Football burkinabè : Sale temps pour les coachs de clubs

Publié le vendredi 31 mai 2013

Le métier d’entraîneur de football rime avec instabilité. Au sein d’un club, c’est le fusible parfait. En plus, quand ce dernier donne le fouet par lequel on va le flageller la suite est vite connue. Le championnat de foot version 2013 est parti pour battre le record de la valse des coachs. Déjà, 4 d’entre eux ont perdu leur bulletin de paie. Les raisons.
On a presqu’envie de dire, c’est l’hécatombe ! Le présent championnat « bouffe les entraîneurs ». On savait le métier de coach de football très aléatoire. Mais on ne nous avait pas dit qu’il pouvait avoir un effet mode ! Pour un championnat qui se joue à 14, on enregistre 4 renvoie d’entraîneurs. Et dire qu’on n’en est qu’à la 14e journée de la phase aller ! Le SANTOS FC a ouvert le bal. Laurent Kipré, la science, coach réputé pour sa grande maîtrise de l’art de jouer au foot et au bon foot n’a pas fait de vieux jours à un club qu’on qualifierait de nouveau riche. Sans doute Kipré n’a pas compris que les investisseurs du Santos FC n’avaient pas la patience. Lui voulant du temps pour monter une équipe compétitive eux voulant les résultats toute de suite et maintenant comme dirait l’autre. En plus, il y avait une fracture générationnelle entre le coach et son équipe fait de joueurs jeunes mais surtout qui ont expérimenté le très haut niveau, pour nombre d’entre eux et qui ne voyaient pas d’un bon œil les méthodes du caporal-formateur de Kipré incarnant encore l’ancienne école. Exit Kipré alors ! En place donc Bébéto. Sans prendre partie, force est de reconnaître que la vie au Santos est meilleure sous son nouvel entraîneur. L’équipe a renoué avec la victoire. Le limogeage le plus spectaculaire est celui de Moussa Sanogo alias Falcao. En espace de deux saisons sportives, il est passé du soleil à l’ombre. Ce technicien, débarqué de son Bobo natal avait réussi l’exploit de propulser l’AS-SONABEL, habitué à évoluer dans le ventre mou du championnat au devant de la scène. Tenez, la saison passée, les Electriciens ont fini leader du championnat zonal, devant l’ASFA-Y, l’EFO et compagnie. A l’arrivée finale, SONABEL sera 4e. En coupe du Faso l’équipe sera demi-finaliste. Et le coach a été vivement félicité en début de saison par le DG de la SONABEL lui-même lors de la nuit de l’excellence organisée annuellement par la nationale de l’électricité. C’était le modèle, l’homme de la réussite. Et la direction de la SONABEL, s’appuyant sur son exploit avait clairement affiché son intention pour le titre. Le DG avait même dit qu’il attendait le titre sur son bureau. On croyait à tout, tout sauf de voir la SONABEL tenir la queue. Eh oui, comme on le dit ça va vite ! Et le coach Sanogo qui était vénéré comme un petit dieu du foot hier est vite devenu celui qui manque d’inspiration et de méthode. Normal, l’entraîneur est le premier responsable en cas de contre performance. Seulement, Sanogo croit qu’il est injustement sanctionné. Car pour lui, la mauvaise posture de son équipe n’a été que le prétexte attendu et souhaité pour le virer. Le technicien dit avoir subi toutes sortes de pression en faveur de petits protégés au sein de son effectif. Lui n’ayant pas céder à ces injonctions, il s’est mis sur la sellette. Avant lui, un autre grand entraîneur, Sidiki Diarra qui a occupé ce même banc de touche avait porté les mêmes accusations suite à son licenciement. Lui aussi avait dénoncé la volonté de ses dirigeants de l’époque d’impose leur choix. Pour Diarra aussi, il n’est pas chasser par manque de résultats mais par suite à son refus de suivre les instructions de ses employeurs. On en vient à se poser des questions. Que se passe-t-il dans la famille des Electriciens ? Ne nous leurrons pas. Falcao a donné un bon prétexte d’être remercier. Malgré les pressions, il pouvait encore tenir si tant il est qu’il gagnait. Mais entre la place du carré d’as de l’année passée et le rang de dernier du championnat actuel, il y a de quoi faire perdre le sommeil à un dirigeant. Toutefois, la réflexion des dirigeants du club à s’immiscer dans le travail de l’encadrement est de nature à plomber les résultats. Le dirigeant qui veut jouer les entraîneurs devait pouvoir lui aussi « se virer » en cas de performances et non plus laisser seul le coach être le mouton noir de tabaski.
EFO, un mauvais casting
Les adversaires de l’EFO se marrent ! Pour eux, ce n’est plus l’Etoile filante de Ouagadougou mais « l’Etoile finie de Ouagadougou ». Plus rien ne va à l’EFO. Pourtant, le club bleu et blanc a vraiment préparé la saison. Elle a eu un gros budget pour gérer son inter-saison. Mais dans le recrutement, l’Etoile a commis l’erreur de retenir le CV du coach Lacina Koné alias le Pompier. Ce technicien n’est pas un inconnu du football burkinabè. Il a déjà fait ses preuves à l’ASFA-Y qui l’a refilé ensuite à l’AS-SONABEL. Ses résultats n’ont pas été bons. En fait, l’homme n’a pas été surnommé le Pompier pour rien. « Le soldat du feu », c’est connu est fait pour éteindre le feu, gérer une situation cocasse. Ce n’est pas un génie-civile. Or l’EFO n’était pas en crise. Elle était en reconstruction. Le profile de Koné ne convenait pas avec l’équipe. Pas en ce moment précis. Apparemment, aucun dirigeant n’y à penser. Conséquence, ce début de saison a été un gâchis pour l’EFO. Le club ne fait plus peur. Il est battu partout. Le drame, c’est qu’aucune solution ne semble à porter de main. L’Etoile semblait vouloir prendre le coach renvoyé par l’AS-SONABEL, Moussa Sanogo. Mais en même temps, Lacina Koné est parti sans l’être. Son retour pour raison économique n’est pas exclu. Viré tel qu’il est fait suppose paiement de ses droits et autres. L’EFO peut-elle faire face à la facture ? Encore faut-il que les supporters qui ne voulaient plus de ce techniciens l’acceptent. Rappeler le coach viré ne sera pas sans conséquence. Celui-ci affirme ne pas vouloir revenir dans les mêmes conditions. Il exige préalablement des recrutements (4 joueurs environ) en renfort. C’est clair, dans l’un ou l’autre des deux cas, l’Etoile va casser sa tirelire. Alors que nous étions en train de tracer ces lignes, nous avions appris que l’ASFB et son coach, Yacinth Koffi se sont séparé. Pour le cas de ce technicien, tout porte à croire qu’il s’agit d’un abandon de poste. Il est vrai que la vie à l’ASFB n’était pas rose. Pas du tout. Le coach n’était pas en de bons termes avec certains joueurs. A ce qu’il paraît il y a en qui boudait le club à cause de l’entraîneur. En plus, Koffi avait une promiscuité suspecte avec un autre club rival de Bobo-Dioulasso, l’AS-Maya. Mais quand les supporters ont demandé son départ, le président Sidibé n’a pas marqué son accord. Le club manque de moyens. Jouer les coachs là-bas est un sacerdoce qui n’est pas donné à n’importe qui. Viré Koffi posait le problème de son remplaçant. En début de saison, nous avons eu connaissance qu’un coach de dimension nationale comme, Ousmane Coulibaly dit Lato avait été approché. Mais le traitement proposé a refroidi cette piste. C’est peut-être en mauvais fortune bon cœur que Koffi est maintenu. Pour avoir le droit d’être exigeant avec son coach, il faut commencer par lui servir un salaire. Et ce n’est pas la chose la mieux partagée sous les tropiques. A l’ASFB un jour de match koffi le coach ne s’est pas pointé. Voilà comment un chapitre de son histoire avec ce club où il a évolué lui-même a pris fin. Car ce n’est pas exclu qu’il revienne. Dans tous les cas, le coup de balaie des entraîneurs du championnat n’est pas de nature à permettre aux clubs de se construire. Une équipe ne se construit pas dans l’instabilité. Si on admet que l’équipe a le droit de se séparer d’un coach qui ne lui donne pas satisfaction, il faudra aussi que les dirigeants commencent par laisser les entraîneurs faire le job pour lequel ils seront jugés. En clair, que le coach entraîne, que le dirigeant dirige et les bœufs seront bien gardés !
J J Traoré


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