Développement humain Durable au Burkina : Il y’a du chemin à faire

Publié le lundi 3 juin 2013

Le PNUD a présenté son rapport national sur le développement humain durable au Burkina Faso. Ce rapport présente des chiffres alarmants aussi bien sur l’indice de développement du pays que sur les disparités qui existent entre les différentes régions du pays. Ce rapport démontre aussi que les facteurs de l’économie nationale ne sont pas maitrisés par les gouvernants, non pas par des chiffres savants, mais plutôt par la démonstration analogique. Ainsi donc on trouvera que l’indice de développement est plus élevé en ville qu’en campagne. Mais même dans les villes, la ville de Ouagadougou détient l’indice le plus élevé (0,50) tandis que l’indice du deuxième, Bobo est à plus de 11 point plus bas que le premier soit 0,38. Aussi la perte de développement lié à l’indice de développement humain inégalitaire (IDHI) est-elle très importante ; car les privations de la dimension du bien-être sont grandes aussi bien dans les villes qu’en campagne. Il en est de même pour la pauvreté multidimensionnelle dont la sévérité est très élevé en campagne. Pour ce numéro, nous proposons cette partie du rapport concernant l’IDH. Une chose est sûre selon le rapport : pour le développement humain durable, nous sommes encore loin. Nous y reviendrons dans nos prochaines éditions, avec le thème concernant le travail décent

Au tableau de la croissance, le Burkina Faso affiche 8% en 2012 (peut-être même 9% selon les dernières estimations du FMI). Ce n’est pas la seule fois que le PIB national est en croissance. Disons même qu’il est en croissance continue depuis les années 1991. Régulièrement 5%, puis 7 et maintenant 9%.
Le moins que l’on puisse dire, est que le Burkina est en pleine croissance, du moins si l’on en juge par les bâtiments qui poussent.
Et les hommes dans tout ça ?
Le dernier rapport du PNUD sur l’indice de développement humain durable (IDH) fait du Burkina Faso un pays pauvre. Et ce ne sont pas les voitures de luxe qui y changent quelque chose, bien au contraire.
Les politiques publiques n’arrivent pas à impacter le quotidien des hommes intègres.
Les pauvres sont passés de 44,5% en 1999 à 46, 4% en 2003, soit après que Blaise ait fait 2 décennies au pouvoir. En 2009, le taux de pauvreté est passé à 43,9%. En tout, le pays fait un pas en avant, un pas en arrière.
Le constat de Afrobaromètre est alarmant. Le fossé entre riches et pauvres est de plus en plus abyssal. Le lot des riches est constitué toujours d’un petit groupe qui nargue la grande masse. Pire, les pauvres s’appauvrissent davantage au profit de ce petit groupe.
Autant dire que la gouvernance économique n’a plus de sens et que le gouvernement ne maîtrise pas les paramètres de notre économie nationale. Il le démontre à souhait à travers certains choix qui font grincher des dents au sein de la population. L’augmentation du prix du gaz et de certains produits de grandes consommations. Le gel des salaires des travailleurs aussi est un élément non moins important.
L’Indice de développement humain (IDH) présente des disparités spatiales fortes. Cet indice est de 0,339 en 2011 contre 0,463 pour la moyenne de l’Afrique Subsaharienne et 0,889 pour les pays développés. Au Burkina, certaines localités ont atteint un niveau moyen de développement et d’autres sont à la traîne. En clair, il y a des régions qui sont devant d’autres en termes de développement. Le sahel, l’Est, le Centre-Nord et le plateau central ont les indices les plus bas. La région du centre, qui se trouve être le pôle économique, industriel, le pôle des services et des décisions politiques, est loin devant les autres régions du pays avec un indice de 0,56. La région des Haut-Bassins suit avec un écart important, soit 0,38 comme indice DH. Le démantèlement des industries de Bobo n’aura pas fait grand bien à cette région.
De manière plus déconcentrée, au niveau provincial, les 10 derniers de la classe ont un indice en dessous de 0,25. Il s’agit du Ziro, du Soum, de la Tapoa, du Namentenga, du Loroum, de la Gnagna, du Koulpélogo, du Seno, de l’Oudalan de la Komandjari et du Yatenga.
Du reste seul le Kadiogo à un niveau moyen soit 0,50. Le reste des provinces n’atteignent guère cet indice.
De nombreuses inégalités sont constatées dans les rapports. Ces inégalités constatées jouent sur le développement humain. L’indice de développement ajusté aux inégalités (IDHI) est la mesure du développement humain en tenant compte de ces inégalités. Selon le rapport l’IDHI est de 0,23 et l’IDH est de 0,34. Cela signifie que sur « une échelle de développement humain de 0 à 100 paliers, le Burkina Faso perd 11 paliers pour se retrouver au 23ème palier, à cause des inégalités ». Donc, les inégalités induisent fortement une perte de développement pour l’ensemble du Burkina Faso. Ces inégalités varient entre 24 et 50% selon les régions et celle du centre concentre le plus d’inégalités. Le centre est cette région qui abrite la capitale du pays. Dans cette capitale faite de nouveaux riches et d’investissements dont les sources ne sont pas toujours saintes, les pauvres jonchent aussi les rues. Les quartiers périphériques insalubres déversent leurs habitants au cœur de la capitale, notamment le centre ville et ouaga2000 où les immeubles rivalisent en coûts et en lignes, lieux rêvés pour trouver de quoi survivre. Ce sont peut-être là des sources d’inégalités constatées par le rapport.
Le rapport poursuit avec la pauvreté multidimensionnelle. Quatre personnes sur cinq vivent dans un ménage pauvre au Burkina. Cette pauvreté touche les régions du Sahel 94%, le Centre-nord 91%, l’Est 89%, le Plateau central 87%, les Haut-Bassins 69% et le centre 26, 13%. Elle est plus grande en milieu rural qu’en milieu urbain et est liée aux privations très sévères. Selon le rapport, une personne pauvre souffre de 50% de privations. C’est-à-dire du manque de dimensions du bien-être (santé, éducation, conditions de vie). Ces privations sont de 46,6% en milieu urbain et de 50,5% en milieu rural.

{{}}Wilfried BAKOUAN


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