Sénat : Le vent souffle dans les voiles de l’opposition…Sont-ils seulement de bons marins ?

Publié le vendredi 31 mai 2013

La rue Maurice Yaméogo était euphorique comme au bon vieux temps du Collectif. En ces moments de ferveur, ont découvre l’âme profondément révolutionnaire des burkinabè. Ce 21 mai, on attendait aussi du côté de l’Assemblée nationale la naissance d’un « M21 » sorti des rangs du CDP. Après la rencontre houleuse du 19 mai avec le secrétaire général Assimi Kouanda, on se disait que quelque chose se produirait. Rien n’est venu ! Peut-être pour le moment.

 Le peuple de l’opposition lui, était au rendez vous. Il voulait une démonstration beaucoup plus forte que ne pouvait le permettre l’exiguïté de la rue Maurice Yaméogo. C’est que les leaders de l’opposition, échaudés par le flop du mémorable appel à « Blaise dégage » à la place de la nation, ne veulent plus se risquer à rien. L’occasion était pourtant en or. Les responsables du pays eux ont senti le pouls du pays et pour une fois, Soungalo, une vraie horloge suisse, est arrivé avec beaucoup de minutes de retard.

Cette victoire à la Pyrrhus de la majorité sur ce sujet qui clive profondément le pays pourrait ne rien présager de bon. Quand les burkinabè ne veulent pas de quelque chose, on n’a pas besoin de sondage pour le savoir. La loi sur le Sénat ne passe pas. Le format n’est pas bon, pour reprendre le bon mot de Gilbert Ouédraogo. Mais le moment non plus. Pas ça, pas maintenant ! Pourquoi mettre 6 milliards immédiatement dans un machin pareil, alors que l’université va mal, le personnel de la santé demande, en vain, juste une revalorisation des indemnités de garde, que les frais d’évacuation sanitaire à l’intérieur du pays soient pris en charge par l’Etat. Pour ces justes revendications, l’Etat n’a pas d’argent. Pour un machin comme le Sénat, il sait où trouver de l’argent. Comme disait un humoriste anglais « there is something wrong somewhere in this country ».

Sénat
A l’Assemblée nationale, c’était
plutôt pathétique

La loi sur le Sénat a été adoptée par l’Assemblée nationale. Cette loi
qui fait l’objet de beaucoup de tractations a fini par être adoptée à 81 voix
pour et 46 contre.
Un fait majeur : l’ADF/RDA, alliée traditionnelle du CDP a
voté contre l’institution du Sénat dans le format proposé. Les députés du groupe
parlementaire ADJ et ceux du groupe parlementaire UPC avaient déjà fait une
déclaration contre le Sénat. Ils sont restés fidèles à leur déclaration de
Kombissiri. Parmi les adeptes de la loi pour le sénat, bien sûr, le CDP, les
partis de la mouvance regroupés dans le groupe CFR et l’UNDD de Hermann au
secours comme à son habitude.


Pendant que le débat sur l’adoption de la loi
était électrique à l’hémicycle, au siège du chef de file de l’opposition
politique, l’ambiance était au beau fixe. Le militants mobilisés là, ont dit non
à l’institution d’une telle institution au Burkina Faso. (Lire papier de Basidu
Kinda sur l’ambiance au CFOP)
La coalition des Organisation de la société
civile OSC a aussi animée une conférence de presse à Ouagadougou dans la matinée
du 21 mai pour aussi dire non à l’institution du Sénat.
La loi adoptée, les
partis de l’opposition ont donnés de la voix : " nous allons marcher à visage
découvert, ce ne sera plus dans cette ruelle " (Avenu Maurice Yaméogo, rue qui
passe devant le siège du chef de file de l’opposition)
Retour sur quelques
termes du débat avant l’adoption de la loi
AN le 21 mai 2013, il est 16heures
passées, c’est l’attente du président de l’Assemblée nationale. 16h21, arrive
enfin le président Soungalo A Ouattara, puis suit l’appel nominal des membres de
l’hémicycle.
Au décompte, 20 absents excusés, 20 procurations, présents 107,
votants 127
L’Ordre du jour est lu par le président : " examen de la loi n°……
"
Le gouvernement représenté par Bognessan le Monsieur réforme, n’a pas eu
d’observations sur l’ordre du jour.
Place donc à l’équipe de Boureima Badini,
président de la commission des affaires générales, institutionnelles et des
droits humains (CAGIDH). Dans la foulée, quelqu’un lève le doigt. Il est un
membre du groupe parlementaire ADJ. La raison, une requête sur le système du
vote. L’opposition souhaite que le vote ne soit pas public. La requête est
rejetée suivant l’article 92 du règlement de l’AN, lu par le président
Soungalo.
Elle stipule en substance que la requête doit être soumise 72
heures avant le vote de la loi. La requête ainsi rejetée, les députés des deux
groupes parlementaires se retirent. Nous interrogeons Louis Armand Ouali sur le
sens de l’acte qu’ils viennent de poser : se retirer ?
Nous ne nous sommes
pas retiré, nous allons revenir, nous a-t-il confié.
A l’hémicycle, les
débats…
Le rapporteur de la CAGIDH procède à la lecture des conclusions des
travaux à l’issue de quoi Soungalo ouvre les débats directs.
Il faut noter
au passage que toutes les commissions ont donné un avis favorable à l’adoption
du projet de loi
Tour à tour les députés ont donné leur lecture du projet de
loi. Ils ont, pour certains, suivi l’avis du CDP et du gouvernement en se
fondant en félicitations dans leurs interventions.
Un certain Pierre Traoré
est à limite de la provocation. Il n’a rien trouvé de mieux que souhaiter" de
reverser la question liée au Bac et celle liée à l’âge de 35 pour être sénateur
à la prochaine révision constitutionnelle réclamée par la frange jeune de notre
peuple qui souhaite en même temps la révision de l’article 37 ", pour cela,
Achille Tapsoba, Laurent Sedogo, Ollo Anicet Pooda, Naboho Kanidoua, assis juste
à quelques mètres de lui se regardent, sourient, se parlent et secouent la
tête.
Sur la question de l’âge, Salam Dermé et Gilbert Noël se sont ligués en
quelques sortes. Les arguments sont allés dans le même sens : Il faut réduire
l’âge des sénateurs, au risque que la loi paraisse anti-jeune. Gilbert va plus
loin. On a mimé l’occident pour dire que le sénateur est un sage, pour placer
l’âge dans la présente loi à 45 ans. Pourquoi n’avoir pas eu le courage de la
faire jusqu’au bout, car le sénateur français doit avoir au minimum 24 ans.
Ouédraogo Catherine, pour répondre aux préoccupations de Zakaria Tiemtoré,
trouve que la situation sociale est normale. " Il y a trop d’excitation autour
de la question du Sénat".
Gisel Guigma l’anti-opposition
" L’opposition à
la chaise vide " voilà comment Guigma a qualifié ses pairs de l’ADJ et de l’UPC.
Ce type d’opposants, dit-elle, refuse quand ça ne l’arrange pas, mais accepte
quand il y a des intérêts personnels.
La réplique est venue de Célestin
Koussoubé. La première vraie critique, vient de lui après la série des
remerciements : " c’est même démocratique que de laisser les gens partir " (ndlr
:les députés qui ne sont d’accord quitter l’hémicycle). Il ne faut pas minimiser
les choses alors qu’il y a eu 24 questions lorsque la commission a auditionné le
gouvernement. Cela signifie qu’il y’a problème. Et Koussoubé de vouloir savoir
ce qu’on entend par" Les couches socioprofessionnelles ". Il ne faut pas limiter
ça à la diaspora, aux paysans, aux... (Il s’emporte) " Il ne faut pas venir
donner des leçons aux gens ici". La question du quota de sénateur par région, il
se demande sur quelle Base peut-on attribuer 3 sénateurs à la Boucle du Mouhoun
(6 provinces) et trois sénateurs aux Cascades (2 provinces). " Sage pétris
d’expérience, c’est quoi ? "" Bonne moralité c’est quoi ? ". Vous allez dire bonne
moralité et se limiter au casier judiciaire, et le premier bandit est maire.
Il faut savoir réfléchir et reculer au moment opportun, dit Sidiki Belem. "
Quel est le coût du Sénat ". "C’est bien beau de dire que la démocratie n’a pas
de prix, mais les revendications des syndicats, l’école et la santé n’ont pas de
prix non plus. Et pourquoi on ne veut pas y investir ?"
Et on revisite
Montesquieu
Et la séparation des pouvoirs dans tout ça ? C’est Bouba Yaguibou
qui pose ce "débat de fond". " Un grand nombre de sénateurs nommés par le chef
de l’Etat ne favorisera pas la séparation des pouvoirs ". C’est le contraire
qu’il fallait soutenir. Insiste-t-il.
Gilbert s’en prend au taux de
participation aux travaux en commission qu’il estime faible. C’est la "
traduction d’une réalité "
Le sénat en lui ne pose pas problème à l’ADF,
c’est plutôt le format proposé qui le fait. Le moment aussi.

Wilfreid BAKOUAN


La presse encore narguée par un des
siens

Les cameramen sont interdits de prendre les images à
l’intérieur. Une loge est aménagée au premier niveau de la salle pour la presse,
une véritable boîte de sardine. Tout le monde doit s’y conformer, même les
cameramen. Donc pas question désirer les belles images. Sauf le cadreur de
l’Assemblée nationale peut y avoir accès. C’est Zoumana Traoré, ex chef de
programme de la télévision nationale qui est tenant de la règle. Pourtant, il
connaît les enjeux des images en de pareilles circonstances. " Vous pouvez
filmer à partir d’ici ", répond-il a un confrère de Impact Tv. " Mais je n’aurai
pas le son ", réplique Impact Tv. " Tu n’as qu’à faire une interview après ",
lui lance-t-il d’un air et un ton peu commodes. Toute la confraternité fut
déconcertée par cet échange. Certains ont estimé qu’il faut quitter la salle et
partir. D’autres, il faut rester et ne plus parler au service de communication,
notre prétendu hôte dans ces locaux. C’est donc dans cette ambiance un peu
surchauffée que les journalistes ont été condamnés à suivre la session : Quel
galère !
Voici les dures réalités du terrain qui s’imposent tous les jours aux
journalistes, malheureusement entretenues par des confrères : pardon !
Ex-confrères.
WB


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