Autorité de l’Etat : Il faut arrêter le délitement avant qu’il ne soit trop tard !

Publié le vendredi 31 mai 2013

L’Etat burkinabè est plombé dans ses bases. L’Etat dans son principe, c’est l’autorité incarnée. Il est d’abord une puissance morale avant d’être une puissance matérielle et physique. L’Etat, c’est l’instrument par lequel la volonté générale s’exprime et s’impose. Pouvons-nous dire cela de l’Etat burkinabè ? Difficile. Surtout quand on regarde ce qui se passe autour de l’installation des maires. Deux exemples suffisent pour illustrer la situation.
A Boussé, chef-lieu de la province du Kourwéogo, on a manifesté au motif que le premier adjoint au maire qui venait d’être élu n’était pas CDP. Les manifestants estiment que dans la mesure où le CDP dispose de la majorité au conseil, le premier adjoint devrait être issu de ce parti. Normal. Dans ce cas, le problème, si problème il y a, devrait trouver sa solution au niveau du parti de ces manifestants. Mais non. Les manifestants ont préféré s’adresser à l’autorité publique, Haut commissaire notamment, en pointant la menace de ne point reconnaître l’autorité du bureau du conseil municipal élu. Menace effectivement mise en exécution lorsque le samedi 11 mai dernier le passage de témoin entre l’ancien et le nouvel édile s’est effectué. Considérant que l’événement s’est déroulé dans la clandestinité, une bande de jeunes se réclamant de la jeunesse CDP s’invite le lundi suivant à la mairie et procède sans autre forme de procès à la fermeture des locaux.
Autre haut fait à l’arrondissement N°4 de Ouagadougou. Bien que l’élection de ce maire d’arrondissement se soit déroulée conformément à la loi, des gens ont décidé que ce dernier ne siégera pas. Au cours d’une cérémonie ubuesque à la limite de la tragi-comédie, à laquelle avaient pris part quelques notables coutumiers, les adversaires du tout nouveau maire procèderont à leur tour à l’installation de celui qu’ils estiment être le « vrai », c’est-à-dire celui que le CDP avait pressenti. Voilà des actes d’un incivisme gravissime posés par des gens se réclamant ouvertement du parti au pouvoir, sans que la direction de ce parti ne leur oppose publiquement la moindre réplique. Cette défiance des militants CDP contre les lois de la république doit être traitée comme telle. Il n’y a pas de raison que l’on oppose une loi d’airain aux Diapagri et autres Naon, au motif qu’ils ont rêvé de renverser l’occupant de Kosyam et que l’on tolère au contraire les agités de Boussé ou de l’arrondissement N°4. Si tant est que c’est l’onction du peuple qui confère à l’institution présidentielle son caractère sacré, il faut admettre que tout élu du peuple ou d’une fraction du peuple mérite considération et protection, au nom de ce même peuple.
Le CDP plus que n’importe quel autre parti a un devoir d’exemplarité au regard du respect que l’on doit à la loi de la république. Sa responsabilité est engagée dans les actes de violence et de défiance qui se développent à travers le pays. Il est inadmissible que des burkinabè fussent-ils des militants du parti au pouvoir prennent en otage des institutions démocratiques. On n’imagine pas un seul instant que des militants se réclamant de partis de l’opposition bénéficient de la même impunité après avoir posé des actes de cette nature. La diligence de l’Etat se serait manifestée dans ses attributs les plus répressifs. Ce qui nous est donc donné à voir c’est la politique du deux poids deux mesures. Cela est inacceptable. Le CDP doit rendre compte de l’incivisme de ses militants qui causent des troubles graves à l’ordre public.
Les lois électorales taillées sur mesure pour assurer la victoire du CDP étalent au grand jour leurs limites. Visiblement dépassé par la situation, le parti au pouvoir n’a plus les moyens de tenir ses troupes. Depuis près de trois décennies, ce sont les mêmes qui occupent tous les rouages de l’Etat, les mêmes qui tiennent l’économie, s’arc-boutant sur tous les privilèges sans laisser tomber de miettes. Les voilà encore en train d’écumer les sites miniers de leurs tentacules prédatrices. Il est temps de mettre fin à cette boulimie ignominieuse qui n’est pas sans conséquence sur la morale et l’autorité de l’Etat. On le voit, les militants du CDP sont les premiers à bafouer l’autorité de l’Etat dans le mépris total des dirigeants de leur parti. Quand la chienlit s’installe dans les hautes sphères de l’Etat, l’ensemble du corps social est vite gangrené par ses métastases. Y a-t-il encore quelque chose à faire pour ce pays ?


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