Vickey au Paradis !

Publié le vendredi 31 mai 2013

Le gentleman GG Vickey (Gustave Gbénou Vickey) a tiré sa révérence définitivement le 15 mai dernier à Cotonou au Benin, à l’âge de 69 ans.Il était depuis un certain temps dans un état comateux au pays natal après un sejour de santé en France.Crise d’hypertension, accident cardio-vasculaire, hémiplégie, ce sont là le lot de problèmes de santé qui ont accablé ce bon vivant ces dernières années. Admirateur du Nigérian Bobby Benson l’un des meilleurs chantres du High life des années 50, il reprend son « Gentleman Bobby » en « Gentleman Vickey ». C’est le grand succès en 1964 avec un 45 tour, qui traverse les frontières de son Dahomey natal. Auparavent, il avait chanté un Lac Ahémé plein de poésie. Tout cela lui vaudra d’être en tête des hits parades, alors qu’il poursuivait ses études en France dans la fin des années 60. Avec une guitare à la Brassens, il savait sortir des sonorités plaisantes, qui accompagnent une parole claire et audible.GG Vickey, c’est la preuve qu’on n’a pas besoin de brouhaha pour faire de la musique africaine. Son exemple a été bien suivi par des intellectuels musiciens chez nous au Burkina Faso, tels que Samboué Jean Bernard, Oger Kaboré, Cissé Abdoulaye, pour ne citer que ceux-là. Il se voulait chantre de la Négritude. Déjà, à l’époque, il croyait en l’Afrique qui selon lui, après sueurs et larmes sourira au Monde entier (La roue tournera, Vive l’Afrique).Dans ses chansons à l’allure banale, il est fortement engagé sans pour autant perdre son côté sentimental Aznavourien.C’est ainsi qu’il a su faire danser plusieurs générations d’Africains sur ses rythmes simples et pleins de beauté, dont il avait seul le secret. Dans une de ses chansons (titre de notre article) il racontait son arrivée au paradis,accueilli dans la joie, par des anges et des Angeles (sic), heureux et impatients de l’avoir attendu si longtemps. Troubadour, distributeur de joie, bourreau des cœurs, le sens de la formule il l’avait. Accompagné de sa guitare il chantait surtout en français pour être entendu par ses frères colonisés de force. Ce qui ne l’empêchait pas de faire des sorties en langues nationales et même… en Dioula. Sa chanson Vive les mariés(1969) est toujours recherchée par les jeunes couples, dont certains ont eu la chance de le voir sur leur petit écran, lors des Kundé 2003. Il était alors à Ouaga, honoré par le commissariat de cette manifestation musicale, en présence de la première dame du Burkina Faso. Souvenir ! Souvenir ! « Attention ! Surveillez vos femmes/Attention ! Surveillez vos filles /Quand elles entendront mon calypso / Vos filles me suivront tous les jours. »Ses vers ont rempli les lignes des cahiers de chants, des élèves et étudiants des années 70 et sa « Berceuse du Nono » était reprise par les mamans de Bobo Dioulasso aussi bien que celles d’Abidjan et d’Abomey-Calavi, la Banlieue où il vivait (ToutouGbovi, ToutouGbovi…). GG Vickey, c’est une quarantaine de morceaux produits en six 45 tours et un 33 tour. Il figure depuis 1999 sur une compilation « Benin Passion ». Il a véritablement boosté la musique béninoise et celle de l’Afrique. C’est donc logiquement que deux rues portent son nom (à Cotonou et à Bopa). Commandeur de l’ordre national du Benin depuis octobre 2012, GG Vickey avait arrêté de composer des chansons depuis bien longtemps pour se consacrer à ses tâches administratives et ce, jusqu’à sa retraite de la fonction publique béninoise. Il était diplômé en commerce et comptabilité et à ce titre, il a occupé depuis 1970 de nombreux postes de responsabilités, dont celui de directeur de la loterie nationale du Bénin. Haut fonctionnaire de l’Etat, ses vieux succès le suivaient partout, au point qu’il sera convaincu de faire un clip sur le tard, afin qu’on puisse mettre un visage sur son tube à succès « Vive les mariés »…Déjà, l’âge et la maladie avaient eu des effets sur le physique du Gentleman. Est-ce le mal ou les difficultés de la vie familiale (le salaud de Vickey est mort !) qui l’ont entraîné vers l’auto isolement ? En tout cas au plan musical, depuis très longtemps il a refusé d’aller de l’avant et s’est renfermé sur lui-même.C’est dans la solitude qu’il a rendu l’âme dans sa villa offerte par Passion Prod, une maison de production d’artistes, c’est tout dire. Florent COUAO-ZOTTI l’écrivain et poète béninois, rapporte les propos suivants tenus par son fils Georges, lorsque son père était hospitalisé dans une clinique privée en banlieue parisienne déjà en 2010 : « Mon père aurait pu vite guérir et recouvrer l’usage de ses membres s’il s’était montré un peu plus volontaire dans la rééducation, fait remarquer Georges. Mais il est ce qu’il est, on ne peut plus le changer ». Le paradis qu’il chantait par parodie, doit lui ouvrir ses portes pour les bienfaits qu’il a faits ici sur terre à la musique et aux milliers de mélomanes africains. Adieu artiste !
Ludovic O.Kibora


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