondent sur quatre exigences, selon le médiateur :

  • Un cessez le feu
  • Un déploiement de l’administration à Kidal
  • La création d’un organisme de suivi
  • Et le règlement du problème, dans son fonds, par le gouvernement qui sortira des urnes après le 28 juillet.

Sur le premier point, Bamako ne partage pas les vues du médiateur. Il ne devrait pas s’agir d’un cessez le feu, mais plutôt que le MNLA dépose les armes. La position du médiateur qui se fonde sur un état de belligérance met les deux protagonistes sur le même pied d’égalité. Or pour Bamako, le MNLA est le parti de « l’étranger » celui qui a fait entrer le loup dans la bergerie. C’est donc l’Etat malien qui est fondé à se défendre. On ne peut pas lui exiger la même chose qu’au MNLA. Les troupes du colonel Gamou qui sont aux portes de Kidal, n’ont pas à « cessez le feu ». Ce sont les troupes du MNLA qui doivent déposer les armes. Le vocabulaire qu’utilise Bamako et le médiateur situe sur le malentendu. A Ouagadougou on parle de « cessez le feu » à Bamako on dit « déposer les armes ».

Sur le second point des pourparlers les maliens demandent à être situés sur les « modalités pacifiques qui seront à négocier » pour le retour de l’armée et de l’administration à Kidal. Or justement, pour les maliens, sur le retour de la souveraineté dans le nord il n’y a rien à négocier. Bamako exige du MNLA qu’il revient dans la République et dans ce contexte on peut trouver une solution acceptable.

 Deux groupes touaregs antagoniques
 Que c’est-il passé pour que le Haut conseil de l’Azawad voit le jour ? Plusieurs raisons sont avancées.

La première tiendrait des rivalités ethniques locales. Les Ifoghas seraient plus légitimes que les « libyens », ces touaregs qui ont fait la Libye et ont servi dans la légion de Kadhafi. D’ailleurs le général Nejim qui commande les troupes du MNLA est un ancien officier de la légion de Kadhafi. Il y a aussi sûrement les ressentiments nés des bagarres qui ont accompagné la naissance de la défunte Ançar Dine. Enfin, on pourrait aussi légitimement penser à une stratégie de négociation. Deux interlocuteurs font « effet foule ». Il y aurait donc face au gouvernement malien plusieurs interlocuteurs, dont il faut forcément tenir compte, quand viendra le moment des « rétributions ».

Par Newton Ahmed BARRY 


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