BICIA-B : Licenciement sur fond de harcèlement sexuel

Publié le vendredi 31 mai 2013

Licenciée de la banque au motif qu’elle aurait effectué des retraits frauduleux à son profit sur le compte d’une vieille dame, madame Yogo (la victime) a porté l’affaire devant le tribunal. A la barre, trois agents de la Banque (BICIAB) cités dans l’affaire comme les acteurs de la manigance ayant conduit à son renvoi. Mais les dessous de l’affaire révèlent une histoire de harcèlement sexuel. D’où le libellé de la plainte : harcèlement sexuel et dénonciation calomnieuse. Une incroyable affaire qui en dit long sur certaines pratiques au sein de la banque. Face à l’unique conseil de la plaignante, la BICIAB avait aligné une batterie de 7 avocats
C’est après plusieurs reports que l’affaire a finalement été jugée ce lundi 13 mai. Les charges retenues contre les prévenus (ils sont trois) sont des infractions pénales. C’est ce qui justifie la compétence du tribunal pénal en lieu et place du tribunal du travail pour connaître de ce litige. Ainsi donc, la poursuite exercée par le procureur est dirigée contre M.Traoré Ibrahim, Madame Pauline Konde et mademoiselle Estelle Tondé. La plaignante s’est constituée partie civile pour demander réparation du préjudice subi.
L’affaire remonte au 11 juin 2012. Aline Yogo, caissière à la banque reçoit une cliente à son guichet. Une vieille dame de 76 ans du nom de Compaoré Georgette, Secrétaire de Direction à la retraite. Une fois ses retraits effectués et pendant qu’elle se trouvait toujours dans le balcon, mademoiselle Estelle Tondé, conseillère clientèle sort de son bureau, l’intercepte et la conduit dans son bureau, en ressort avec elle et la conduit dans un deuxième bureau, puis dans un troisième bureau. Ce dernier bureau est occupé par madame Konde Pauline, chef hiérarchique de mademoiselle Tondé. S’adressant au tribunal, Mademoiselle Tondé soutient n’avoir fait que son travail. Elle aurait constaté trois mouvements successifs ce jour-là sur le compte de la vieille dame. Ce qui lui a paru curieux et suspect. En outre dira-t-elle, le contrôle qu’elle entreprend auprès de la vieille dame révèle que les retraits effectués sur le compte ne concordent pas avec la somme détenue par la vieille dame. Mais la version de mademoiselle Tondé est contredite par madame Comporé Georgette, titulaire du compte. Celle-ci déclare en effet avoir été en possession de la somme totale de toutes les opérations de retrait qu’elle a effectuées. Elle ajoute que les deux dames, Kondé Pauline et Estelle Tondé lui ont demandé ce jour de porter plainte contre la caissière Yogo Aline. Chose qu’elle a refusé : « je ne voyais pas la nécessité de porter plainte contre une innocente. Je leur ai même expliqué comment je procède : lorsque je me présente en banque, j’ai une feuille volante que j’ai déjà remplie et je demande ce que je veux retirer et ce qui reste et m’assure devant la caissière avant de faire d’autres opérations…J’ai toujours la position de mon compte au jour le jour. Je n’ai jamais constaté d’irrégularité ». Une enquête interne est diligentée par M. Nicaise Tiendrébéogo, le juriste de la banque qui conclut son rapport : « J’ai estimé qu’à l’état actuel des informations et des données objectives recueillies, on ne disposait pas d’éléments suffisants probants pour établir de façon indubitable la culpabilité de madame Yogo ». Mais M. Tiendrébéogo va en France pour raison de santé et le dossier échoit à Traoré Ibrahim. Ce dernier relance l’affaire et met en cause madame Yogo Aline. Devant le juge, le sieur Traoré Ibrahim nie cependant la paternité du rapport incriminant la dame Yogo. Ce qui lui vaut un petit rappel du procureur : « Vous n’avez jamais contesté être l’auteur de ce rapport pendant l’enquête préliminaire, mais aujourd’hui vous niez. Nous pensons que c’est une stratégie de défense. »
En rappel, l’infraction de harcèlement sexuel est principalement dirigée contre le sieur TRAORE Ibrahim. Yogo Aline affirme que c’est suite à son refus catégorique de céder à ses multiples avances que, pour se venger, il a tout mis en œuvre pour la faire licencier. Elle argue qu’en reprenant le dossier en main, ce dernier lui a signifié qu’elle avait toujours une dernière carte à jouer. Accepter ses avances et le dossier est classé. Butant contre son obstination, M. Traoré a alors fait ce rapport qui a conduit à son licenciement de la banque. C’est alors que M. Traoré se dévoile. Après avoir nié être l’auteur du rapport, le voilà affirmant avoir fait des investigations approfondies en sa qualité de technicien qui l’ont convaincu de la culpabilité de la dame Yogo. Il est impossible, affirmera-t-il que trois retraits soient effectués en une minute !
Mais le rapport de gendarmerie est accablant pour Ibrahim Traoré. Il révèle notamment que M. Traore est surnommé « le DSK de la BICIA-B ». Ses assauts sexuels sont confirmés par de nombreux témoignages. Ce rapport fournit d’autre part des éléments d’information sur mademoiselle Tondé Estelle. De simple agent d’accueil en provenance d’une alimentation de la place où elle n’était que vendeuse, elle se verra propulsée sans qualification au poste de conseiller clientèle. Ses relations intimes avec le sieur Traoré seraient bien connues à la banque. C’est par elle que le scénario du licenciement de madame Yogo a été concocté. Le rapport de gendarmerie est clair : « le motif retenu pour licencier madame Yogo Aline est hautement suspect, en ce sens que les multiples mouvements constatés sur le compte de madame Compaoré née Kabore Georgette datent de plusieurs années et sont opérés régulièrement jusqu’à nos jours… »
Face à tous ces éléments accablants, les avocats de la défense, malgré leur nombre, étaient visiblement dans les cordes. Ils peinaient à trouver des arguments convaincants pour défendre leurs clients.
Dans son réquisitoire, le procureur a d’abord fustigé l’attitude des agents de la BICIAB vis-à-vis de la vieille Compaoré qu’ils incitaient avec acharnement à porter plainte. Il a aussi dénoncé le fait que même après le licenciement de madame Yogo Aline, des preuves continuaient à être fabriquées pour l’accabler. En l’occurrence, M. Traoré Ibrahim a fait produire un faux signé de Mme Compaoré accablant Mme Yogo. Il a nié les faits devant le tribunal mais la vieille dame a maintenu ses accusations. En conclusion il dira que tous les éléments constitutifs des deux charges de harcèlement sexuel et de dénonciation calomnieuse sont constitués. Il a donc requit la peine d’emprisonnement de 12 mois avec sursis plus le paiement d’une amende à l’encontre des trois prévenus.
Quant au conseil de la plaignante, il a exigé entre autres, le paiement de la somme de 175 800 175 FCFA avec la banque comme garantie. La défense a plaidé pour sa part la forclusion pour fait de prescription de l’action publique. Rendez- vous est prit le 27 mai pour le verdict. Commencé à 11h 56mn, le procès a pris fin à 19h 24mn.
Hamidou TRAORE


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