Page d’Ange : Âme sœur !

Publié le mardi 18 juin 2013

« Cherche âme sœur ! »Eh, tous les beaux-parents gurunsi-là, rengainez et rasseyez-vous !Ya rien au village.

Rires.Je suis vraiment tannée[i]d’entendre sur les ondes de nos radios religieuses, dans les assemblées de prières, et lors des campagnes d’évangélisation charismatiques cette complainte d’intention récurrente de mes sœurs africaines.

- Je priepour voir une âme sœur et la grâce du mariage.
Et c’est vraiment très drôle car au moment même où j’écrivais ces lignes j’entendais à l’une de ces radios un prédicateur dire :
-Le nouveau problème ici à Abidjan aujourd’hui, c’est âme sœur.
Âme sœur ?
Qui vous a dit que ça existait ?
Prenez ce simple fait. Dans votre propre famille, avec vos frères et sœurs-là, êtes-vous si en connivence entre vous qu’ils deviennent un autre vous-même ?
Votre âme est-elle si sœur avec votre frère, grand ou petit, votre sœur aînée ou cadette ?
Pourtant, vous êtes issus de la même lignée, du même ventre si ce sont vos frères et sœur utérins, non ?
Même les jumeaux identiques avec tous les mythes de télépathie les reliant ne sont pas fusionnés autant avec leur frère et sœur. Pas plus que les siamois qui partagent des organes communs et qu’il faut séparer pour qu’ils puissent survivre.
Et vous, vous voudriez qu’un inconnu débarqué de nulle part que vous ne connaissez ni d’Adam ni d’Ève soit votre âme-sœur ?
Arrêtez de rêver mes sœurs. C’est de la pure fiction. C’est dans film seulement qu’on peut voir ça.
Certes, il existe des couples fusionnels qui s’entendent si parfaitement qu’on dira d’eux que c’est le modèle même du couple idéal. Le jardin du voisin semble toujours plus vert.
Notre monde actuel est un monde d’illusions qui vend du rêve comme à Hollywood pour survivre et l’Afrique achète à gogo sans trop savoir. Les revues de femmes noires sont remplies d’annonces d’Africaines cherchant âme-sœur. La préférence va dorénavant aux vieux blancs, en particulier français parce qu’elles les croient pleins aux as et rêvent d’hériter de leurs fortunes.
L’essence de votre vie ne peut pas se limiter uniquement à la recherche d’âme sœur, à la quête du mariage. On s’entend sur le fait que les pressions sociales sont très fortes sur les filles et les femmes d’Afrique à propos de ce sujet. On a fait du mariage un passeport social que tout le monde cherche à acquérir pour être accepté, considéré et intégré dans le milieu.
Mes sœurs, cherchez d’abord à vous autonomiser financièrement par une carrière, une activité quelconque au lieu de vouloir dépendre d’un homme pour vivre. On ne l’a pas souvent dit dans les analyses des causes de la violence faite aux femmes en Afrique mais cette dépendance des Africaines vis-à-vis des hommes en est une, sinon, la principale. Si vous êtes à la merci totale d’un homme, c’est normal que vous deveniez son tam-tam sur lequel il tape quotidiennement et son tapis d’entraînement.
Est-ce que nos mères attendaient tout de nos pères ? Alors, comment expliquer que les nouvelles générations de jeunes filles et dames africaines instruites s’embarquent allègrement dans une vie de dépendance à la limite de l’esclavage vis-à-vis de leurs conjoints ?
Beaucoup de femmes africaines continuent à penser que les dépenses du foyer incombent uniquement aux hommes et que le mariage constitue un système d’entretien et d’assistanat. Elles se marient pour être entretenues par leurs époux. Nombre d’entre elles ne participent pas aux dépenses quotidiennes du foyer même si elles ont un revenu car tout passe dans les pagnes, Bazin, bijoux, chaussures et autres salons de coiffure. Exister par procuration. C’est ce que font la plupart de nos sœurs. Exister dans le regard de l’autre, de l’homme au lieu d`être d’abord pour soi.
C’est quelque chose qui m’as toujours perturbée quand j’étais adolescente car je n’ai jamais pu comprendre qu’on puisse réduire son identité propre à être l’ombre de quelqu’un d’autre et surtout à en être fier au point de s’oublier. Qu’on aime une personne et fasse tout pour lui plaire, là n’est pas le problème ni la question. Mais je parle du fait que le mariage devienne pour les femmes africaines le canal unique par lequel elles se sentent exister, vivre.
J’admirais une grande sœur battante ici. Une vraie amazone qui s’est bâtie d’elle-même en assurant à ses enfants un avenir radieux. D’abord par de petits boulots, elle est retournée aux études ensuite et est devenue cadre dans la fonction publique canadienne. Mais toute mon admiration s’est évaporée le jour de son mariage où elle a prononcé cette phrase qui me poursuivra toujours :
-Enfin, aujourd’hui, je me sens exister. Je suis devenue quelqu’un.
Les bras me sont tombés du ciel. Je suis restée tellement sidérée et abasourdie, peinée surtout que je n’ai pas été à la soirée qui a suivi la cérémonie. J’ai encore cette déception si profonde en moi que j’ai coupé depuis lors tout lien avec elle. Le mariage n’a pas duré cinq ans.
Oui, c’est radical de ma part mais je suis ainsi. On ne me refera pas. On ne me développera pas comme disait Sony LabouTansi.
J’ai eu si mal parce que c’est à sa mère que j’ai pensé. Sa mère qui, en lui donnant la vie aurait pu perdre la sienne, et elle qui vient diremaintenant que c’est par un homme qu’elle se sent exister ?
Au nom de la douleur à nulle autre pareille de l’enfantement, au nom des sacrifices consentis par ma mère, de ma conception à ma naissance jusqu’à ce que je devienne ce que je suis aujourd’hui, je ne pourrais jamais faire une telle déclaration à plus forte raison, la penser.
Je suis d’abord la fille de… avant d’être la femme de…
Une amie d’enfance qui m’exprimait ses regrets de ne s’être jamais mariée et aurait aimé l’être me confiait ceci :
-Quand je pense au couple idéal, c’est à vous que je pense.
J’ai pris mes jambes à mon cou.
No more comment.
Rires.
« Vive les mariés ! Ils sont bien assortis. Vive la mariée, elle est si jolie. Que le ciel les protège et qu’il leur donne beaucoupd’enfants, beaucoup de joie, beaucoup de bonheur. »
Mon cher Vickey, continue à chanter au ciel avec les anges.
Peace, Brother.

AngèleBassolé, Ph.D.

Écrivaine et Éditrice,

Ottawa, Ontario

Angelebassole@gmail.com


[i]Expression québécoise exprimant un ras-le-bol total et complet.


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