Festival de canne 2013 : Un grigris africain en compétition officielle

Publié le vendredi 31 mai 2013

Il a 66 ans et il a enfin accepté de présider le jury officiel du 66ème Festival de cinéma de Cannes. Lui, c’est Steven Spielberg, grand réalisateur, acteur, producteur, scénariste américain. Il avait ému le monde entier lors de la clôture du même festival en 1982 avec E.T, l’histoire touchante d’un extraterrestre. En tant que réalisateur (41 films 4 séries), c’est un à deux films par an que Spielberg met à la disposition des cinéphiles depuis 1959. Producteur prolixe, il a à son compteur 84 films, 18 séries, dont certains seront sur les écrans dans les deux ans à venir. Le cinéma c’est sa vie. Autodidacte, c’est dès l’enfance, qu’il arpente les couloirs d’Hollywood. Assistant sur des courts métrages et des séries télés (Columbo, la Grande Caravane…), il tapa fort en 1975 avec l’histoire terrifiante d’un requin vorace : Les dents de la mer. Films d’épouvante, sciences fictions (la guerre des étoiles), aventures (Indiana Jones) ou histoire d’un autre monde (Jurassic park), Steven Spielberg met à l’écran ses envies d’enfance et ça marche ! Ne dit-on pas que le cinéma c’est du rêve ? Avec maestria il vend les siens avec beaucoup de réussite. Il maîtrise ses mises en scène avec une perfection jamais égalée. Spielberg, a été jusqu’ici nominé 72 fois et a obtenu 11 prix. Il dit aimer le festival de Cannes où il n’a pourtant jamais été primé. Cette fois-ci il vient pour présider le jury qui va décider qui, Le 26 mai 2013, de Mahamat-Saleh Haroun, de Roman Polanski, de François Ozon, ou des 17 autres réalisateurs présents en compétition officielle repartira avec la Palme d’or.

Dans ce festival, le seul africain du Sud du Sahara présent en compétition officielle est le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun avec Grigris. Son film raconte l’histoire d’un jeune homme de 25 ans qui veut devenir danseur malgré un handicap moteur, mais qui doit abandonner ce rêve pour se livrer à divers trafics afin d’aider son oncle malade. La thématique est simple mais la magie du réalisateur rend l’histoire exquise. Remporter un prix à Cannes c’est bien, mais le fait même d’être en sélection officielle est en soi une victoire. En effet, environ 1 858 longs-métrages ont été envoyés au délégué général Thierry Frémaux par des cinéastes, dans l’espoir de participer à cette fête du cinéma qui se déroule du 15 au 26 mai 2013 sur la Croisette. Les élus aux premiers tours ne sont donc pas n’importe qui. Ecœuré par l’amateurisme de l’organisation (sic) des différents FESPACO, le réalisateur tchadien qui avait du reste remporté des prix avec Abouna (2002), Darrat (2006) et un homme qui crie (2010) respectivement aux FESPACO 2003, 2007 et 2011, déclarait ceci concernant ce festival, lors d’une Interview accordée le 05 mars 2011, à Olivier Barlet du magazine Africulture : « On se retrouve dans une répétition des choses, comme une maladie incurable, comme si rien ne pouvait bouger en 41 ans d’existence du festival. Beaucoup de cinéastes le redisent d’année en année mais n’osent pas l’exprimer tout haut. Je l’ai fait dès mardi soir : c’est le dernier Fespaco auquel j’assiste. Dorénavant, mes films ne seront plus en compétition. Si on ne dit pas les choses publiquement, il n’y aura pas de débat. Si je parle, c’est pour qu’on essaie d’améliorer les choses. Je sais qu’aucune œuvre humaine n’est parfaite, mais il y a tout de même une limite au tolérable… On est face à un corps inerte, le Fespaco, qui a besoin d’électrochocs pour se réveiller » Il a tenu parole et en 2013, on ne l’a pas vu à Ouaga. Connu pour son franc-parler, à l’image de Saint Pierre Yaméogo, Mahamat-Saleh Haroun est tout de même l’un des meilleurs réalisateurs africains du moment. En 2010, avec un homme qui crie, il remporte le prix du jury au festival de Cannes.
L’artiste doit savoir bousculer les habitudes pour oser inventer un avenir positif. Savoir lutter, oser vaincre ! disait un slogan d’une certaine époque au Pays des Hommes intègres.Le réalisateur Tchadien qui vit en France depuis 1982, se situe dans une dynamique de création innovante, en évitant de se laisser enfermer dans des clichés qui servent assez souvent, de placards douillets à certains réalisateurs africains.On le comprend alors, lorsqu’il affirme, parlant du cinéma africain : « on se complaît dans une vision qui ne remet jamais en cause les œuvres des pionniers. Sembène est placé au sommet de notre cinématographie dans une sorte de tradition qui fait qu’on ne questionne pas l’aîné comme s’il était un cinéaste parfait… Il faut revisiter et questionner ce passé, avec toute la subjectivité nécessaire pour avancer. Sans prétention, il n’y a pas d’art majeur. Sans ambition, il n’y a pas de grandeur envisageable. » No comment ! Le Burkina Faso qui a déjà vu Idrissa Ouédraogo et St Pierre Yaméogo ramener des distinctions de Cannes, est fier cette année du jeune prodige Michel K Zongo qui est parti avec sous le bras, un projet de film documentaire : La sirène de Fasofani. Ce réalisateur qui a travaillé pendant longtemps avec le « Suisse-Bobolais » Berni Goldblat de Cinomade pour ses films de sensibilisation, s’était fait remarquer lors du Fespaco 2011 avec Sibi l’âme du violon (mention spécial du jury). Vivement qu’il puisse engranger assez de fonds pour faire voir au yeux du Monde entier, comment les privatisations/liquidations d’entreprises africaines ont précipité des populations entières dans des gouffres de misère. Ainsi va l’Afrique !

Ludovic O KIBORA



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