Dr. François Jérôme KABORE : "Ce qui est attendu de la commune de Kokologo, c’est qu’elle respecte la loi"

Publié le lundi 17 juin 2013

 Vous avez récemment saisi l’ASCE pour fait de corruption et vous mettez en cause le ministre de l’administration territoriale, le haut commissaire du Bulkiemdé, des inspecteurs techniques, le maire de Kokologo, n’est-ce pas un peu excessif ?

La corruption est un fait défini par des textes dont je ne suis pas l’auteur, et qui s’appliquent à tous. Pour ma part, je ne fais que relater des faits. Ce qui est excessif, ce sont ces faits et si des gens ont été excessifs, ils sont à rechercher parmi les auteurs de ces faits. Si empêcher l’exécution d’une ordonnance de justice ou être complice d’un blocage de son exécution n’est pas excessif en République, qu’est ce qui peut l’être encore ?

Qu’attendez-vous de l’ASCE ?

L’ASCE est une institution qui remplit d’une manière remarquable sa mission ; ce n’est pas moi qui le dis. Ce sont les appréciations des premières autorités de ce pays, des partenaires techniques et financiers et nombre d’organisations de la société civile. J’attends d’elle qu’elle conduise le dossier jusqu’au bout. Elle ne manquera pas donc de saisir les tribunaux ordinaires pour les cas du Haut commissaire et autres, et de faire saisir par qui de droit la Haute cour de justice pour connaître du dossier du ministre Jérôme BOUGMA, puisqu’il a commis les infractions dans l’exercice de ses fonctions de ministre. 

Le ministre de l’administration vous indique le tribunal comme voie de recours, êtes-vous prêt à aller devant les tribunaux et dans quel esprit ?

Votre affirmation n’est pas exacte. Nous avons saisi le Ministre par écrit depuis mars 2012 et jusqu’à aujourd’hui, contrairement aux usages pour ne pas dire plus, il ne nous a donné aucune suite. Pour le reste, nous n’avons pas attendu l’avis de quelqu’un pour ester en justice. Et c’est précisément notre action en justice qui a fait prendre l’ordonnance que le maire de Kokologho refuse d’exécuter depuis le 08 février 2012 malgré toutes les dénonciations qui ont été faites. 

Votre combat ressemble à un combat de principe. Que voulez-vous faire d’un champ de karité de cette taille comme bien privé ?

La réponse se trouve dans la première partie de votre question. Tout combat juste est basé sur des principes. La loi elle-même qui est censée nous gouverner tous n’est rien d’autre que la codification de principes basés eux-mêmes sur des valeurs acceptées et partagées par tous. Ceci dit, nous nous battons pour que nos droits soient respectés. Ce qui est de surcroit incongru, c’est de voir comme une cacophonie se jouer au sein d’un même gouvernement. En effet, l’affaire concerne quatre ministères. D’abord, celui de la Justice à travers le Président du TGI de Koudougou qui a pris l’Ordonnance. Ensuite, celui de l’Economie et des Finances et celui de l’Habitat et de l’Urbanisme (voir ampliations de l’arrêté rectificatif) qui se sont exécutés conformément à l’Ordonnance. Le blocage est donc le fait du Ministère de l’Administration Territoriale, de la décentralisation et de la Sécurité, éclaté aujourd’hui en 02 ministères, au travers de la mairie de Kokologho. C’est pour cette raison que nous avons saisi le Premier Ministre, Chef de gouvernement et le Président du Faso, Président du Conseil des ministres, pour que nos droits soient respectés par l’ensemble du gouvernement qui du reste, ne manque pas de rappeler son souci d’un ancrage démocratique solide de notre pays par un respect scrupuleux de la séparation des pouvoirs consacrée par notre Constitution. C’est ça le débat qui mérite d’être mené et tranché. La démocratie est fondée sur le respect du Droit et la loi s’applique à tous.

N’’y a-t-il pas des raisons inavouées dans cette querelle entre le conseil municipal et vous ? On dit que votre frère aîné, lui non plus ne s’entendait pas avec madame le maire ?

S’il y a des raisons inavouées, elles sont à rechercher du côté de ceux qui s’appliquent à bafouer les lois, à ceux qui s’appliquent à vouloir faire de la culture de l’impunité leur boussole. Notre frère aîné, était comme vous le dites, notre frère. Pourquoi dans un problème de notre famille, l’on voudrait qu’il ne soit pas avec nous. 

Dans la logique de l’administration communale, on ne doit à la famille Kaboré que le montant de la taxe de jouissance qui est de 2. 388 483FCFA. Quelle est votre réaction ?

Si ce que vous dites est exact, cela voudrait dire que l’administration communale n’a rien compris ou fait semblant de n’avoir rien compris. Jusqu’à preuve du contraire, nous ne lui avons rien demandé. Ce qui est attendu d’elle, c’est qu’elle respecte la loi. C’est tout. Ceux qui parlent de taxe de jouissance poussent tout le monde à croire qu’ils ont des limites très sérieuses ou qu’ils prennent les autres pour des imbéciles. Pourquoi ? Le terrain en question est la propriété de notre famille depuis plus de 100 ans, bien avant l’arrivée de l’administration coloniale dans notre pays. Notre père l’a reçu en héritage en 1938, puis y a investi au début des années 40 en réalisant sa plantation de karité, unique en Haute Volta et au Burkina, comme d’ailleurs au Bénin, au Mali ou en Côte d’Ivoire malgré toutes les élucubrations qu’il nous est donné d’entendre çà et là. Du reste, il faut vraiment être idiot, et le mot n’est pas trop fort, pour penser que la valeur d’un terrain ajoutée à la valeur d’un exceptionnel investissement réalisé voilà plus de 70 ans, se résume à la valeur d’une taxe de jouissance. Je vais vous dire ceci. Notre terrain vaut aujourd’hui un peu plus du milliard et demi (1 500 000 000) de francs CFA. C’est ça la vérité.

D’aucuns voient dans cette affaire une guéguerre entre deux familles : la vôtre et la famille Nana de Kokologo. Avez-vous un commentaire ?

Il ne s’agit pas du tout de cela, et il n’a jamais été question de cela. Il suffit simplement de vous informer ou de vous rappeler que la famille du Chef de Kokologho est issue de la nuit des temps. Sans vouloir faire de l’histoire, c’est une famille qui est au trône depuis Naaba LOUNDA (14ème -15ème siècle). Aujourd’hui, on parle de chefferie traditionnelle mais n’oublions surtout pas que jusqu’à la conquête de la Haute Volta, la chefferie exerçait la plénitude du pouvoir. A Kokologo, cohabitent plusieurs familles, toutes ayant chacune son histoire mais faisant ensemble notre histoire. Il y a les Tiendrébéogo, les Kabré, les Compaoré, les Sama, les Tiemtoré, les Souly, les Kaboré bien sûr, les Nana et bien d’autres encore. Notre famille n’a pas vocation à s’opposer à telle ou telle famille mais plutôt à les rassembler toutes, car Kokologo est un et non pas deux ou trois.

Deux ans après la mort violente de votre frère aîné, connaissez-vous enfin la vérité sur la cause de sa mort ?

Nous attendons toujours. Après que l’on nous ait refusé l’accès au rapport d’enquête, et ce malgré nos droits de parents les plus proches du défunt, nous nous sommes vus contraints de recourir encore une fois à la justice. Nous avons déposé une plainte contre X auprès du Procureur du Faso en octobre 2011. Bien que le dossier n’ait pas beaucoup avancé, nous gardons notre confiance en la justice. S’agissant de mort d’homme, le dossier est imprescriptible et nous savons que la vérité finira par se savoir.

On susurre que vous étiez en froid avec votre aîné (les quatre garçons) et que ce ne serait pas étranger à sa décision de mettre fin à ses jours ?

Vous savez, la réflexion n’est pas la chose la mieux partagée dans ce monde. Y a-t-il une famille sur cette terre où il n’y a jamais de désaccord sur tel ou tel sujet ? Même entre un homme et sa femme, à fortiori entre des frères. Montrez la moi. Mais est-ce pour autant que les liens profonds de sang se rompent ? Oui, nous avons eu entre nous des incompréhensions sur des sujets que je ne suis pas obligé de vous dire, mais tout cela a été réglé devant toute la grande famille suivant la tradition et s’est terminé par une grande libation. Depuis, nos relations avaient repris leur cours normal, dans un climat de fraternité et de confiance.

Est-il vrai que le moro Naba est intervenu pour essayer de réconcilier les frères Kaboré ?

Notre père, tout comme notre frère détenait leur autorité du MOGHO Naaba. C’est le Mogho Naaba Koom, l’arrière grand père du Mogho Naaba Baongo qui a donné son bonnet à notre père, Naaba Boulga, en 1940.Naaba Boulga a régné avec la confiance de Naaba Koom, puis de Naaba Saaga, puis de Naaba Kougri et de Naaba Baongo jusqu’à son décès en octobre 1995, après 57 ans de règne dont 2 de régence( 1938-1940). Notre frère Naaba Kaongo, a reçu son bonnet de Naaba Baongo en 1996 et a lui aussi régné avec la confiance de l’Empereur jusqu’à son décès en 2011. Nous, nous sommes les enfants de Naaba Boulga, les seuls frères de Naaba Kaongo, et le Mogho Naaba est toujours l’Empereur des mossé. Et nous restons toujours dans le même climat de confiance et de sérénité qui a toujours caractérisé les relations de nos pères, grand pères et arrière grand pères. Ces relations n’ont nul besoin d’être étalées, et pour l’heure, si réconciliation il y a, ça ne saurait être entre les frères Kaboré, puisque entre les quatre que nous sommes, et Dieu merci, nous n’avons jamais fait cas d’un problème qui appelle une réconciliation.

Quelle est la situation du trône depuis le décès de votre frère ?

La situation du trône ne ressort pas du domaine public. C’est une question éminemment sérieuse qui n’est pas gérée par les profanes. Sachez simplement que même si elle concerne notre famille, c’est le Mogho Naaba qui, autant qu’il aura choisi, fera connaître sa décision. Tout le reste n’est que spéculation.

 


Commenter l'article (5)